‹ Samuel de ChamplainChapitre 1 sur 1 · SAMUEL · texte numérisé non relu

SAMUEL

AîfPLAIN naqmt à Brouage en Saintonge. Suivant la Bich

graphie Saintongeoise^ il était isan d'une famille de pêcheurs. Si cette assertion est fondée, il faut en conclure que sea parents r^ussiTeut,pw\^\)ctTSîLVt^'^^'^'

sonnel ou par leur industrie, à s'élever au-dessus de leur humble profession ; car, dans le contrat de mariage de Champlain, passé en 1610, son père, Antoine de Champlain, est qualifié car pitaine de la marine. Le même document nous apprend que sa mère s'appelait Marguerite Le Eoy. Il reçut au baptême le nom de Samuel ; du moins, c'est le seul qu'il prenne dans le titre de ses ouvrages, et les documents contemporains s'accordent à ne lui en point donner d'a>ut]:^

Dès ses premières années, Champlain

se sentit une vocation particulière pour la carrière aventureuse de la navigation. " C'est cet art, " dit-il dans une épître adressée à la reine régente, et imprimée au commencement de son édition de 1613, " qui m'a dès mon bas âge attiré à l'aimer, et qui m'a provoqué à m'exposer presque toute ma vie aux ondes impétueuses de l'océan. " Ce qui ne l'empêcha pas de profiter des occasions de s'instruire, comme le prouvent suffisamment ses écrits. On y trouve, en efiet, presque à toutes les pages, des ^observations judicieuses, qui attestent à la fois et de l%^\%t\fe\.^ ôl^ ^<ï^ ^^"o:»sè^-

yijwcej, e^\ çl^ 1,^ ^^c^t^4^ 4? so?i juge-

La ^Y^tir cpustan^e dont il jouissiait à la cour dèjB 1,603 ; la pension et les grades dont ^e roi se plat à rhonorer« Tamitié et la protection d'hommes aussi distingués que le commandeur de Chaste, le comte de poissons, le prince de Oondé, le duc de Montmorency, 1^

duc de Yentadour. le cardinal de

Richelieu et beaucoup d'autres, montrent assez que son mérite et ses services ne tardèrent pas à être haute* ment appréciés. Avitnt mêijiÇLe ^ne 1^

^fim^çi de Çhapiplaip 9

çj%t^cl\^ d'4^niont fut çftort, ç'e;^t-à^- ^xj^ jei^ 1^.^4, ^ était ^éjsi maréchal ^^ logies, et il çoAtinua ^ çccuper ce P<9Me spuG^ lei^ i9p,9^éclxaux dç Saint-Luc ft d,^ Brisaiac, jr^squ'à la paci^cation de la !Çretagne en 1598.

iâe trouvant sans emploi, et dans un «désœuvrement qui n'allait guère à son Ame active et aventurière, Champlain forma le projet de se rendre en Espagne, dans l'espérance d'y trouver l'oc- •casion de faire un voyage aux Indes- Occidentales.

Un de ses rouelei^ \^ c^^^^s^^

vençal, " tenu pour un des bons mariniers de France, et qui pour cette raison avait été entretenu par le roi d'Espagne comme pilote général de ses armées de mer, " se trouvait alors à Blavet, et venait de recevoir du maréchal de Brissac l'ordre de conduire en Espagne les navires qui devaient repasser la garnison que les Espagnols avaient aloçs dans cette place. Il résolut de l'y accompagner.

La flotte étant arrivée en Espagne^ le Saint-Julien, " reconnu comme fort , navire et bon voilier, " fut retenu an

service du roi. Le capitaine Provençal en garda le commandement, et son neveu demeura avec lui.

Les quelques mois que Champlain passa en Espagne ne furent point un temps perdu. Il avait déjà, dans le trajet, levé une carte soignée des lieux 011 la flotte avait fait escale, le cap Finisterre et le cap Saint- Vincent avec les environs ; pendant son séjour à Cadix, il utilisa ses loisirs en traçant un plan exact de cette ville \ ce qu'il fit également pour San-Lucar-de-Barameda, où il dem.euTô. \.io\& Tckwv%-

'X% SPitm^ d(e ChampUtin

P^4s^B(t cet intervalle, le roi d'Ss'* ^p^lgn^ a j£^nt reçiii, ^yi& que Porto-Eica était menacé p^r ui^e ^otte a,nglaise^ ordonna nne expédition de vingt vais- ^^^V^9 dp, nombre desquels devait être là So^'Julien^ Champlain, accompa^* gnant son oncle, se voyait ainsi sur le point de pouvoir réaliser son projet ; Iprsque, au moment où la flotte allait^ ûire voile, on reçut la n,ouvelle que

]^orto-Bico avait été pris par les Anglais. Il fallut donc attendre une autre OQCasioA, pour faire le voyage des ludes.

Safnuel de Champlain 18

Dans le même temps^ arriva à San* Lncar-de*Baramédà le général Doid Francisque Colomb 3, pour prendre le commandement des raisseauz que le Soi envoyait annuellement aux Indes Voyant le Saint-Julien tout aj^areilléi et connaissant ses excellentes qualités^ il résolut de le prendre au fret ordinaire. Le capitaine Provençal, dont on requérait les services ailleurs, commit^ de Tagrément du général, la charge de son vaisseau à Ghamplain. Le général espagnol en parut fort aide ; il lui promit sa faveur, et n'y manquai point dans les occa:&\oiit&.

Enfin au commencement de janvier 1599, Champlain partit pour l'Amérique espagnole.

Le voyage dura deux ans et deux mois. Champlain, dans cet intervalle, eut le loisir de visiter en détail les lieux les plus intéressants tant aux Antilles qu'à la Nouvelle-Espagne.

C'eèt ici que Ton commence à remarquer en notre auteur une qualité infiniment précieuse, celle d'observateur scrupuleux et intelligent, qui ne manque aucune occasion de servir la louable ambition de la science, aussi

bien que les intérêts de la patrie. Nonseulement il tient journal comme s'il était déjà chef de l'expédition ; mais encore il note sur son passage la position des lieux, les productions du pays, les mœurs et les coutumes des habitants. Le Mexique surtout paraît avoir captivé toutes ses affections. " Il ne se peut voir, dit-il, ni désirer un plus beau pays que ce royaume de la Nove- Espagne : grandes campagnes unies à perte de vue, chargées d'infinis troupeaux de bestial, qui ont les pâtures toujours fraîches ; décorées de fort beaux fleuves et riyièx^^»^ çsjoclXx^^î^b^-

sent presque tout le royaume ; cliver* èdfiées de belles forêts remplies des plus beaux arbres que Ton saurait èbuhaiter, Mais, ajôute-t-il, tous les contentements que j'avais eus à la vue de choses si agréables n'étaient que peu au regard de celui que je reçus, lorsque je vis cette belle ville dé Mexique " (Mexico). Puis il fait unei description détaillée de toutes les ricbesses naturelles de ce royaume.

Le plan de Mexico (pris en 1599) n'est pas le moins intéressant des soixante et quelques dessins qui accompagnent le Voyage aux Indes

Champlain était de retour en Espa^ gne VQjs le commencement de mars 1601. Le vaisseau dont il s'était chargé, dut être retenu encore quelque temps, avant de pouvoir faire voile pour un autre port. De manière qu'il ne rentra probablement en France que vers la fin de cette année, sinon au commencement de 1602

Le rapport consciencieux et fidèle de son voyage aux Indes-Occidentales, fut, sans doute, ce qui engagea le roi Henri IV à accorder une pension à Champlain, et ce^ i.\3i\. ^^x>X.-^Nx^ «îv^s.^

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pour la même raison que le commandeur de Chaste jeta les yeux sur lui pour Taccomplissement des grands desseins qu'il avait formés, et " dont je pourrais, dit Champlain, rendre de bons témoignages, pour m'avoir fait l'honneur de m'en communiquer quelque chose."

Après la mort du sieur Chauvin, M.

de Chaste, ayant obtenu une nouvelle commission, chargea Pont-Gravé de la conduite d'un premier voyage d'exploration, " pour en faire son rapport, et donner ordre ensuite à un second

embarquement," auquel il se joindrait lui-même en personne, décidé à consacrer le reste de ses jours à Tétablissemient d'une bonne colonie chrétienne dans cette partie du Nouveau-Monde.

" Sur ces entrefaites, dit Champlain, je me trouvai en cour, venu fraîchement des Indes-Occidentales. Allant Toir de fois à autre le sieur de Chaste, jugeant que je lui pouvais servir en son dessein, il me fit cette faveur, comme j'ai dit, de m'en communiquer quelque chose, et me demanda si j'aurais agréable^ àô i'ôÀx^ \'i ^or^^^^-»

20 Samuel de Champtain

pour voir ce pays, et ce qne les entrepreneurs y feraient."

Pareille démarche de la part d'un homme de l'âge et de l'expérience du commandeur de Chaste, était un témoignage bien flatteur de l'estime qu'il faisait de son mérite.

A cette demande, Champlain, à qui le Roi avait, depuis peu, assuré une pension, répondit au commandeur que cette commission lui serait très-agréable, pourvu que Sa Majesté y donnât son consentement ; ce que M. de Chaste se chargea volontiers d'obtenir. M. de

Gesvre, secrétaire des commandements du roi, lui expédia en forme une lettre d'autorisation, " avec lettre adressante à Pont-Q-ravé, pour que celui-ci le reçût en son vaisseau, lui fit voir et reconnaître tout ce qull pourrait, et l'assistât de ce qui lui serait possible en cette entreprise.'*

** Me voilà expédié, dit-il, je pars de Paris, et m'embarque dans le vaisseau de du Pont, Tan 1603." Le vaisseau partit de Honfleur, le 15 de mars, et relâcha au Havre-de-Q-râce, d'où il put remettre à la voUô âÀ^ \i6 X^xAkœs^sûcû-

Le voyage fut heureux jusqu'à Tadoussac, c'est-à-dire, que la traversée se fit sans accident ou sans malheur bien grave ; car, du reste, elle fut passablement orageuse, et dura plus de deux mois ; le vaisseau n'entra dans le havre de Tadoussac oue le 24 de mai.

Quelques bandes de Montagnais et d'Algonquins, cabanes à la pointe aux Alouettes au bas d'un petit coteau^ attendaient l'arrivée des Français^ Pont-Gravé, dans un voyage précédent, avait emmené en France deux sauvages, et il les ramenait cette année»

afin qu'ils fissent à leurs compatriotes le récit de tout ce qu'ils avaient vu au-delà du grand lac. Le lendemain, il alla, avec Champlain, les reconduire à la cabane du grand sagamo, Anadabijou.

C'est ici que commence cette alliance que la plupart de nos historiens n'ont pas assez remarquée ; alliance qui nous donne la clef d'une des grandes difficultés de notre histoire, et la raison véritable de l'intervention des armes françaises dans les démêlées des nations indigènes.

" L'un des sauvages que nous avions amenés, dit Champlain, commença à faire sa harangue, de la bonne réception que leur avait fait le Koi, et le bon traitement qu'ils avaient reçu en France, et qu'ils s'assurassent que sa dite Majesté leur voulait du bien, et désirait peupler leur terre, et faire paix avec leurs ennemis, qui sont les Iroquois, ou leur envoyer des forces pour les vaincre. Il fut entendu avec un silence si grand qu'il ne se peut dire de plus. "

Jusqu'ici, on pourrait croire que

l'orateur n'agit que comme simple particulier, et que ce silence profond n'est que l'effet d'une curiosité toute naturelle. Mais, que Ton pèse bien toutes les circonstances du récit de Champlain, et Ton y verra autre chose que des discours de bienvenue.

*' La harangue achevée, le grand sagamo, l'ayant attentivement ouïe, commença à prendre du petun, et en donner à Pont-Q-ravé et à Champlain, «t à quelques autres sagamos qui étaient auprès de lui. Ayant bien petuné, il fit sa Viaitwiwxxfc^ \tt^^'C ^^»»s»

laquelle il insista sur les grands avan»

tages que leur apporteraient Tamitiè et la protection dtt grand chef des Français. Tout se termina par un. grand festin, ou tabagie^ et des danses solennelles.

Ces harangues prononcées devant une assemblée de mille personnes ; cette cérémonie surtout do la présentation du calumet, suivant la coutume des sauvages, sont des preuves évi* dentés, que l'on entendait, de part et d'autre, s'engager à une alliance offensive et défensive que l'on regardait

Samuel de Champlain 2T

comme les préliminaires indispensables d'une tentative d'établissement comme le voulait faire le commandeur de Chaste.

Pont-Gravé et Champlain, avec quelques matelots, se jetèrent dans un petit bateau fort léger, et remontèrent ï^ fleuve jusqu'au grand Saut (Saint- Louis), afin d'examiner conjoint^neni les lieux les plus favorables à unehabitation, décidés à pousser leura investigations, s'il était possible, jusqu'aux sources même de la grande rivière de Canada ; ce qu'aucun Euro* péen n'avait encoi^ ^\x Çi^vioro^,^^.

28 Samuel de Champkun

Malgré la résolution de nos voyaf^urs, leur psquif, si léger qu'il fût, no put franchir les bouillons impétueux du grand Saut, et, il leur fallut mettre pied à terre pour en voir la fin. " Tout •ce que nous pûmes faire,, ajoute Champlain, en résumant lui-même ce voyage, fut de remarquer les difficultés, tout la j>ays, et le long de la dite rivière, avec le l'apport des sauvages de ce qui était •dans les teues, des peuples, des lieux, et origines des principales rivières, notamment du grand fleuve Saint- Xaurent/

De retour à Tadonssao, comme la saison n'était pas encore bien avancée, €hamplain voulut employer le temps qui lui restaitj à explorer ce qu'il pouïrait du bas du fleuve. En attendant que la traite fût terminée, il descendit à Graspé, pour y recueillir quelques renseignements sur les mines de l'Acadie, et sur les différents postes de traite et de pêche. Ce petit voyage lui donna occasion de relever une bonne partie de la côte du nord depuÎB Moisie jusqu'au Saguenay.

EfiCn le 16 d'août, le vaki&^-îc^^i^^ss^Ssi^^

lé havre de Tadoussac, et arrêta à Gaspé, pour avoir le rapport du sieur Prévert, sur les mines qu'il s'était xAiBxgè d'aller examiner par lui-même.

Arrivé à Honfleur, Champlain eut le <;hagrin d'apprendre la mort du commandeur de Chaste, dont les généreux desseins lui avaient donné de si belles espérances. " En cette entreprise, disaitil en 1632, avec son expérience de trente ans, je n'ai remarqué aucun défaut, pour avoir été bien commencée."

H ne tarda pas à se rendre auprès

-du Roi, pour lui présenter le rapport de son voyage, avec une carte, qui

malheureusement ne se retrouve plus :aujourd'hui. Henri IV Taccueillit fort bien, et lui promit non-seulement de ne point abandonner le> Canada, mais encore de prendre l'affaire sous sa protection.

Malheureusement, les jalousies et les rivalités menaçaient déjà, dès cette époque, de ruiner toute entreprise qui ne pourrait compter, pour se soutenir, que sur les profits de la traite. M. de Monts, successeur d^"5iL. <L<^Ç>\v5^^^>?:sè^.

le premier à en faire la triste expé»

rience.

Le voyage qu'il avait fait avec ^, Chauvin, dès 1599 ; les souffrances et les privations auxquelles avaient été condamnés les quelques malheureux qui avaient consenti à hiverner à Tadoussac, l'avaient décidé à chercher un climat moins rigoureux. Champlain, qui avait encore présentes à son souvenir toutes les beautés du Mexique et des Antilles, ne dut pas être loin d'approuver ses idées. " M. de Monts, dit-il, me demanda si j'aurais agréable

de faire ce voyage avec lui. Le désir que j'avais eu au dernier, s'était accru en moi ; ce qui me fit lui accorder, avec la licence que m'en donnerait Sa Majesté, qui me le permit, pour toujours lui en faire fidèle rapport."

Au printemps de 1604, Champlaîu fut donc chargé de conduire la petite colonie vers des régions plus méridionales, et M. de Monts, pour mieux assurer son choix, voulut suivre l'expédition en personne. Le temps fut si favorable, qu'au bout d'un mois on était au cap de La Ilcve. Mais IL

Si Samvel de Champl(ii%

de Monts n'ayant pas en, comme K^ de Chaste, la précantion de faire «i* plorer les lieux à l'avance, la grande moitié de l'été se passa à cherclier trt.

lien qui fût dn goût de tout le monde».

Enfin, après avoir parconrn, avee Champlain, toutes les côtes d'Acadie,.

pénétré jusqu'au fond de la baie Française (Fundy), il s'arrêta à une petite île " qu'il jugea d'assiette forte et à proximité d'un terroir qui paraissait très-bon." Mais le manque d'eau douce et les ravages du scorbut le firent bientôt changer de résolution, et trans-

Samuel de Champlaifi 86

porter jses colons an port Royal, dont il ayaH déjà, avec Champlain, remarqué les ayai^tages et les beautés uaturelles.

Pendant les trois années qu'il pasi^ .à rAcadie, Champlain donna de nomibreuses preuves de Tinfatigable activité de son esprit. Dès Tautomne de 1604, il avait visité,^avec M. de Monts luimême, la côte des Etchemins, c'est-àdire, une bonne partie du littoral de la Nouvelle-Angleterre. Le printemps suivant, il continua cette exploration jusqu'au-delà du cap Cod. Mais, dans toute cette étendue de pays^ IL ,dA

Monts ne trouva rien de préférable au port Eoyal, où dès lors il résolut de transporter son habitation (1605).

L'année suivante, Champlain recommença le même voyage avec M. de Poutrincourt, qui trouvait peut-être M. de Monts trop difficile, et qui voulait du reste pousser les découvertes encore plus loin. Cette fois, nos voyageurs doublèrent le cap de Malbarre, et s'en revinrent sans être guère plus avancés.

L'hiver passé à Port-Koyal fut beaucoup moins pénible, grâce aux pré-

cautions que Ton prit, et au bon ordre qui régna constamment dans l'habitation " Nous passâmes, dit Champlain,

cet hyver fort joyeusement, et fîmes bonne chère, par le moyen de Tordre

de Bon -Temps que j'y établis, que chacun trouva utile pour la santé, et plus profitable que toutes les médecines dont on eût pu user." Cet ordre consistait à faire passer à tour de rôle par la charge de maître-d'hôtel tous ceux de la table de M. de Poutrincourt ; ce qui ne manqua pas de créer une espèce d'émulation, à qui ferait à la compagnie le meilleur traiteTX!LQ.icA,

S8 Samuel de Champlain

Malheureusement pour M. de Monts, les afFcdres n'allaient pas si bien de fâutre côté de l'Océan. Son privilège loi avait suscité un orage auquel il

était moralement impossible de résister. Les Bretons et les Basques se répandirent en plaintes amères, prétendant qu'on allait ruiner le commerce et la navigation, amoindrir le revenu des douanes du royaume, et réduire à là mendicité un grand nombre de jfomilles qui n'avadént point d'autre fnoyen de subsistance. '^ Le sieur de ifonts ne sut si bien faire, que la tolonté du roi ne fût détournée par

Samuel de Champlain. S9

^qaelqmea personnages qui étaient en •ofédit, qui lui avaient promis d'entretesir trois cents hommes au dit pays, ihme, en peu de temps, sa commissiou fut Téyoqnée, pour le prix de certaine somme qu^un certain personnage eut «ans que Sa Mi^sté eu *sût rien^* Comme compensation de plus de cent mOle livres qu^il avait dépensées depuis trois ans, et des peines infinies «qu^il s'était données i>our fonder un établissement solide et durable en Amérique, '' il lui fut lEuscordé six mille livres, à prendre sur les vaisseaux qui iraient trafiquer des peUet«t\A%.Cj^\aîî25->

remarque Champlain, lui donner la.

mer à boire, la dépense devant sur*^ monter la recette. Hé, bon Dieu !

qu'est-ce que Ton peut plus entreprendre, si tout se révoque de la façon, sans ju^er mûrement des affaires, premier que d*^en venir là ? "

De retour en France en 1607, Champlain alla trouver M. de Monts, lui fit un rapport fidèle de ses voyages et detout ce qui s'était passé à Port-Royal^ depuis son départ. Il avait pris un:

plan de l'habitation de Sainte-Croix, de^ celle de Port-Royal, et fait en mêma

temps la carte de tous les lieux lea plus remarquables qu'il avait visités,, tant avec lui qu'avec M. Poutrincourtr l'île Sainte-Croix, le port Royal, le port aux Mines (Havre -à -l'Avocat), l'entrée de la rivière Saint-Jean et du Kénébeo, la baie de Saco, de Gloucester, de Plymouth, de Nauset et de Chatham, sans compter plusieurs, havres de la côte d'Aoadie, comme La Hève, le port au Mouton et le port BossignoL

Malgré toutes ses pertes et ses dé-sappointements, M. de Mûyv^ ^^ ^^

42 Stimuel de Champlain

découragea pomL II fit part à Cham* pinin des noaveaixx desseins qu'il avaiit fdfmés. Oelui-cîr qui avait maintenaott tme juste i<^6 de la positLou des lienil -et des arantâ^es qu'on pouvait, j ireuver, lui conseillas cette fois» *' de 4/aller loger dans le grand fleuve Saint- Laurent, où le oommerce et trafic pouvaient faire beaucoup mieux qu'en f Acadie, mal aisée à conserver à causé 4u nombre infini de ses ports, qui ne 4Be pouvaient garder que par de grandes forces ; joint qu'il y a peu de sauvages, é/t que Ton ne pourrait, de ce côté, pénétrer jusque parmi les nations se-

^dentaioreft qui sont dans l'intérieur du pays, comme oii pourrait faire par la ^aint-Laurent"

M. de Monts, reconnaissant la sagesse de cet avisy suivit le parti que lui pro* pdfsait Gls^mplain. Le privilège exclusif, de^ k traîte lui fut accordé de nouveau, quoique pour un an setdement, et, au printemps de 1608, il équipa deux vaisseaux. Pont-Gravé, " député pour les négociations avec les sauvages du péySj prit les devants pour aller à Tadoussac ; Champlain, que M. de 3Ionts honora de sa lieutenauG^^^è^x:^^

après lui avec tontes les choses nécefiK sakes à une habitation."

Champlain arriva à Québec, le 8 juillet ; "où étant, dit-il,je cherchai lieu propre pour notre habitation ; mais je n'en pus trouver de plus commode, ni de mieux situé, que la pointe de Québec, ainsi appelé des sauvages, laquelle était remplie de noyers."

Aussitôt une partie des ouvriers est employée à abattre les arbres pour y faire l'habitation, à scier le bois, à creuser les caves et les fossés ; le»

autres furent envoyés à Tadoussac^

pour en rapporter le reste des approvisionnements.

Pendant qu'on jetait ainsi les fondations de la ville de Québec, un malieureux complot faillit étouffer la -colonie dès son berceau. Un serrurier normand, nommé Jean Duval, mécontent de la nourriture et dégoûté du travail, forma le projet d'assassiner Champlain, et d'aller ensuite se donner ^* aux Basques ou Espagnols qui étaient pour lors à Tadoussac. " Il réussit à «'assurer le concours de quatre autres, ** qui proi/ûrent chacun de faire en.

vé6 Samuel de Champlain

•fiorjtç d'attirer le reste à leur dévotion:!* Ils en étaient à chercher Poccaftiou.

favorable, lorsqu'un des conjurés, An- •tdine Natél, découvrit toute la trame.

•On saisit les qus^tre coupables, Ghamv}ilain inâtitua une espèce de jury,, -composé de Pont-Gravé, du capitai^ne •du vaisseau, du chirurgien, du maître, jdu contre-maître et de quelques autres.

Le ;chef de la conspiration fut exécuté, pour servir d'exemple, et les autres ^envoyés en France, pour y subir leur iprocès. ** 'Depuis qu'ils furent hoiç,.

,tou!t le reste se comporta ^^agement ea mou devoir."

-Bammî de Champïatn 4Sr

Pont-Q-ravé reconduisit les Traisseaiax en T'crance, et Champlain demeura aT^ee vingt-fifeptou vingt-huit personnels pour continuer les travaux commencés.

*• Le site que choisit Champlain, dit ^. l'a[bbé Ferland, convenait admira- "blement à son dessein de créer et -d'organiser une France Nouvelle dans ^Amérique. Placé à cent trente lieue»

de l'embouchure du Saint-Laurent, "Québec possède un havre magnifique, qui peut contenir les flottes les pli»

nombreuses, et où les plus gros vaisseaux peuvent arriver facilement de la

mer. A ses pieds coule le grand fleuve, qui fournit une large voie pour pénétrer jusqu'au centre de l'Amérique Septentrionale. Sur ce point, le Saint- Laurent se rétrécit considérablement, n'ayant au plus qu'un mille de largeur ; de sorte que les canons de la ville et de la citadelle peuvent foudroyer les vaisseaux qui tenteraient de franchir le passage. Québec est donc la clef de la vallée du grand fleuve, dont le cours est de près de huit cent lieues ; il est la sentinelle avancée de l'immense empire français que rêva Louis XIV, et qui devait se prolonger dei)uis

Samuel de Cbrrmplain 49

le détroit de Belle-Isle jusouesaugolfo du Mexique. "

Québec avstiit encore une autre épreuve à subir. Le scorbut et la dis* sei^terie lui euletërent» pendant Thiver, les trois-quarts de ses premiers fonda* teurs. Qnand les vaisseaux revinrent au printemps, vingt personnes avaient succombé à cette cruelle maladie.

Le Y juin 1609, Champlain, laissant pour commander à sa place le sieur Desmarais, alla rejoindre Pont-Gravé à Tadoussac.

' Ce n'était pas tout d'avoir fondé, à plus de cent lieues dans le fleuve, une frêle habitation qu'un souffle pouvait anéantir ; il fallait étudier le pays, lier de nouvelles connaissances avec les tribus environnantes, sans Tanûtié ou le concours desquelles tout essai d'établissement était absurde et impossible. C'est pourquoi, dès l'arrivée des vaisseaux, Champlain ne voulut rien entreprendre sans avoir l'avis de Pont- Gravé, dont il connaissait mieux que personne la longue expérience. Il fut résolu qu'il suivrait, avec une chaloupe de vingt hommes, les Montagnais et

les nations alliées jusqu'au pays des Iroquois, tant pour les assister contre ces ennemis irréconciliables, que pour

continuer les découvertes commencées.

Les Montagnaîs ne manquèrent pas de représenter à Champlain, qu'on leur avait promis solennellement (dès 1608) du secours contre les Iroquois. En 1608, il en avait été empêché par les travaux qu'il fallait surveiller ; mais, cette année, les Algonquins et les Hurons se joignirent aux Montagnais pour lui rappeler que Pont-Grravé et lui leur avaient témoigné.^ \V ^i"^ ^^c=^'^:î^•

Ç9 St^muel de Cliamilaiiii

pas e^oore dix lunes, le désir de l€fi assister dans un^ guerre regardé^ eoxnine indispensable. C^était, en eflfet^ le moment ou de se concilier ces 11009^^ breuses et puissantes tribus, ou de sa les aliéner peut-être pour toujours.

Champlain les suivit donc avec se9 quelques Français. La petite armée re* monta la rivière des Iroquois (ou de, Sorel), et s^avança avec précaution jusqu'à une assez grande distance dans le lac qui depuis a toujours porté lei nom de Champlainé.

Le soir du 29 juillet, sur les dix

Samuel de ChoMplaiA 69

heures, on renoontra rennemi Les Iroquois mirent à terre, et se barrica« dèrent de leur mieux ; les alliés ran^ gèrent leurs canots attachés les uns contre les autres, et gardèrent Teau, à portée d'une flèche^ jusqu'au lende^ main matin^ *' La nuit se passa en danses et ohansons, arec une infinité d'injures de part et d'autre." Le jour t'enu, on prit terrd, en cachant tou^ jours soigneusement les Français, pour ménager une surprise. Les Iroquois, âu nombre de deux cents homtiies forts et robustes, s'ayancèrent areo AssvirancQ, au petit ças^ ttov% à5^'e.^'^\ss^*»

cipaux chefs à leur tête. Les alliés, de leur côté, marcliaient pareillement en bon ordre ; ils comptaient avant tout sur l'effet foudroyant des armes à feu, dont les Iroquois n'avaient encore aucune idée. Champlain '* leur promit de faire ce qui serait en sa puissance* et de leur montrer, dans le combat, tout son courage et sa bonne volonté ; qu'indubitablement ils les déferaient tous."

Quand les deux armées fiirent à la portée du trait, l'armée alliée ouvrit ses rangs. Champlain s'avança jusqu'à

trente pas des ennemis, qui demeurèrent interdits à la vue d'un guerrier si étrange pour eux. Mais leur surprise fut au comble, quand, du premier coup d'arquebuse, ils virent tomber deux de leurs chefs, avec un autre de leur^ compagnons grièvement blessé. Champlain n'avait pas encore rechargé, qu'un des Français caché dans le bord du bois, tira un second coup, et les jeta dans une telle épouvante, qu'ils prirent là fuite en désordre. Les alliés firent dix à douze prisonniers, et n'eurent que quinze ou seize des leurs de blessés.

SO Samuel de Champlain

M. de Monts avait écrit à Champlain toutes les difficultés que lui suscitaient les marchands bretons, basques, rochelois et normands; l'habitation, du reste, lui demeurait, par convention faite avec ses associés. Champlain crut donc à propos de repasser en France, et laissa à Québec, de l'avis de Font- Gravé, " un honnête homme appelé le capitaine Fierre Chavin, de Dieppe, pour commander en sa place."

La commission de M. de Monts ve»

mait d'être une seconde fois révoquée.

Cependant, il ne se rébuta pas encore ;

Samuel Je Champlain 67

le rapport que lui fit Champlain de ses nouvelles découvertes, et des heureuses dispositions des Sauvages, l'engagea à ne point renoncer à un «i noble dessein. " Il se délibéra d'aller à Rouen trouver ses associés, les sieurs Collier et Legendre, pour «viser à ce qu'ils avaient à faire l'année suivante. Ils résolurent de continuer l'habitation, et parachever de découvrir dans le grand fleuve Saint-Laurent, suivant les promesses des Ochatéguins [ou Hurons], à la charge qu'on les assisterait en leurs guerres, comme ou leur avait ^\:o\s\is^l*

M. de Monts s'en retourna à Parisavec Champlain, et essaya d'obtenir privilège au moins pour les "nouvellesdécouvertes que l'on venait de faire^ où personne auparavant n'avait encore traité ; ce qu'il: ne put gagner, quoique les demandes et propositions fussent justes et raisonnables. Il ne laissa pas pourtant de poursuivre son dessein,, pour le désir qu'il avait que toutes choses réussissent au bien et honneur de la France. '*

Avant de repartir pour le Canadar Champlain voulut savoir de M. de

Monts s'il n'était point d'avis qu'il hivernât à Québec ; celui-ci remit 1^ tout à sa discrétion.

n s'embarqua à Honfleur dès le 7 de mars 1610, " avec quelque nombre d'artisans. " Les Montagnais l'atten* daient à Tadoussac, impatients de sa-^ voir s'il les accompagnerait dans une nouvelle campagne contre les Iroquois.

n les assura qu'on était toujours dans la disposition de leur prêter main-forte,, pourvu que, de leur côté, ils tinssent la parole qu'ils lui avaient donnée, " de le mener découvrir les Troû^Bà:^^.^'^^'eK,

>6d Samuel de Champlain

Jusqu'à une grande mer dont ils lui avaient parlé, pour revenir par le Sa»guenay à Tadoussac. " Ils répondirent qu'ils avaient encore cette volonté ; mais que ce voyage ne pouvait se faire que Tannée suivante. Ce retard con* irariait Champlain. *' Toutefois, dit*il, j'avais deux cordes à mon arc, les Algonquins et les Ochatéguins m'ayant aussi promis de me faire voir leur pays, le grand lac, quelques mines de cuivre -et autres choses, si je consentais à les aider dans leurs guerres. "

n monta donc aux Trois^Rivières, où

Samuel de Champlain 6X

étaient déjà rendus les Montagnaig« Xln parti d' Algonquins devait venir leiBI rejoindre à la rivière des Iroq^uois.

Cette fois, on trouvB les ennemii fortifiés, et entourés d'une barricade " faite de puissants arbres arrangés les uns sur les autres en rond." La résisK tance fut longue et vigoureuse. Cbam-^ plain, dès le commencement du corn-* bat^ fut blessé d'un coup de flèche, qiiî lui fendit le bout de l'oreille, et pé* Hétra dans le cou ; ce qui ne l'empêcha pas cependant " de faire le devoir^'* Jgnfin UQS guerriers, encouxa.^fe^^^'^s.^^wii.

Tenfort que leur amena le brave Des Prairies, parvinrent à rompre la barri- •cade ; tout fut tué, ou noyé dans la rivière, à la réserve de quinze, qui furent faits prisonniers.

Les Algonquins consentirent à emmener avec eux un jeune Français, à <îondition que Champlain accepterait ^n échange un jeune Sauvage, nommé Savignon, pour lui faire voir la France.

Après avoir fait achever la palissade de l'habitation, Champlain, qui avait appris la nouvelle des troubles arrivés

à Brouage, et de la mort du roi (Henri IV), se décida à repasser la mer encore cette année. Du Parc, qui avait déjà idverné avec le capitaine Pierre Cha^ yin, demeura commandant de la plac6«. Toute sa garnison se composait dQ seize hommes.

Dans les derniers jours de l'àmnée 1610, Champlain, engagé depuis plus 4e dix ans dans de longs voyages ou des expéditions aventureuses, conclut une alliance qui semble avoir été mi6nagée par le concours de M. de Monts.

*• Le 27 décembie, il signa àP^x^&^«t!k.

contrat de mariage avec demoiselle Hélène Boullé, fille de Nicolas Boullé,.

•eerétaire de la chambre du roi, et de dame Marguerite Alis. A cet aeta assistèrent, comme témoins, le sieur d6 Monts, qui portait encore le titre fle Keutenant-général du roi, et plusieurs membres de sa compagnie qui avaient contribué à la fondation de Québec Le mariage se fit probable* ment vers le commencement de Tannée 1611. Hélène Boullé n'avait encore ^ue douze ans, et elle avait été élevée dans le calviniste ; tandis que Cbamr ploin était parvenu à un âge mûr, ei

se faisait gloire d'être catholique sincère ; cette union fut cependant heureuse. Il instruisit lui-même la jeune personne, et eut le bonheur de la conr Vertir à la foi catholique, ô laquell0 elle demeura toujours fermement att^ «hée pendant le reste de sa vie. A cause de son extrême jeunesse, elle demeura à Paris auprès de ses parents, Ut ce ne fut que dix ans plus tard qu'elle suivit son mari au Canada. "

Dès le premier mars 1611, Champlain et Pont-Gravé repartirent pour le Car nada. La traversée fut longue et ^€b-

rilleuse. En approchant du Grand- Banc, le vaisseau se trouva enveloppé de brumes épaisses, au milieu d'énormes banquises de glaces. Nos voyageurs furent ainsi entre la mort et la vie pendant plus de deux mois, et n'arrivèrent à Tadoussac que le 13 de mai.

A Québec, Du Parc et ses compagnons avaient passé un fort bon hiver, sans maladie, ni accident.

Ohamplain se rendit immédiatement an Grand-Saut, où il arriva le 28, rame-

nant avec lui Savignon. Les Algour quins devaient y être rendus dès le 20, mais n'arrivèrent que le 13 de juin.

Les traiteurs, qui, Tannée précédente, étaient montés au-devant des Sauvages, jusqu'au cap de la Victoire, se rendirent, cette année (1611), jusqu'au G-rand-Saut. Une des raisons qui les fit aller si loin, fut sans doute d'épargner à ceux qui descendaient à la traite les dangers d'un long voyage et les attaques des Iroquois ; mais la rivalité des marchands était surtout ce qui les faisait courir à la rencowtxftw

S9 Samuel de Chafhplain

de ces barbares, pour enleret plus tôt leurs riches pelleteries.

fin attendant l'arrivée des sauvages^ Chàmplain s'occupa à faire une exploration plus complète des environs dti Q-rand-Saut, **afin de trouver un lieu convenable pour la situation d'une ha* bitation, et d'y préparer une place pour y bâtir. Je considérai, dit-il, fort par* ticulièrement le pays ; mais en tout ce que je vis, je ne trouvai point de lieu plus propre, qu'un petit endroit qui est jusques où les barques et chaloupes peuvent monter aisément, néanmoins

$amwl 4e Çhamplafn C9

vn

^yeç un grand vent, on ^ la cirque, à #ftuse du gr^nd ^urwt d'eau ; cai; plus haut que le dH Keu (qu'avoua T^^^iaé la Place-Eoyale), y q. quantité de petits rochers, et brasses qui sont fori

4ikngeireuses ^ Ayant donc reconnu

(çft piirtieulièrenient et trouvé ce lieu fU^ d^ plu9 beaux qui fût en cetto rivière, je fis aussitôt couper et défrÎT cher le bois de la dite Place- Royale, pour la rendra unie et prête à y bâtir.'' Sans paraître regretter sa fondation f>r<ainièrè, Ohamplain prévoyait le xno^ ment où il deviendrait nécessaire d'établir de nouvelles habitaûonjs ; et^

désignant d'avance l'emplacement de la florissante ville de Montréal, il ne montra pas moins de sagesse et de liantenr de vne qne dans son premier choix. Malheureusement, Tétat de dé* nuement dans lequel on le laissa pendant plus de vingt ans, ne lui permit pas de réaliser ioute la grandeur de ses projetSé

L'affection et la confiance que lui témoignèrent, cette année, tous les sauvages qui vinrent à la traite, est une preuve frappante que la conduite qu'il avait tenue, était en effet le vrai moyen

de s'attaclier ces nations, et par suite de les amener insensiblement à la connaissance de TEvangile, et à la lumière de la civilisation.

Aussitôt arrivé en France, Oham-^ plain se hâta d'aller trouver M. de Monts, pour lui faire connaître les belles espérances qu'on pouvait se promettre des Algonquins et des Hurons, pourvu qu'on leur prêtât du secours dans leurs guerres, comme il leur avait été promis. Mais les associés, fatigués des dépensés, ne voulurent plus continuer l'association, parce <\vu^^ ^^aacsiafc.

privilège, le commerce devenait rui»ueTix. "M. de Monts convint alors 9^Y^ ^Tix de ce qui restait en l'habita^ tion de Québec, moyennant une somma de deniers qu'il leur donna pour la part qu'ils y: avaient, et ouVQjra quelques ^pmmes pour lit ça^servatiou de I9 place, en attendant qu'il put obtenir mie commission. Mais des afiSedres de conséquence lui firent abandonner sa poursuite, " et il remit la cbose entr^ les mains de Champlain.

Sur ces entrefaites, arrivèrent les vaisseaux de la Nouvelle-France (161S).

Scmiuel de Champlain 79

Us rapportèrent que Je« sauvages, cett^ aniLée, étaient descendus au saut Saintr Louis au nombre de plus de deux cents, avec Tespérarice dy rencontrer Champlain ; qu'ils avaient paru fort •contrariés de ne pa« Ty voir, après l6« ^pérances qu'il leur avait données, On les avait assurés qu'il tiendrait aa promesse, et reviendrait l'année sni* yante ; ce qu'il fit en effet. Mais ceroUns traiteurs, poussés par la jalousie «t l'esprit de lucre, ne manquèrent pas 4e profiter de cette circonstance, pour faire courir de faux bruits, et allèrent jUiSqu'à assurer à ces peui^U^«» ^^^S»*^

Champlain était mort, et qu'ils ne devaient plus compter sur son retour.

Champlain, cependant, travaillait activement à remédier à tous ces désordres. Il jugea que le plus sûr moyen de faire réussir une entreprise qui intéressait l'honneur de la religion et de la France, était de mettre la nou* velle colonie sous la protection de quelque personnage d'influence, et s'a* dressa au comte de Soissons, " prince pieux et affectionné en toutes saintes entreprises, lui remontrant l'importance de l'affaire, les moyens de la

Samuel de Champltrin 7&

Tégler, et la ruine totale dont elle était menacée au grand déshonneur du nom français, si Dieu ne suscitait quelqu'un qui la voulût relever. Le comte promit, sous le bon plaisir du roi d'en prendre la protection. "

Ohamplain présenta, en conséquence, une requête au roi et à son conseil ; et obtint que le comte de Soissons serait nommé gouverneur et lieutenant-gé-néral de la Nouvelle - France. Celui* ci reçut ses lettres de commission en date du 8 octobre 1612, et, le 15 du même mois, Champlain était tlqtqssl^ ^i^s^

70 Stmuel de Champlain

JUç^te»LWt. !^9.l}^e»reusement,leçiQn»t^ 4e fSoii^soni^ ^loarut quelques jpur^ ^près, et }e princ^ de Çondé, qui lui 4mQoéda, était trop impliqué daji^ leisf tirç^ble^ pplitiques pour être \mTi utili^ À ravancement d^ h^ eplpolor

|)e i^ouTalles difficultés, suscitées ^ par quelqx^es brouillons, qui n'avaient f^peiidant jaucuu intérêt en l'affaire, " retardèrent teliement la publicatio4 4ti privilège et des règlements de Is^ nouvelle association, qu'il fut imposr 4Bible à Champlain de rien faire encore p^tte année (1613) pour Tliabitation

8amtȎl de ChamplaiH 77

de Québec, " dans laquelle il désirait mettre des ouvriers pour la réparer ôt /augmenter.*' De sorte, qu'il fallut, pour le moment, se contenter de passe»

J>orts, que le prince donna pour quatre vaisseaux prêts à faire voile, lesquels s'engageaient à fournir chacun quatre hommes pour la continuation des découvertes.

Le voyage de 1613 fut pour Cham*

plain une déception, quoiqu'il n'ait pas été un des moins utiles. ChamplaiH eut un moment l'espoir de trouver enfin le fameux passage d»L "S.^-^^

Ouest tant cherché par tous les nayî- ^teurs.

Un de ceux qui étaient retournés <[u Canada en 1612, nommé Nicolas de Vignau, lui assura que le lac où TOutaouais prenait sa source, se déchargeait dans la mer du Nord, sur le rivage -de laquelle il disait avoir vu de ses propres yeux les débris d'un vaisseau et les chevelures de quatre-vingts Anglais qui formaient l'équipage. Ce récit paraissait d'autant plus vraisemblable, que les Anglais avaient tout récemment poussé leurs courses a vanture uses

jusque dans les profondeurs de la baie d'Hudson. Le chancelier de Sillery, le maréchal de Brissac, le président Jeannin, et autres personnes graves, furent d'avis que Champlain ne devait pas négliger de voir la chose en j^ifionne«

Il partit donc de l'île Sainte-HélènOi le 27 de mai 1613, avec quatre français et un sauvage, et remonta l'Outaouais jusqu'à la résidence de Tessouat, chef des Algonquins de l'Ile, c'est-à-dire jusqu'à Tile des Allumettes. Tessouat, qui avait déjà fait la CQimdi&^^^;:s^^ ^^^

Ohamplain^ les années précédentes, reçut cette visite inattendue et ines* pérée, avec toutes les marques de là.

plus vive satisfaction. Il prépara un grand festin, pour souhaiter la bien^ venue à ces hôtes extraordinaires^ Tous les principaux chefs devaient s'y trouver, et, là, Champlain leur ferait connaître ses inteulious et le but de son voyage

Le repas fini, il fallut, suivant la Coutume, fumer le calumet pendant une demi-heure ; après quoi, Chamj>lain leur exposa, qu'il était venu

8ammd de Champtain 81

d'abord pour les visiter et lier avec eux Tine amitié encore plus durable, mais aussi pour leur demander ce qu'ils lui avaient déjà promis, c'est-à-dire, de lui faciliter le voyage de la mer du Nord, que de Yignau prétendait avoir vue l'année précédente.

De Yignau, qui n'avait jamais été plus loin que la cabane de Tessouat, ne pouvait plus échapper à une conviction des plus humiliantes et des plus terribles. Tessouat et les autres capitaines, indignés d'une si impxkdente imposture, s'écrièrent " <ajj>l>k \5^

ffdlait faire mourir, ou qu'il dît celui avec lequel il y avait été, et qu'il déclaTât les lacs, rivières et chemins par lesquels il avait passé. " . De Vignau n'avait garde d'accepter un pareil défi; il avait toujours compté que les difficultés incroyables d'un pareil voyage effraieraient Champlain, ou qu'enfin, quelque obstacle insurmontable finirait par lasser son courage, et qu'ainsi, après avoir fait sans dépense le voyage du Canada, il n'en toucherait pas moins la récompense promise à sa prétendue découverte.

Samuel de Champlain 8S

"Après avoir songé à lui," il se jeta à genoux aux pieds de Champlain, et demanda son pardon. " Ainsi, transporté de colère, dit Champlain, je le fis retirer, ne le pouvant plus endurer devant moi. " Les Algonquins voulaient absolument en faire bonne justice, et, si Champlain ne leur eût défendu de lui faire aucun mal, ils Teussent infailliblement mis en pièces.

Cette expédition, quoique manques dans son objet principal, eut néanmoins un excellent résultat. Tous ces peuples. Tannée précédeiit^^ v^'^'kûî^ ^"vfe. "^

84 Sêmuêl de CfhampMH

"1" I ' Tl I— ^1»

mécontents des ttaiteurs, qu'ils avaient pris la résolution de ne plus descendYe ; et il fallut tout l'ascendant que Cham-^ plain ayait sur eux' pour les ramener à de meilleures dispositions.

De retour en France, Champlaîn s'occupa de mener à bonne fin les né^^ gociations qui n'avaient pu se terminer ayant le départ des vaisseaux, et réussit enfin à forrner une puissante compa»

gnie, qui devait se composer des mar-^ chands de Saint-Malo, de Rouen, et de la Rochelle ; mais les Rochelois furent sJ longtempB à accepter les conditions^

Samuel dit Chêimplain 85

/qu'on Ie$ laissik de oôté ; les Normi^uds et lea Bretou» '' prirent VaSaire moitié par moitié. '*

A peine cette soeiété des marchanda était-elle formée, que quelques malouins incommodes, fâchés de ne s'être pas présentés à temps, et ne pouvant

^contester les droits de la compagnie, «eurent l'adresse de faire insérer, '* au •cahier général des états»" un article

demandant que la traite fût libre pour toute la province. Ghamplain, voyant encore sur le point d'échouer un projet qui semblait ^tom.^ttt^ ^». ^sûj^Ssss».

avenir à sa chère colonie, alla trouver le prince de Condé, et lui représenta l'intérêt qu'il avait à ne point laisser annuler un privilège aussi nécessaire» n plaida si bien la cause, que la société fut maintenue dans ses droits.

Non content d'assurer le procès matériel de la Nouvelle-France, Cham* plain s'occupait en même temps à lui procurer un bien encore plus précieux que tous les avantages temporels. Le spectacle de tant de peuples sans foi^ mJJoj, sans dieu et sans religion, comme

Samtiel de Champlain 87

il avait pu le constater dans tous ses Toyages, avaient excité dans son âme une immense compassion pour ces pauvres et malheureux infidèles. '* Je jugeai à part moi, dit-il, que ce serait faire une grande faute, si je ne m'employais à leur préparer quelque moyen pour les faire venir à la connaissance de Dieu." Ce qui l'avait empêché jusque-là d'exécuter ce saint projet, " c'est qu'il fallait faire une dépense qui eût excédé ses moyens " ; et il comprenait mieux que personne la difficulté de pourvoir aux frais et à l'entretien d'une mission, surtout avec u»a

88 Samuel de Champlatn

compagnie dont plusieurs des membres étaient calvinistes.

Ayant eu occasion de s*en ourrir ft plusieurs, et, entre autres» au sieur Houel, celui-ci lui suggéra de s'adresser aux BécoUets, lui promettant son appui et toute Tinfluence qu'il pouyait avoir auprès du provincial, le F. du Verger. Afin de faciliter cette bonne œuvre, Ohamplain alla lui - même trouver les cardinaux et les évèques qui s'étaient rendus à Paris pour la tenue des états-généraux, et réussit à recueillir une somme de près de quinze

<ientB livres pour Tachât des choses les j;>lu8 nécessaires.

Toute Tannée 1614 fut ainsi em* plojée à consolider les iréglements de la compagnie des marchands, et à préparer les voies aux missionnaires. Enfin, au printemps de 1615» Champlain repartit de France avec quatre reUffieux récollets : le F. Denis Jamay, •commissaire, le F. Jean Dolbeau, le P.

Joseph le Garon et usi frère, nommé Pacifique du Flessis. Ils arrivèrent à 'Tadoussac le 25 de maL

Aussitôt que les barques furent prêtes, Champlain se rendit à Québec», où, de concert avec le P. Dolbeau, il détermina remplacement de la pre-mière église du pays, et du logement des Pères qui devaient la desservir.

Lliabitation occupait tout le milieu de la pointe de Québec, c'est-à-dire, leierrain renfermé entre la Place et lesrues Notre-Dame, Sous-le-Fort et Saint^ Pierre. Impossible de loger une char^ pelle dans l'enceinte, elle contenait déjà le magasin, trois corps-de-logis et quelques petites dépendances, et la.

plus petite bâtisse eût complètement absorbé tout l'espace qui servait de- <50ur intérieure. Du côté du fleuve, il ne restait guères que la largeur de la rue Saint-Pierre ; en arrière -il fallait laisser un passage. Enfin du côté du.

Saut-aci-Matelot, il n'y avait qu'une petite lisière de terre qui venait mourir au pied de la côte actuelle de la basse ville ; une chapelle, placée de ce côté^ eût obstrué les défenses de la place,, sans compter qu'elle eût été sérieuse-^ ment exposée à nos trop fréquentes:

tempêtes ?.e nord-est. Il n'y avait dona qu'un seul endroit coiiv^Yi»}ùV^\X-«:û»fe

•da Gol-de-Sac, dans le voisinage du Jardin de Champlain^ offrait un asaes joli fonds, retiré et solitaire, comme U X)on vient à la maison de Dieu.

Moins d'un mpis après, le 2/> de juin 1615, le F. Dolbeau y disait la première messe, et les offices continuèrent À s'y célébrer régulièrement tous le0 dimanches.

Cette année enfin, après tant de retards et de désappointements, Champlain put réaliser et compléter ce qu'il n'avait pour ainsi dire qu'ébauché en

Samuel de Chatnplain 99

1618) TexploTation des pays de Totiesty et un commencement de colonie che»

les Hurons.

Tontes ces entreprises, eepenilani, ne pouvaient être menées à bonne fin, que par le moyen et le concours dea nations indigènes. Cette année, plua que jamais, les sauvages, descendus à la traite, représentèrent vivement à Ghamplain, que, si on ne leur prêtait un secours efficace, il devenait de plua en plus impossible de quitter leur pays, pour venir de si loin s'eiL^oaftx

d4^ Samuel de Champlain

AUX embûches que leur tendaient continuellement les Iroquois.

" Sur quoi, dit Champlain, le sieur du Pont et moi avisâmes qu'il était trèsnécessaire de les' assister, tant pour les obliger davantage à nous aimer, que pour moyenner la facilité de mes entreprises et découvertures, qui ne se pouvaient faire en apparence que par leur moyen, et aussi que cela leur serait comme un acheminement et préparation pour venir au christianisme.

Le chemin à suivre pour éviter les

•embûches des Iroquois était excessivement long et pénible. Il fallait remonter rOutaouais avec ses rapides, passer par le lac Nipissing, pour prendre ensuite le cours de la rivière des Français. Le pays des Hurons était, comme on sait, situé au fond de la baie Géorgienne, à l'ouest du lac Simcoe.

Champlain rejoignît au pays des Hurons les quelques Français qui étaient partis un peu auparavant avec le P. le Caron. Pendant les longs préparatifs de Texpédition projetée contre les Iroquois, il parcourut toutes les bourgadea -

hnronnes, obserrant attentivement les beautés du pays et les mœurs et oou^ tûmes des habitants.

Uarmêe partît de Cabîa^ê le pTe* mier de septembre, et prit la direction de la rivière Trent et do la baie de Quinte. Quand on eut traversé le lac des Entouoronon (le lac Ontario), on cacha soigneusement les canots. Après> avoir fait, à travers le pays des Iroquois,.

environ ane trentaine de lieues, les alliés arrivèrent enfin devant le fort * des ennemis.

Un corps de cinq cents guerriers carantouanais qui devait venir faire diversion par un autre côté, n'arriva que plusieurs jours après le temps convenu. L'attaque eut lieu cependant; mais les sauvages se ruèrent sur le fort sans aucun ordre, et Champlain ne put jamais réussir à se faire entendre dac'3 la chaleur du combat ; ce premier assaut fut inutile. Le soir, dans un conseil, Champlain proposa de construire, pour le lendemain, un cavalier, du haut duquel les arquebusiers français auraient plus d'avantage à tirer, et une espèce de ïaa.T!Li<^\5^

pour protéger les assaillants contre les flèches et les pierres lancées de dessus les palissades.

Quelques-uns voulaient qu'on attendit le renfort des Carantouanais ; mais Champlain, voyant que l'armée alliée était assez forte pour emporter la place, craignant d'ailleurs qu'un retard ne donnât aux ennemis le temps de se fortifier davantage, fut d'avis qu'on livrât de suite un second assaut.

L'indiscipline des sauvages fît tout loangueT ; il fallut songer à la retraite.

Ohamplsdn avait reçu deux blessures à la jambe et au genou.

Quand les alliés furent de retour an lac Ontario, Champlain demanda qu'on le reconduisît à Québec. Mais les Hurons, qui avaient intérêt à le garder avec eux, firent en sorte qu'U n'y eût point de canot disponible ; et il dut se * résigner à passer l'hiver en leur pays.

L'armée fut de retour à Cahiagué dans les derniers jours de décembre.

Champlain, après s'être reposé, quelques jours, chez son hôte Darontal (ou Atironta), se rendit à Garhagouha.^cixvx

y revoir le P. le Caron. Ils partirent tons denx ensemble le 15 février, et allèrent visiter la nation du Petnn (les Tionnontatés), qni demeuraient plus an snd-onest. De là, ils poussèrent jusqu'au pays des Andatahouat ou Cheveux-Eelevés, et, si on ne les en eût détournés, ils voulaient se rendre jusqu'à la nation Neutre (les Attlouandaronk).

Enfin, le printemps venu, Champlaîn se fit reconduire à Québec, où Ton était fort inquiet sur son sort. Avant le dépaTÏ des vaisseaux, il fit agrandir

rhabitation de plus d'un tiers, et en augmenta les fortifications. " Nous limes, djt-il, le tout bien bâtir de chaux et sable, y en ayant trouvé de trèsbonne en un lieu proche de la dite habitation."

Le prince de Condé venait d'être arrêté, le premier de septembre 161& Champlain se douta bien que les ennemis de la société profiteraient de sa détention, pour exciter de nouveaux troubles et faire annuler la commission.

Il ne cessait de remontrer aux marchands, que, si Ton ne prenait U&

102 Samuel de ChamphUn

moyens d'augmenter et de fortifier Québec, la traite finirait par leur être enlevée de force. Les associés objec* taient, que les dépenses annuelles étaient énormes, .et que, dans un mo> ment de trouble comme on était alors en France, la compagnie, d'une année à l'autre, pouvait avoir le même sort que celle de M. de Monts, et qu'ils en seraient pour leurs frais. Champlain

leur représenta que les circonstances étaient bien changées : M. de Monts li'était qu^un simple " gentilhomme^ qui n'avait pas asseî d'autorité pour se joalatenir wn cour contre l'envie, dans

le conseil de Sa Majesté ; mais que maintenant ils avaient pour pTotectenr et vice-roi du pays un prince qui lee pouvait protéger envers et contre tons, sous le bon plaisir du roi. "

Deux années se passèrent, sans qu'il se fit beaucoup de progrès.

En 1617 et en 1618, Champlain vint au panada. Mais le manque de secours laissait toujours rh;q.bitatioft dans le même état de langueur.

A force de persévérance, il obtint

enfin, pour l'année 1619, quelques munitions de guerre, et des provisions de

bouche ; la compagnie s'engageait à envoyer quatre-vingts personnes, " y compris le chef, trois Pères récollets, commis, officiers, ouvriers et laboureurs. "

L'année 1619 s'écoula, et, de toutes -ces promesses de secours et d'hommes, aucune ne fut tenue. Cependant, on se plaignait partout de la Compagnie, qui, jouissant d'un privilège fort avantageux, ne remplissait point ses engage- ^uieniB envers la colonie. D'une autre

part, la concorde était loin de régner parmi les associés. Les huguenots avaient à cœur de ne pas voir la religion catholique s'enraciner dans le Canada ; tandis que les catholiques se réjouissaient des efforts qu'on faisait pour Ty établir. De là naissaient des divisions et des procès ; chaque parti se défiait de Tautre, et entretenait son commis particulier, chargé d'examiner tout ce qui se passait à Tadoussac et à •Québec.

Franc, loyal et honnête, Champlain ne leur ménageait aucun reçtochft.^^»»w

sujet de leur conduite. Aussi voulurent-ils se délivrer d'un censeur incommode, en l'obligeant à s'occuper de découvertes, pendant que Pont-Gravé resterait à Québec, revêtu du commandement, et chargé de la traite. 119^ espéraient que ce dernier serait plur souple et plus traitable. Ghamplaiit leur répondit que, comme lieutenant-^ général du vice-roi, il avait l'autorité SUT tous les hommes de l'habitation ; qu'il l'exerçait partout, excepté daiit^ leur magasin, où était placé leur premier commis; que le sieur de Pont- Gravé était son ami, qu'il le respectai^;

Samuel de Champlmn lOT

comme son père, à cause de son âge,, mais qu'il ne lai céderait jamais aucuii de ses droits ; " qu'il n'entendait faire le^ voyage qu'avec la même autorité qu'il avait eue auparavant ; autrement, qu'il, protestait tous dépens, dommages et intérêts contre eux, à cause de bqhl

retardement."

La-dessus, il leur présenta une lettw dans laquelle le Boi insistait sur l'ezé* cution de ce qu'ils avaient promis, et leur marquait sa volonté expresse que la Compagnie fournît à Champlaiu <.<5

qui lui serait nécessaire, tant pour l'habitation, que pour les découvertes.

Les marchands s'obstinèrent, et *Champlain, qui s'était préparé à passer au Canada avec sa famille, se vit contraint de retourner à Paris, après avoir fait sa protestation. '* Nous voilà à chicaner," dit-il ; et, avec son activité et son énergie ordinaires, il se rend à Tours, pour y suivre l'affaire devant le Conseil. Après avoir bien débattu, ajoute-t-il, j'obtiens un arrêt de messieurs du conseil, par lequel il était dit ^ue Je coinmanderais tant à Québec,

qu'autres lieux de la Nouvelle-France, et défense aux associés de me trou* bler ni empêcher en la fonction de ma charge ; lequel arrêt je leur fais signi* fier en pleine bourse de Bouen. "

Le prince de Condé ne pouvait guère s'occuper de la Nouvelle-France; il céda facilement tous ses titres au duc de Montmorency. Champlain, qui avait contribué à cette transaction, fut nommé son lieutenant, et se disposa à partir avec sa famille (1620). La compagnie, voyant ce changement d'un mauvais œil, suscita encore da

110 Samuel de Champlaifi

nouvelles tracasseries au sujet des pouvoirs qu'il devait exercer. Mais il n'eut qu'un mot à écrire au nouveau vice-roi ; les associés reçurent un ordre formel et absolu du roi de M^ désister 4e leurs poursuites*

Ciliamplain partit enfin vers le 8 de maif et arriva au moulin Baudé, après Tme traverse de deux mois. Son beaufrère, Eustache Boullé, fut agréablement surpris et étonné de voir que sa Aœur avait eu le courage de braver les iîireurs de l'Océan, pour venir se fixer

dans un pays encore sauvage et dénué de tout.

. Le 11 juillet, Champlain partit de Tadoussac pour monter à Québec, où, en arrivant, il " se rendit à la chapelle, pour y rendre grâces à Dieu de l'avoir préservé, lui et sa famille, de tous les •dangers d'un si long et si pénible Toyage. " Le lendemain, après la messe, un des Pères fit une exhortation de circonstance, et, au sortir de la chapelle, on lut publiquement les lettres de commission royale, et celles <lu vice-r6i. " Chacun cria : Vive fe

Roi ; lo canon fut tiré en signe-d'allégresse, " et ainsi, dit Champlain, ja pris possession de l'habitation et du pays au nom de mon dit seigneur la vice-roi."

Champlain trouva de quoi exercer son zèle. " Je trouvai, dit-il, cette pau»

vre habitation si désolée et ruinée, qu'elle me faisait pitié. Il y pleuvait de toutes parts ; l'air entrait par toutesles jointures du plancher ; le magasin s'en allait tomber, la cour si sale et orde, que tout cela semblait une pauvre maison abandonnée aux champs où

Samuel de Champlatn 113

les soldats avaient passé. ^ En peu de temps, néanmoins, tout fut réparé^ grâce à la diligence qu'il y mit.

Un de ses premiers soins fut ensuite de faire commencer, sur le coteau qui dominait l'habitation, un petit fort, qu'il jugea plus que jamais nécessaire " pour éviter aux dangers qui peuvent advenir en un pays éloigné presque de tout secours." — " J'établis,* dit-il, cette demeure en une situation très-bonne, sur une montagne qui commandait sur le travers du fleuve Saint-Laurent, qui est un des lieux des plus étroits de la

rivière. Cette maison ainsi bâtie ne plaisait point à nos associés ; mais poux cela il ne faut pas que je laisse d'effectuer le commandement de Mgr. le viceroi ; et ceci est le vrai moyen de ne point recevoir d'affront. "

Le duc de Montmorency, voyant avec peine la mauvaise volonté de la compagnie des marchands, avait résolu de mettre un terme à un état de choses si préjudiciable aux intérêts de la colonie. Au printemps de 1621, on apprit, par le premier vaisseau, qu'il avait formé une compagnie nouvelle. M. Dolu,

Intendant des afifaires du pays, fut <^argé d'ezpédier à Champlain copie deB nouvelles commissions, pour le prévenir que le vice-roi avait remis entre les mains des sieurs de Caen la gestion de tout ce qui regardait la traite, et que c'était son désir qu'il ne se fît aucune innovation avant son i^rrivée. n

Malheureusement, le vaisseau de M.

<de Caen ne paraissait point. Les commis de l'ancienne société n'étaient pas d'humeur à lâcher prise si facilement, à moins que Champlain n'exhibât des

ordres du roi ; ce qu'il ne pouvait faire pour le moment. L'arrivée de Pont- G-ravé et de plusieurs des anciens commis vint encore rendre la position plus critique. Il fallait agir avec une grande circonspection.

Le petit fort que Champlain venait de covimencer et qu'il se hâta de terminer de son mieux, fut en ce moment le salut de la patrie. Il y mit Dumais et son beau-frère, avec seize hommes, et y jeta les armes et provisions nécesjsaJres. "En cette façon, dit-il, nous

pouvions parler à cheval." Lui-même 6e chargea de la garde de ThabitatioiL

Xies commis de Tancienne société furent contraints d'accepter un cornpromis, et d'attendre que M. de Gaen fût arrivé. Enfin, après des allées et venues et des pourparlers qui durèrent jusqu'au mois d'août, Champlain, secondé par le Père G-eorge le Baillif^ vint à bout de faire la paix entre les deux partis.

Les habitants de Québec, alarmés d'un état de choses si déplorable^^<^^4.-

118 Samuel de Champlmn

unirent dans une assemblée publique^ Obamplain à leur tête, pour signèi^ et adresser au roi une humble pétition, afin que Sa Majesté voulût bien mettre un terme aux funestes divisions qui menaçaient de ruiner tout le pays.

Ohamplain ne pouvant s'absenter sand inconvénient, et pour sa famille et pour l'intérêt de tous, on choisit pour cette mission le Père G-eotge le Balllif. 0^ sage religieux vint à bout d'obtenir leê principaux articles de son " cahier," et un arrêt du conseil d'état réunit les deux compagnies en uhè seule (162!2.)

Bamuei de Chnmplain 11{>*

as

Pendant les quatre ans que Chamt>lam passa à Qtiébec arec sa famille, «on occupation principale fut de faim travailler à rhabitaiioû, an fort et an ' château Baint-Louis ; il saisit en mém^ ièibps toutes les occasions de fkilr^ fetec les Montagnais une alliance d^ plus en plus étroite.

Un des Mtoyens qui lui p^trut le pîuft ^i^pre à atteindre ce but, fut de con* llter à qtièlqn'nn de kurs capitainei»

Mîtâlneft ikir^rs ou certains gradeà ^ui doTafient narturellement les attacher ZBOiX Français.

^ Le capitaine Miristou fut le premier à qui Ton accorda cet honneur. Il prit à cette occasion le nom de Mahigan- Atic (loup-cerf), pour donner à entendre que, doui: comme le cerf, il \ saurait, quand il serait nécessaire, avoir le courage et même la fureur du loup.

Champlain, en 1624, se décida à reconduire sa femme en France. Accoutumée aux douceurs de la vie de Faria^ elle avait dû souffrir beaucoup de la privation des choses considérées comme indispensables à son 6tat. Son mari et j^ûjn frère étant fort souvent absents,

tSamuel de Champlain 121

elle se trouvait ainsi exposée à bien des ennuis.

L'année 1624 fut une époque d'améliorations pour Québec : Champlain jQUvrit un chemin commode, conduisant du magasin au fort Saint-Louis sur la hauteur, afin de remplacer le sentier étroit et difficile dont on s'était servi jusqu'alors. Les ouvriers continuaient en même temps les travaux du fort. Seconnaissant le mauvais état de l'habitation, et désesx>érant de la pouvoir réparer convenablement, il entreprit d'en bâtir une nouvelle. Vers les premiers jours du mois de mai^ il fit

abattre totiô les vieux bâtiments, à l'exception du magasin, et les fôndàr tiôns fàtent posées. Pour conseriret la^ ïûéùioite de cette reconstruction, tott enfouit unfe pierre sur laquelle étaieni gtàf ëes les armes du roi, ainsi qtl^ ôèlles du vice-roi, avec la date et te tooiû de Ohamplain, lieutenant du dtie âé Montïnôtency. Ces bâtiments de*^ -Raient consister en un corps de logfâ^ long dé cent Huit pieds, avec détd:

àîles de soixante pieds, et quatre petiteér totirl^ aux quatre angleô de Tédîficfef, Devant ITiabitation et au bord Att ienre, était nh tavelin, sur lequel iM

Safmel de CkafnplàiH 19^

disposa dés pièôes de eandn ; le iàûî était en^ronné dé fossés» qftô trù^tét^ saient des ponts -lé Vis.

Le sieur Emeric de Cae» démettra à Québec pour y commander. Cham* plain en partit le 16 août, et arriva à I>iepi)e le premier octobre. Il se rendit de là à Paris, afin de donner au roi et:

à M. de Montmorency des détails ertir Ce qui s'était passé dans la Nouvelle^ France depuis quatre ans

De nouvelles contestations entre hm anciens et les noureaut asso<Âi6« ^<^>v<^

vèrent de dégoûter I0 duc de Montmo^ Tency de sa charge de vice-roi, " qui lui rompait plus la tête, que ses affaires plus importantes. ^ Il la céda à son neveu Henri de Lévis, duc de Venta- -dour. Celui-ci continua Champlain •dans sa charge de lieutenant, et lui en expédia les lettres, le 15 février 1625.

Le nouveau vice-roi, plein de zèle pour les intérêts de la colonie et pour l'avancement des missions, voulut d'abord, que Champlain demeurât cette .année auprès de lui pour l'instruire ^^27^ particulièrement des besoins du

pays dorénavant soumis à sa juridiction ; puis il encouragea de toutes ses forces le projet qui venait de se former, d'envoyer des missionnaires jésuites an Canada, pour venir en aide aux premiers missionnaires, les Eé collets.

M. de Caen fut chargé du voyage de 1625. A son retour, il y eut contre lui des récriminations graves, qui entraînèrent un procès. Il sut néanmoins se tirer d'affaire assez bien ; l'arrêt du conseil lui alloua " trente-six pour cent d'intérêt sur un fonds de soixante mille livres, mais à la condition qu'il exécute-

Tait torus les articles auxquels la société «'était obligée envers le roi ; qu'il donnerait caution dans trois jours, et nom- :inerait un catholique au commandement de la flotte du Canada,"

Le printemps venu, M. de Caen ne «'étant pas conformé aux décisions de la cour, les anciens associés le protestèrent. Il les appelle une seconde fois devant le conseil, et un nouvel arrêt lui accorde encore gain de cause, à condition, toutefois, qu'il donnera caution dans Paris, et qu'il nommera, en J'absence du vice-roi, un amiral catho-

Jique, lui-même ne devant point faire le voyage.

Les vaisseaux appareillèrent à Pieppe. Champlain s'y embarqua, avec le sieur Destouches et son beau-frère, fiommé son lieutenant, à bord de la 'Catherine^ vaisseau de cent cinquante tonneaux. Emeric de Caen était viceamiral, et commandait la Flèque.

Champlain n'arriva à Québec que le S de juillet. Tous les hivernants se portaient bien, même Pont -Gravé, qui

128 Samuel dp Champlain

avait pensé mourir de la goutte pendant l'hiver.

Quoiqu'il eût, avant son départ^ laissé " nombre des matériaux prêts, " il ne trouva pas les logements si avancés qu'il se l'était promis. Le fort était encore au point où il l'avait quitté en 1624 ; le château, qui renfermait^quelques ménages, n'avait pas été terminé, quoiqu'il y eût du bois d'assemblé depuis deux ans.

Une des raisons qui retardaient les travaux du fort et de Thabitation, c'est

que les ouvriers étaient employé^, " aux plus beaux et longs jours de Tannée," à l'entretien du bétail. Il fallédt aller faire les foins à près de dix lieues de Québec, aux prairies n^turelies du cap Tourmente ; ce qui prenait quelquefois jusqu'à deux mois et demi. Pour obvier à cet inconvénient, Ohamplain établit une habitation auprès du Petit-Cap, au lieu même où sont aujourd'hui les bâtisses de la Petite-Ferme. Comme on était déjà au mois de juillet, il employa tou;s les ouvriers à y construire deux logis et une é table de soixante pieds de long.

A partir de ce moment, le soin des bestiaux ne demandait plus que quelques i)ersonnes. Au mois de septembre, Champlain y envoya le sieur Foucher avec cinq ou six hommes, une femme et une petite fille.

Considérant, d'un autre côté, que le fort de Québec "était bien petit, pour y retirer, dans un besoin, tous les habitants de la place," il résolut de l'abattre et de l'agrandir ; " ce que je fis, dit-il, jusqu'au pied, pour suivre mieux le dessein que j'avais ; auquel j'employai Quelques hommes qui y mirent toute

Samuel de Champlain ISl

sorte de soin. " Il y ménagea, " selon l'assiette du lieu, deux petits demibastions bien flanqués. La ruine du petit fort servit en partie à refaire le plus grand." Il se composait de fascines, et de terrassements, en atp tendant un jour qu'on le fît revêtir de murailles.

' Après les travaux du fort, les logements de rh^bitation et le mag^aio.

réclamaient la plus large part de son attention. Il fit couvrir la moitié du grand corps-de-logis, commencé de^uia

182 Samvel de Champlain

si longtemps, et faire quelques menues réparations*

LTiîver de 1626 à 162T fut un de»

plus longs que Champlain eût passés dans le pays, et il fut marqué par la perte du premier habitant de Québec»

Louis Hébert, qui mourut des suites d'une chute.

Pendant ce même hiyer, quelque nation voisine des établissements flamands, à laquelle les Iroquois avaient tué yingt-quati-e hommes (sans compter cing Flamands), parce qu'elle n'avait

Sormuel de Champlaiti 18S

pas voulu leur donner passage pour aller faire la guerre aux Loups, offrirent des présent» considérables aux sait* ▼i^es alliés pour les engager dans une grande coalition contre ces ennemis implacables. Plusieurs chefs montagnais, algonquins et autres les avaleuk acceptés, et Ton était sur le point de rasâembler les forces suffisantes.

Ohamplain en témoigna son mfi* contentement à Mahigan-Atio, qui lui fit part de ce projet. Il lui dit qu'il lui.

•avait bon gré de son avis, mais qu'il trouvait fort mauvais que le B»€qa\^\!ûK

184 Samuel de ChampUdn

et autres che£s enssent accepté ces présents, et se fassent engagés dan»

cette guerre sans l'en prévenir, tu qu'il s'était lui-même entremêlé de faire la paix pour eux avec les Iro^ quois ; qu'ils allaient rompre un traité qu'on avait eu tant de i)eine à conclure, juste au moment où l'on commençait à en ressentir les heureux effets, et qu'il regarderait comme ses ennemis tous ceux qui prendraient part à cette mal*^ heureuse expédition.

Mahigan- Atic comprit qu'ils avaient lût une grande faute, et il conseilla

d'envoyer quelqu'un aux Trois-Ri»

vières pour arrêter le coup. Champlain chargea son beau-frèf e de cette mission, délicate. Boullé était digne de cette confiance ; il réussit à convaincre les sauvages de l'imprudence de leur démarche, et il fut convenu qu'on ne ferait rien jusqu'à ce que tous les vaisseaux fussent arrivés, et que les autres nations qui devaient descendre fussent toutes assemblées.

Aussitôt qu'Emeric de Caen fat prêt à monter à la traite, Champlain lui recommanda de faire tous ses efforts

pour achever l'œuvre de pacification si bien commencée. " Mais, ajoute Champlain, il ne sut tant faire, ni tous les sauvages qui étaient là, que neuf ou dix jeunes hommes écervelés n'entre* prissent d'aller à la guerre." Ils revin* rent avec deux Iroquois, que l'on fit passer par tous les tourments ordinaires. Yoilà la paix rompue.

Émeric de Caen crut devoir ell écrire aussitôt à Champlain, lui mandaiàt que sa présence était nécessaire pour arrêter ces désordres, et eH prévenir les fâcheuses conséquence».

Samvel de Champlain 1S7

Cîelui-ci partit sur le champ avec Mahigan-Atic. Dès qu'il y fut arrivé^ <m. assembla un grand conseil. Cham^ plain leur représenta qu'ils Tenaient «de faire, en compromettant ainsi la |>aix, une démarche qui pourrait leut <50ûter bien cher, si Ton vlj trourait •quelque remède. Il se ferait un deroir «de les assister en frère, comme il Tarait déjà fait^ lorsque les Iroquois leur faisaient la guerre mal à propos; mais il ne pouvait approuver qu'on éllftt édnsi lés attaquer en pleine paix ssins qu'ils eussent rien entrepris •contre eux.

188 Samuel de Cliampïain

Après que chaque capitaine eut fait 0a harangue, il fut résolu, d'un con* sentement unanime, que Ton renverrait l'un des prisonniers, avec le B6»

concilié et deux autres sauvages ; et^ ** afin de mieux faire valoir leur am»

bassade, ils demandèrent un Français pour les accompagner." Il s'en pré* senta deux ou trois, dont un, Pierre Magnan, qui fut agréé de part et d'autre.

Quelques semaines après, un sauvage apporta la nouvelle que les ambassadeurs avaient été cruellement

Samuel de Champlnn 189

massacrés. On sat plus tard qu'un algonquin de l'Isle, pour satisfaire une vengeance personnelle, avait mali»

cieusement fait croire aux Iroquoi»

que cette députation n'était que pour les mieux trahir.

Les vaisseaux, à leur départ en 1627^ laissèrent l'habitation assez mal appro-^ visionnée. Il demeura à Québec, cetteannée, cinquante-cinq personnes, tant hommes que femmes et enfants, " sanscomprendre les habitants du pays. '^ Sur ce nombre, il n'y avait que dixhuit ouvriers. Il en fallait plus de la

140 Samu-el de Champlain

moitié pour les travaux du cap Tourmente ; Thabitation de Québec n'était point acheyée. La compagnie et M. de €aen avaient promis dix hommes pouï travailler au fort ; mais, pour eux, l'habitation devait passer avant tout, et 'Champlain se vit réduit à ne pouvoir employer aux fortifications que les Jhtommes qui étaient pour ainsi dire de jreete.

^ Je jugeai dès lors, dit Champlain, •que la plus grande part des associés ne «'en souciaient beaucoup, pourvu qu'on }enT donnât d'intérêt les quarante pour

cent. " Il en dît son sentiment à M. dela Balde, qui se trouvait lié par sei^ engagements ; " c'est en un mot, ajoute* t-îl, que ceux qui gouvernent la bourse font et défont comme ils veulent. " Il en écrivit au vioe-roî, et, en attendanil; il continua d'employer au fort tous \»

hommes dont il put disposer, sant toutefois négliger l'habitation.

Quelque temps après \e départ Am ▼aisseaux, deux Français, Henri, domeik tique de madame Hébert, et ^un autM nommé Dumoulin, auxquels Cham»

plain avait donné commission d'amener

142 Sanwel dé Cluuhplain

par terre quelques bestiaux du cap Tourmente, furent lâchement assassinés par un monta^nais à qui Ton avait Tefusé un morceau de pain. Un semblable meurtre avait été commis vers le cap Tourmente quelques année»

auparavant, sans qu*oa eût pu faire justice rigoureuse.

Oette fois, Champlain jugea que ce serait une faiblesse que de ne point «évir contre de pareils attentats. Il mande à Thabitation les principaux <îliefs, leur remontre Tatrocité du crime commis par un de leur nation, et leur

déclare nettement qu'il exige qu'on lui livre les auteurs de l'assassinat; en attendant, on garderait comme otage un certain montagnais, sur lequel on avait des soupçons, et que dorénavant on serait obligé de se tenir en garde contre leur perfidie.

Les sauvages parurent, en cette occasion, réellement chagrins et mortifiés d'un événement si fâcheux ; mais îl n'y eut pas moyen de constater au juste quel était le coupable.

Avant de partir pour la chasse, leb

144 Samvel tfe Champlain

Montagnais voulurent donner à Gham* plain un témoignage singulier de leur estime. Ils envoyèrent Mécabau, ap-^ pelé Martin parmi les Français, de* mander au P. le Caron quel présent il ienr conseillait de faire. '' Il me son* Tient lui dit Méeabau, qu'autrefoî# monsieur de Champlain a eu désir d'ftFoir 4e nios filles pour n^nar en Praaoe, et les faire instruire en la Ipi de Dieu et aux bonnes mœurs ; s'il Tonlait à présent, nous lui en donne** rions quelqu'unes ; n'en serais-tu pas bien content ? " Le Père répondit que oni, et qu'il fallait lui en parler. " Ce

Samuel de Ohamplaiu 145

que les sauvages firent de si lionne grâce, ajoute Sagard, que le sieur dp Ohamplain, voulant être utile à quelque âme, en accepta trois. Plusieurs croyaient que les sauvages n'avaient donné ces filles au sieur de Champlain que pour s'en décharger, à cause du manquement de vivres ; mais ils se trompaient, car Chomina même, à qui elles étaient parentes, désirait fort de les voir passer en France, non pour s'en décharger, mais pour obliger les Français et en particulier le sieur de Champlain."

On était rendu à la fin de juin 1628, et les vaisseaux ne paraissaient point.

Les vivres commençaient à faillir, et ce qu'il y avait de plus embajrrassant, c'est que le sieur de la Ealde n'avait laissé aucune barque à Québec ; en outre l'habitation était sans matelot ni marinier. " De brai, voiles^et cordages, dit Champlain, nous n'en avions point ; ainsi étions dénués de toutes commodités, comme si l'on nous eût abandonnés."

Tel était, par le mauvais rotiîoTr àes marchands, l'état de gêne où sd

trouvait la colonie, quand une flotte -anglaise, conduite par un renégat français, vint encore augmenter l'embarras de Champlain. Trois frères huguenots, David, Louis et Thomas Kertk, dont la famille avait quitté la France pour passer au service de l'Angleterre, s'étaient chargés de détruire les établissements français du

Canada.

Au moment où l'on préparait une petite embarcation pour aller à Tadoussac chercher une barque avec laquelle on pût aller à Gaspé^ deux

hommes arrivèrent en toute hâte du cap Tourmente, et apportèrent la triste nouvelle que les Anglais y avaient détruit et ruiné de fond en comble l'habitation qu'on venait d'y fonder.

Champlain, ainsi assuré de la présence de l'ennemi, fit réparer à la hâte les retranchements de l'habitation, et dresser des barricades autour du fort^ dont il n'avait pu terminer les remparts. Il distribua ensuite sa petite garnison aux quartiers les plus exposés, do façon que chacun connût son jîosti», et y accourût au besoin.

' Sèahuel dé ChamplaiÀ 149

Le lendemain^ 10 jnillef; sur leà ^rois henres de Taprès-midi, Ton apperçut dans la rade une voile qid &i»

sait mine de yonloir entrer dans la nrière Saint-Oharles. Quoique tmë dialonpe seule ne pût faire an grand exploit, Champlàin ne négligea pas de sdryeiller ses monyements ; il envoyé de snite quelques arquebusiers aH ri^ vage. On reconnut que c'étaient dés basques, auxquels lés Kertk avadeuk oonfLé la charge de raihener à Québec le sieur Pivert avec sa femnie et sa petite nièce^ faits prisonniers au cb^ Tourmente. Ils étaient èa. mÂ\&^

temps porteurs d'une lettre par lar quelle David Kertk invitait le commandant du fort à lui livrer la place- Champlain lut cette lettre devant.

Pont-Q-ravé "et les principaux habitants." La conclusion fut, dit Cham-plain, que, si TAnglais " avait enviede nous voir de plus près, il devait s'acheminer, et non menacer de tsi loin." Quoique chacun fût réduit à.

une ration de sept onces de farine de pois par jour, et qu'il n'y eût pas cin* quante livres de poudre au magasin, Champlain fit une réponse si fière, çue les Xertk, croyant l'habitatiou

mieux approvisionnée qu'elle ne l'était, jugèrent prudent de ne pas aller plus loin, et se retirèrent après avoir brûlé ou emmené toutes les barques qui avaient été laissées à Tadoussac.

Le Canada était sauvé, sî les vaisseaux de la compagnie de la Nouvelle- France avaient su éviter la rencontre de la flotte anglaise. Malheureusement, M. de Eoquemont, qui les conduisait, au lieu de se réfugier dans un des nombreux havres du golfe, où il pouvait attendre en sûreté que les Anglais fussent partis, remonta le fleuve, et se

TÎt bientôt dans la nécessité de livrer nn combat inégal, où il perdit dn cottp tonte la ressource d'une colonie déjà prête à succomber.

Cette défaite jeta Champlain dans une grande perplexité. Québec se Toyait menacé de la plus cruelle fsr mine ; Ton ne pouvait maintenaiit espérer de secours que dans dix moi* et les sauvages avaient peine à suffire à leur propre subsistance. Cependant il ne se laissa point décourager. H exhortait ses compagnons à la patience, et leur donnait lui-même l'exemple de

Samuel de ChamplaiH 153

l'abnégation, en se sôutnettant au même irêgime que les autres. Le peu de grain Técolté paf les Pères Récollets, par les Jésuites, par la famille Hébert^ avec le ptoduit de la pêèhe et de là chasséj proctlrèrent assez de vivre pout empêcher les habitcmts de mourir de faim jiéndant l'hiver. Afin que les pois et autres légumes pussent donner plus de nourrituïe, Champlain, ingénieux à profiter de tout^ imagina de les fairo j>iler dans des mortiers de bois.

Le travail était long et pénible, pour •des hommes exténués par la disette ;

154 Samuel de ChampJain

il eut la pensée de faire construire un moulin à bras. Mais, comme il n'avait point de meule, celles de la compagnie étant restées à Tadoussac, il.

chargea le serrurier de Thabitation dechercher de la pierre propre à en faire ;:

celui-ci fut assez heureux pour en.

trouver. Un menuisier entreprit de monter une moulange ; " de sorte que^.

dit Champlain, cette nécessité nous fit.

trouver ce qu'en vingt ans l'on avait, cru être impossible.**

Voyant le soulagement qu'apportait déjà cette première invention, il ré-

fiolut de faire bâtir nn moulin plu»

considérable, et de le faire mouvoir par l'eau. Ce plan, tout en soulageant la main-d'œuvre, devait avoir le boneflFet d'encourager les habitants à faire de plus grosses semences, et de les accoutumer à compter davantage sur leurs industries et sur les produits de la terre.

Au printemps (1629), un sauvage appelé Erouachit, qui arrivait du pays des Abénaquis, soumit à Champlain, de la part de ces peuples, un projet dont celui-ci n'eût pas manqué de pro-

Ater, si les munitions n'avaient pas été ^usdi Tares que les vivres. Cette nar iion demandait le secours des armes françaises contre Tennemi commun, les Iroquois. Il était inutile de songea à prêter main-forte aux autres^ quand (m était réduit à un pareil état do faiblesse. Ohamplain voulut cepen-' ^ant tirer tout le parti possible dfi l'amitié de ces peuples, et se décida à lètlf envoyer une ambassade. Son beau-frère était bien l'homme de coi^ fiance à charger de cette Commission } mais le besoin qu'il avait de ses services^ dans la prévision du retour de0

Samuel de Champlain Xk^

Anglais, l'engagea à le ret^nir a^pij^i- ^0 lui. Celui qui fut délégué à fu^ place, devait assurer les Abénaqi^ qu'on les assisterait contre leurs en^:%^ mis dès que les vaisseaux aurai^^ i:appQrté l'abondance, pourvu qu'e|^ attendant ils voulussent bien donnef aux Français quelques secpurj;; ei):

vivres. Champlain lui avait en mêmf^ temps recommandé de bien observer Jes lieux, la qualitié des terres et 1% )>pnté du pays.

Voyant la saison déjà passablemeqil avancée, Champlain prit le parti d'en-

voyer son bean-frère à Q-aspé avec une trentaine d'autres ; vingt d'entre eux consentirent d'avance à demeurer là avec les sauvages, et les autres préférèrent courir leur risque. La barque avant d'arriver à Gaspé, rencontra le vaisseau d'Emeric de Caen, qui venait ■chercher une partie des hommes de la compagnie destituée, et apportait en même temps des vivres pour l'habitation. Ainsi assuré d'un prompt secours, BouUé prit quelques provisions, et se remit en route pour Québec. Malheureusement, il tomba entre les maina

^68 Anglais ayant d'avoir passé Tadoussao.

Les Kertk étalent revenns, cette année, avec six vaisseaux et deux pinasses, décidés à faire nn dernier •eSori pour achever leur conquête. A force de questionner les prisonniers, ils ne tardèrent pas à connaître au juste le triste état où était réduit Québec.

Pendant ce temps-là, Champlain était dans une mortelle inquiétude.

Les vivres manquaient; la saison était déjà bien avancée, et Ton commençait

à désespérer de voir arriver des ¥W* seaux. Les sauvages, depuis Tarresta-^ tion de Mahigan-Atic-Ouche, soupçonné d'avoir commis le meurtre des deux Français, se tenaient sur la ré* serve, et, i l'exception du fidèle Ohq^ mina, on ne pouvait guère compter sur €ux en ce moment

Pont-G^ravé, à cause de son âge et de ses infirmités, causait à Champlain beaucoup plus d'embarras qu'il ne pouvait lui être de service. Compre^ nant lui-même la délicatesse de sa j>o^ition, il avait pris la résolution de

Samuel de Champiain 161

descendre comme il pourrait à Q-aspé, '^ur y chercher un vaisseau et se faire -repasser en France. Le voyage préparé, il demanda à Champiain s'il aurait agréable qu'il fît lire la commisfeion que lui avait donnée M. de Câen, afin que celui-ci ne pût lui contester ses gages. Champiain ne voulut pas lui refuser cette satisfaction ; mais il crut devoir lui observer que M. de Caen " s'attribuait des honneurs et commandements qui ne lui appartenaient pas, anticipant sur les charges de vice-roi ; que, pour le commerce des pelleteries, les articles de Sa Ma-

1C2 Samtiel dp Champlain

jeste lui donnaient tout pouvoir ; " mais que, pour le reste, les commissions royales ne lui permettaient pas de s'en mêler.

'* Le lendemain, qui était un dimanche, au sortir de la sainte - messe, Champlain, devant tout le peuple assemble, lit lire les commissions, ^ celle que Pont-Crravé tenait du sieur de Caen, et celle qu'il tenait lui-même du vice -roi, en expliquant à tous la dilUrenco qu'il fallait mettre " entre le pouvoir que pouvait donner le dit sieuï de On eu, et celui qui lui était con-

JTéré à lui-même par les lettres royales." ** Je vous fais commandement, dit-il à ceux qui composaient l'assemblée, 4e par le Eoi et Mgr. le vice-roi, que vous ayez à faire tout ce que TOUS commandera le sieur du Pont, j)our ce qui touche le trafic et commerce des marchandises, suivant les articles de Sa Majesté que je vous ai fait lire ; et, du reste, de m'obéir en tout et partout en ce que je commanderai, et où il y aura de l'intérêt du Roi -et de mon dit Seigneur. " — " Je vois bien, dit Pont-Grravé, que vous protestez ma commission de nullité. " —

" Oui, en ce qui heurte l'autorité dti Eoi et de Mgr. le vice-roi ; pour ce qui est de votre traite et commerce^ suivant les articles de Sa Majesté, à quoi il faut se tenir,*'

Cela se passa ainsi,'* dit Chalnplaiiu

TJn jour que la plupart des habitant»

de Québec étaient occupés les uns à la pêche et les autres à chercher des racines, on vit paraître des vaisseaux derrière la Pointe-Lévis. Sur le fiot^ une chaloupe s'avança avec un pavillon blanc. Ohamplain fit mettre au fprt un

4xaçeau de xnême x^oideur. La chaloupe aborde, et un gentilhomme au* glais s'en vient courtoisement lui présenter une lettre d&s deuxfrèrefi Lcmis <et Thomas Kertk, ^ui le sommaient da irendre la place^luioffîiant une composition honoiabld*

CIHamplaisk répondit qua Tétai d'a^ bandon où il se trouvait ne lui permet*^ tait pas de faire la même résistance qua l^année piécédente^ <|ue,. cependanti; les vaisseaux fissent attention de n'approcher à . la portée da eanon que

lorsque la capitulation serait entière*^ ment réglée.

Snr le soir, le capitaine Lonis Kerilr renvoya la chaloupe ponr avoir les?

articles de la composition, qui portait, en résumé : qu'on donnerait aux Fran* çais un vaisseau pour repasser en.

France ; que les officiers au service de la compagnie pourraient emporter leurs armes, leurs habits et leurs pelle-^ teries ; aux soldats l'on accordait leur»

habits avec une robe de castor, et aux religieux leurs robes et leurs livres.

Oea conditions, signées de Louis et de

Thomas Kertk, furent acceptées le dix-neuf juillet par Champlain et Pont- Q-ravé, et approuvées ensuite à Tadoussac par Tamiral David Kertk.

Le capitaine Louis cependant avait mis une restriction, au sujet des petites sauvagesses que Champlain désirait emmener ; le lendemain, les trois vaisseaux anglais étant entrés dans la rade, Champlain se rendit auprès de lui, anxieux de savoir pourquoi on ne voulait pas lui permettre de garder ces deux petites filles, qu'il instruisait avec soin depuis deux ans, et qui

168 Samuel de Cheanplain

lui étaient fort attacL. Jes. Louis Kertk finit par hii accorder sa demande; cq que le général David cependant 119 voulut jamais ratifier, quelque sapplif cation que lui en fit Ghamplain.

Af ânt de livret la place, C]iampljB}llk ^demanda quelques soldats pour eHi,<^ pdcher qu'on ne ravageât rien en li^ chapelle, chez les Pères ILécolletsi left; Pères Jésuites» la veuve Hébert, et e^^ qi^lques autres lieux ; ce qu fajf( libéralement accordé. Le capitaiftc^ Louis descendit à terre avec cent cin^ qualité hommes, et prit possession d^

^habitation et du fort " Voulant déloger de mon logis, dit Ghâ.xnplain| pimalfi il ne le voulut permettre, qu^Q Je ne m'ëj^ allasse tout à fait hors dd Québec, me rendant toutes les sortes de courtoisies qu'il pouvait s'imaginer.** Ilrluî piQriXMt e^jûoiB: d/^ continua à :|Qùre , célébrer la sainternaes^^ et lajl donnai '* xui certificat de tout ce <^û était tant au fort qu'à l'habitation^'*

i^e dimanche^ 22 juillet» le cafifliaii?

Louis " fit planter l'enseigne anglajjsfe «lar un des bastions, battre la caisse^ 6t assembler ses soldats, qu'il mit en

ordre sur les remparts, faisant tirer le canon des vaisseaux ; après, il fit jouer toute l'eseopetterie de ses soldats, U^ "tout en signe de réjouissance^.

^ Depuis ^è lés Anglais eurent pifli possession de Québec, dit Champlaint les jours me semblaient des mois. ^ Louis Kertk lui permit de descendre à Tadoussac, en attendant le départ des vaisseaux. Il laissa au capitaine anglais une partie de son ameublement, et 's'embarqua sur le vaisseau de Thomas Kertk.

Au moment où Champlain allait partir, Guillaume Couillard, gendre de' la veuve Hébert, et quelques autrecr qui avaient leur famille, voyant queles Anglais les traitaient bien et vou-»

laient les engager à rester à Québec, Tinrent le trouver pour lui demander son avis. Il leur représenta qu'ila devaient avant tout considérer l'intérêt et le salut de leurs âmes ; que, pour cette année, cependant, s'il était à leur place, il ferait la cueillette des grains,, rt, après en avoir tiré le meilleur parti possible, il s'en reviendrait en France, si toutefois le Canada n'était rendu à

178 Samuel dc.Chctmplain

fies premîeis maîtres. '^ Ha xoe roiaercièreiut^ dit-il, du conseil qne je leu^ donuai ; qu'ils le suivraient, espéiand| néanmoins nous revoir la prochain^ année avec Taide de Dieu." *

Champlain quitta Québec le 24 juillet, avec Thomas Kertk. Le lenda»

iiain, comme on était par le trayj^m de la Malbaie, on aperçut, du côté d;^ nordy un vaisseau qui mettait sojoa ^pile« et tâchait de gagner le ven(t| j[)pur éviter la rencontre. Il se troussai que c'était Em^ric de Caen. Le capiiaise anglais commanda d'approcher^

Samuel de Champlatn iVS-

pouT le saluer de quelques canonnades, •* qui lui furent aussitôt répandues par autres coups de meilleure nmonitîon." Comme il voulait en Tenir ^ l'abordage, il fit descendre Champlain et les autres français sous le tîllac, et clouer les panneaux sur eux.

Le vaisseau anglais aborda debout, et cramponna une patte de son ancre à celui d'Emeriô deOaen; de manière que les assaillants ne pouvaient entrer que par le beaupré, un à un, • et ceux qui risquaient le passage étaient sûrs de se faire massacrer les uns après les autres. En attendant, l'équipage de

Kertk se faisait foudroyer. Une partie (de ses hommes se jetèrent au fond du yaisseau, et il se vit obligé de les faire jremonter à coups de plat d'épée. Enfin JEmeric de Caen, craignant peut-être 4e ne pouvoir conserver longtemps l'avantage de sa position, voyant d'ail»

leurs approcher les deux patacheB anglaises, cria : Quartier ! quartier !

Thomas Kertk ne se fit pas prier ; le .combat cessa de part et d'autre.

Emerîc de Caen, apprenant que Champlain était à bord du vaisseau anglais, demanda à lui parler. On fait

ouvrir les panneaux, et Kertk, d'un ton ^in peu embarrassé, dit à Champlain :

" Assurez- vous que si Ton tire du vais- 43eau, vous mourrez. Dites-leur qu'ils se rendent ; je leur ferai pareil traitejnent qu'à votre personne ; autrement, ils ne peuvent éviter leur ruine, si les deux pataches arrivent plus tôt que la ^composition ne soit faite." — " Il vous ^est facile, répondit Champlain, de me faire mourir en l'état que je suis.

Tous n'y auriez pas d'honneur, en dérogeant à votre promesse et à celle de votre frère. Je ne puis commander à ces personnes-là, et ne peux empêcher

qu'ils ne fassent leur devoir." Il cony sentit néanmoins à les engager 4 accepter une composition équitable; ce qui se fit fort à propos, car, [^ua moment après, les deux pataches arrivaient sur eux. Kertk leur fit défense de rien faire au vaisseau français.

•• L'exécution faîte, dit Champlain^ nous nous en allâmes à la rade de Tadoussac, trouver le général Kertkl" Celui-ci, content de cette prise, fit à Champlain un fort bon accueil.

Pendant son séjour à Tadoussac,

Samuel de Champfatn 177

Champlain eut occasion de faire de sévères remontrances aux perfides trachements Etienne Brûlé, Nicolas MarsoUet et quelques autres, en particulier au traître Jacques Michel, qui s'était vendu aux Anglais, et s'était chargé de les piloter dans le fleuve.

L*amiral Davîd'blâma fortement son frère Louis, d'avoir donné si facilement le certificat que lui avait demandé Champlain, et qui contenait l'inventaire de tout ce qui avait été trouvé à Thabitation de Québec, prétendant

qu'il ne l'avait autorisé qu'à accepter les articles de la ca^ntulation.

La flotte anglaise quitta la rade de Tadoussac au mois de septembre, et repassa en France avec Champlain et tous ceux qui ne voulurent point rester à Québec, c'est-à-dire, Pont-Grravé et les employés de la traite, les religieux récollets et jésuites, et ceux qui, n'ayant point leur famille, n'avaient aucune raison de sympathiser avec de nouveaux maîtres.

Le 27 octobre, Kertk était à Douvre,

d'où Champlaiu écrivit à M. de Lauson pour le préTenir qu'il allait se rendre i Londres auprès de TambassadeuT français, et qu'il prît des mesures né* êessaires pour sauv^arder les intérêts 4e la société et du roi.

En arrivant à Flymoutli, l'amiral Kertk fut bien £àcké d'apprendre que la paix avait été conclue entre la France et l'Angleterre avant la prise de Québec.

Ohamplain demeura près de cinq tsemaines à Londres, auprès de l'am*

bassadeur. "Je donnai, dit-îl, des mémoires, et le procès-verbal de ce qui s'était passé en ce voyage, Porigi*' nal de la capitulation et une carte du pays pour faire voir aux Anglais les découvertures et possession qu'avicms prise du dit pays de la Nouvelle- France premier que les Anglais.*^ Trouvant enfin que les négociations traînaient en longueur, il obtint dô l'ambassadeur de pouvoir se rendre eu France. M. de Château-neuf le laissa partir avec l'assurance que le roi d'Angleterre consentirait à rendre le fort et l'habitation de Québec.

Bamuel de Champlaih 181

'* Ce ne fat qu'au printemps de 1632^ le 29 mars, que les difficultés furent définitivement réglées par le traité de Saint-aermain-en-Laye. Le temps qua Ohamplain passa en France, fut em* ployé à publier une nouvelle édition.

^e tous ses Voyages, ou plutôt une lûstoire complète de tout ce qui s'étaiir passé en Canada depuis la fondatioik de cette colonio.

Comtfie la prise de Québec, par Ie9 Anglais, avait causé à M. de Caen de gfavês dommages, il semblait juste* de lui fournir Toccasion de réparer seft

Î82 Samua de CJkmpktUi

pertes^ En consêqnence, le roi lui ac-> corda la jonissance des reTenns dm

j pays pendant une année, après laquelle»

Champlaîn devait reprendre son an«> eienne charge. Emeric de Gaen fàf donc envoyé à Qaébee, comme com*

I mandant, non-senlement de la flotta^'

mais encore de tonte la colonie. S<mÉ ses or^bres fnt plaoé le eàenr dn PlesmK Bochart, dont la présence était propre à contrebalancer les tendances calvi»

^tesductiefL j

Au moment od elle allait pfMdre Ul direction de la colonie, la compa^^nié

Samuel de Champlain 1S8

des Cent- Associés crut devoir user de beaucoup de prudence dans le choix de celui qu'on enverrait pour la gouverner. Personne ne parut plus propre que Champlain à remplir cette charge importante. 11 fut donc présenté pat les associés au cardinal de Eichelieu, qui, par une commission en date du /premier mars 1633, le nomma soï^ lieutenant " en toute Tétendue dit fleuve Saint-Laurent et autres/'

Ohamplaîu partit de t)ie{>pe, le 2à mars 1633, avec trois vaisseaux bieâ équippés, le iSai«<- Pierre^ \fc SawVî^wiw

et le Don-de-Dieu La petite flotte portait près de deux cents personnes^

tant mariniers que colons, les Pères Ennemond Massé et Jean de Brebeuf, une femme et deux petites filles. Au moment d'entrer dans le golfe, une violente tempête de nord-ouest l'obligea de relâcher à Sainte- Anne du Cap- Breton ; peu après, une seconde bourrasque la contraignit d'aller chercher un refuge à l'île de Saint-Bonaventure.

Enfin, au bout de deux mois, jour pour Jour, le vaisseau qui portait Champlain mouilla devant Québec, le 23 mai

La joie des habitants da pays fat grande quand ils virent arriver le fondateur de la colonie. " Ce jour, dit le Père le Jeune, nous a été l'un des bons jours de l'année." Tous connais- Baient sa sagesse, son expérience et sou admirable dévouement. On voyait renaître toutes les espérances du passé.

Aussi l'on peut dire que, dès lors, la Nouvelle-France, si cruellement éprouvée, prit comme une nouvelle naissance, et se trouva bientôt assez forte pour vivre de sa propre vie, au milieu 4le ces grandes forêts du Nouveau- Monde.

186 Samuel de Champlaim

m m il— i—^

Aussitôt que le Saint- Jean eut mouillé Tancre dans la rade, Champlain fit Éommer le sieur Emeric de Caen dé tei&ettre le fort et Thabitation entré tes mains de M. du Plessis-Bochart, eU V^rtu du commandement qui lui était fait de la part du cardinal de fiichelieiu

L'après-mîdi, le sîeut de Caen quitta le fort avec ses hommes, et M. dU Plessis-Bochart y entra avec les sien».

Le jour suivant, 24 de mai, les cle& futent remises entre les mains de Champlain. M. du Flessis prit alors là charge d'amiral de la flotte.

Semuel de Champlain 18T

Champlam, en possession de sent nonyeau gouYomement, s'occupa d'a^ bord des affaires de la traite^ qm pressaient davantage. Il venait d'arri*»^ T6r des Trois-Bivières dix-huit canots^ dgonquins, et Ton savait que les Anglais avaient trois vaisseaux à Tm^ donssac, d'où ils étaient même monté jusqu^au Pilier.

Okamplain, se doutiAt que les saUr rages pourraient aller les trouver jus^ que-là, tint conseil avec eux^ et leur fil entendre, par la bouche ^e l'interprète Olivier le Tardif, qu'ils prissent bien

garde à ce qa'ils avaient à faire : ces Anglais étaient des usurpateurs, qui ne faisaient que passer ; tandis que les Français demeuraient au pays d'une manière permanente, et qu'il était de l'intérêt de tous que leur ancienne «mitié continuât toujours.

Le chef algonquin répondit par une harangue aussi fine et délicate, que pleine d'une mâle éloquence. " Tu ne ireux pas, dit-il en finissant, que nous jQlions à l'Anglais : je vais dire à mes gens qu'on n'y aille point; si quelqu'un jr va, il n'a pas d'esprit. Tu peux touti

Samuel de Champlain 18î>

mets des chaloupes aux avenues, et prends les castors de ceux q^ui iront. ^

Afin d'ôter aux sauvages d'en haut la pensée de descendre au-devant des Anglais, Champlain établit un nouveau poste, sur l'îlet de Richelieu, qui commande Tun des passages où le chenal du fleuve est le plus étroit ; ce lieu avait en outre l'avantage d'être assez rapproché de Québec pour que l'on pût, au besoin, faire monter dans quel»

ques heures les marchandises et le»

objets nécessaires à la traite.

190 Samuel de Champlmtf^

Non-coatent de veiller aux intérêts de U compagoie, Ghamplain, dès sou arrivée, déploya toute l'ardeur de son zèle pour Thonneur du culte et le progrès des missions. Il se donna uno peine infinie pour décider les Hurona À emmener avec eux quelqu'un dea Pères qui avaient déjà commenoé à instruire leur nation.

A. peine là traite finie, il voulut accomplir un vœu qu'il avait fait depuis la prise de Québec par les Anglais. U érigea tout près de l'esplanade du fort, ^ J'en droit où est aujourd'hui le maître-

Samuel de Champlain X91

:|iijitel de Notre-Dame de Québeo, une nouvelle chapelle, qui fut appelée JS^çtre-Dame de Recouvrmice, tant eu mémoire du recouvrement du pays, que parce qu'on y plaça un tableau recouvré d'un naufrage •

^ Se voyant secondé de plus en plus efficacement par les bonnes dispositions de la compagnie, il entreprit une autre fondation, où l'on se promettait "^jU^e les missionnaires pourraient faire Tin grand fruit ; il envoya le sieur La Violette aux Trois-Rivières, pour y établir une habitation et un fort; C0

qui fut commencé le 4 juillet 1684»

Le P. le Jeune et le P. Buteux allèrent y résider aussitôt que le logement fut prêt à les recevoir.

Enfin, après avoir donné à sa clière colonie, de nombreux témoignages d'un dévouement sans bornes et d'une piété aussi ardente qu'éclairée, " Cham»

plain, comme dit si bien le P. le Jeune»

prit une nouvelle naissance au Ciel le jour même de la naissance de notre Sauveur en terre ; " il mourut le jour de Noël, 25 décembre 16S5, aimé et

respecté de tous ceux qui Tavaien connu.

" Nous pouvons dire, continue le môme Père, que sa mort a été remplie de bénédictions. Je crois que Dieu lui a fait cette faveur en considération des biens qu'il a procurés à la Nouvelle-France. Il avait vécu dans une grande justice et équité, dans une fidélité parfaite envers son Roi et envers messieurs de la Compagnie ; mais, à la mort, il perfectionna ses vertus, avec des sentiments de piété si grands, qu'il nous étonna tous. Quoi amour

J94 Samuel de Champlain

n'avait-il point pour les familles d'ici !

disant qu'il les fallait secourir puis^ samment, et les soulager en tout ce qu'on pourrait en ces nouveaux commencements, et qu'il le ferait si Dieu lui donnait la santé. Il ne fut pas surpris dans les comptes qu'il devait rendre à Dieu : il avait préparé de longue-main une confession générale, qu'il fit avec une grande douleur au P. Lalemant, qu'il honorait de son

amitié. Le Père le secourut en toute

sa maladie, qui fut de deux mois et

demi, ne l'abandonnant point jusques

J ]a mort On lui fit un convoi fort

honorable, tant de la part du peuple, que des soldats, des capitaines et des gens d'église. Le P. Lalemant y officia, et l'on me chargea de Toraison funèbre, où je ne manquai point de sujet. Ceux qu'il a laissés après lui ont occasion de se louer ; que s'il est mort hors de France, son nom n'en sera pas moins glorieux à la postérité.''

UNIVER8ITY OF MICHIQAN

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