‹ Salut au CanadaChapitre 1 sur 16 · MONTREAL · texte numérisé non relu

MONTREAL

LIBRAIRIE BEAUCHEMIN, LIMITÉE 30, Rue S4 Gabriel

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H§p23 ls sont passés ces jours d’ivresse jxwjÿ Où de ses délices l’amour féaghil Berçait mon heureuse jeunesse,

O jours d’un bonheur sans retour !

De l’amour qui connaît les charmes Doit garder ce trésor précieux.

Hélas ! il verse bien des larmes Celui qui perd ce don des cieux.

Sans lui que me fait la nature ?

Le doux printemps n’a plus de fleurs,

Ni de parfums, ni de verdure.

Le firmament est sans splendeurs.

Le cœur hélas ! plein d’inconstance Du bonheur qu’il a sous la main Dédaigne la douce jouissance Et croit toujours au lendemain.

Rêve chéri de ma jeunesse Toi qui dorais mon avenir Et me berçais avec tendresse Tu n’es donc plus qu’un souvenir !

N. B. — Cette petite complainte fut mise en musique, en 1865, par une charmante jeune fille nommée Maria Dubois, dont le père appartenait à une famille bien connue à Montréal. Sa mère était française. Frêle et sensitive comme une fleur, elle vivait dans l’idéal, bercée par les illusions de sa nature poétique. Elle épousa un jeune avocat, trop artiste lui-même, trop dominé par son imagination, pour exercer avec succès une profession qui exige un esprit pratique et un caractère persévérant.

Or, à cette époque, plus que maintenant encore, la musique, la poésie et les beauxarts étaient loin de faire vivre ceux qui s’y livraient.

Un jour, le jeune couple, découragé, partit pour aller, comme tant d’autres, chercher fortune aux États-Unis. Mais la pauvre jeune femme mourut en chemin dans les circonstances les plus pénibles. Triste fin d’une carrière qui en d’autres temps et dans un autre milieu aurait pu être brillante et heureuse !

Ils étaient rares autrefois ceux à qui, dans notre petit monde littéraire et artistique, le culte de la poésie et des beaux-arts procurait le bonheur et les moyens de vivre honorablement. Combien furent obligés de couper les ailes qui les portaient vers

l’idéal, d’éteindre les feux de leur imagination afin de se soumettre aux exigences du terre-à-terre !

Il y a progrès heureusement ; notre situation intellectuelle s’améliore de jour en jour, grâce à l’accroissement de la population et de la richesse de notre province, grâce au progrès de l’instruction publique.

Avant longtemps il y aura dans notre province une classe assez nombreuse et cultivée, assez riche pour permettre à nos poètes, à nos artistes et à nos savants de vivre de leurs talents, du produit de leurs travaux.

De 1860 à 1880 on comptait, à Montréal, des musiciens et des artistes dont le talent faisait le charme de nos concerts, de nos soirées de famille. Comme le cinéma n’existait pas et que le gramophone n’était pas connu, la musique, le chant et la littérature occupaient une place importante dans nos amusements publics et privés ; le piano et le violon, la flûte même, avaient de la vogue.

Le pianiste le plus populaire était Calixa Lavallée ; il jouait aussi avec succès le violon et comme compositeur il n’avait pas d’égal. Notre chant national « O Canada ! »

donne une idée de son talent. On acclamait avec enthousiasme les voix superbes des Lefebvre, des Maillet, des Beaudry, des Guenette, des Lavoie et des Ducharme.

M. Maillet était avocat et père de M.

Gaston Maillet ; il avait une voix de ténor dont le timbre éclatant résonnait comme une fanfare. Frédéric Lefebvre, avocat, lui aussi, faisait admirer la puissance d’une voix de basse peu ordinaire.

Il vient de mourir.

Vers l’an 1872, un jeune violoniste, nommé Jehin Prume, nous arrivait de Belgique où il avait fait admirer son talent artistique. C’était un beau grand garçon à l’extérieur distingué et sympathique. Ilconquitenpeu de temps l’estime et l’admiration, universelles et devint le favori de notre population à tel point qu’il décida de se fixer à Montréal et épousa Mlle Delvecchio, l’une des jeunes filles les plus aimables, les plus distinguées de Montréal. Elle était, elle aussi, artiste, et figurait avec éclat dans les concerts de cette époque. Elle portait le nom de Rose et c’est le cas de dire qu’elle vécut ce que vivent les roses. Elle mourut bien jeune, regrettée amèrement par la société montréalaise, qui, peu de temps avant sa mort, l’avait acclamée dans une pièce où elle avait représenté Jeanne d’Arc.

M. Prume a laissé un fils, le docteur Jehin Prume qui exerce à New-York la profession de médecin et prouve, par son zèle pour les œuvres nationales, qu’il est sincèrement canadien-français. Il publie parfois dans nos journaux des articles qui lui font honneur.

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Hymne patriotique mis en musique par notre défunt artiste, Alexis Contant, et chanté plusieurs fois pas la belle voix de M. Saucier.

O Canadiens ! offrons nos chants à la patrie. Des cendres des héros elle est toute pétrie.

Tout sur ce sol aimé chante leur souvenir Et nous fait un devoir de toujours les bénir. Pour fonder sur nos bords une nouvelle France, Ils n’eurent jamais peur d’affronter la souffrance Et de braver la mort pour la postérité.

Pour Dieu, pour le drapeau, pour l’immortalité.

Il n’est pas sous les cieux une terre plus belle, Fière de sa beauté toujours fraîche et nouvelle, Fière de ses grands bois, de ses fleuves géants.

De ses riches moissons, de ses destins brillants, A tous les malheureux, aux délaissés du monde. Elle offre les trésors de sa glèbe féconde ;

Sans reproche et sans peur à tous les envieux.

Elle ouvre les feuillets d’un passé glorieux.

Des saints et des héros les vertus immortelles Auréolent son front de clartés éternelles Et lui font un chemin lumineux et royal Vers les sommets fleuris où règne l’Idéal. [tes Les yeux toujours tournés vers ces lumières sain- Qui, pour nous, se seront jamais, jamais éteintes. Du destin, contemplant les nobles visions, Marchons fièrement vers les vastes horizons.

Aux illustres martyrs des dévouements épiques, Aux généreux soldats des devoirs héroïques Dressons des monuments ; honorons leur berceau. Et couronnons de fleurs la croix de leur tombeau. Héritiers de la langue et du sang de la France, Nous vivrons ; Dieu bénit cette douce espérance. Fiers de nos souvenirs, de nos traditions,

Nous marcherons, front haut, parmi les nations.

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