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Sancho

La comédie lyrique (■•) est demeurée, jusqu'ici, un genre peu cultivé. On ne peut .i^uère en citer que deux exemples mémorables dus à des génies de race différente : les Maîtres Chanteurs de Wagner et Falstaff de Verdi. Aussi ne saurait-on passer sous silence l'apparition d'une nouvelle «i^uvre de tendances identiques, mais, cette fois, de langue française. Je veux parler de Sancho de M. Jaques- Dalcroze. Cette comédie me parait appelée à

(■) Il ne faut pas confondre la comédie lyrique avec l'opéra comique. Dans la comédie lyrique, le dialogue n'existe pas, les vieilles formules « du genre éminemment français » n'apparaissent plus ou sont du moins notablement transformées, enfin, le discours musical se déroule d'une façon continue sur une trame symphonique très travaillée.

un vif succès, le joui' où un directeur aura le bon sens de la monter. L'Opéra-Gomique, notamment, aurait, avec une partition semblable, toutes les chances de recueillir des receltes fructueuses. Mais allez donc faire comprendre cela à M. Carvalho ! ! î II préfère reprendre Martlia et les Diamants de la Couronne, ou jouer, de façon à le faire tomber, le Vaisseau- Fantôme II

Le livret de Sanclio, dû à M. Yves Plessis, est extrait de Don Quichotte, l'immortel roman de Cervantes. 11 met en scène l'épisode bien connu de l'île de Barataria. Pour s'amuser de Sancho Pança, le légendaire et crédule écuyer de Don Quichotte, un grand seigneur espagnol lui confie le gouvernement d'une petite ville qu'il qualifie à: Ile en terre feimie, bourde que Sancho accepte avec sa naïveté ordinaire. La comédie met en scène les diverses tribulations qu'on fait subir au malheureux écuyer, qui, bientôt dégoûté des grandeurs, ne demande plus qu'à retourner dans son village.

Le librettiste a suivi assez exactement les données du roman, du moins en ce qui concerne les mésaventures de Sancho à Barataria: mais il a inventé de toutes pièces le personnage de Térésa, femme de Sancho, dont il est à peine question dans le roman, et l'épi-

sodé des amours contrariées de Sanchette et du barbier Garrasco qui, dans Cervantes. n"est nullement barbier et n'a jamais songé à épouser la fille de Sancho. La dame d'honneur de la duchesse, Altisidore, amoureuse, par plaisanterie, de Don Quichotte, dans le roman, se trouve, dans la pièce, transformée en une duègne véritablement éprise du chevalier et désireuse de le guérir de sa folie. Enfin, le dénouement est amené par le duel de Don Quichotte avec le chevalier de la Blanche- Lune, tout comme dans le roman, mais la scène se passe à Barataria, où Cervantes n'a jamais amené Don Quichotte. Je me hâte de dire que ces dilïérents changements, justifiés par les nécessités de la transformation scénique, sont très habilement faits. Ils ne touchent en rien Tessence et l'économie générale du chef-d'œuvre de Cervantes.

Le poème de M. Yves Plessis, d'une versification très libre, est remarquablement agencé ; les dialogues sont vifs, spirituels ; enfin, chose digne de remarque, les caractères des héros principaux n'ont rien perdu, en passant du roman au théâtre, de ces traits qui ont fondé leur universelle célébrité. Parmi les personnages ajoutés, celui de Térésa est dune vérité, d'une humanité que Cervantes luimême n'aurait pas désavouée.

Un bon livret est une chose si rare que l'on ne saurait trop féliciter M. Plessis de l'excel-

lente pièce qu'i] M. Dalcroze.

a offerte à Tinspiration de

Sancho est divisé en quatre actes et huit tableaux. La partition comporte une ouverture fort importante qui expose musicalement les caractères de Sanclio et de Don Quichotte. Cette préface symphonique, remarquablement traitée, est du plus vif intérêt, il faut lanalyser de près.

L'ouverture débute par les trois premières mesures du motif fugué suivant que chantent les violoncelles et les contre-basses.

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Cette fugue qui, développée, termine Fouverture et aussi Tœuvre entière, donne la moralité de la comédie par le chœur écrit sur elle :

Il ne faut pas dans ce monde Souffler plus haut que son nez.

Le début de la fugue est interrompu à diverses reprises par le thème que voici :

Exposé par la clarinette-basse, p. 1. m. 4, il passe successivement au hautbois, au basson, à la clarinette et à la flûte. Il dessine d'une façon très caractéristique la physionomie matérielle. VhaMtus corporis de Sancho.

Maintenant que l'homme physique nous a été présenté, le compositeur nous fait faire connaissance avec l'homme moral. Page 2, m. 8 et suiv., le quatuor fait entendre le thème d'une rondeur si franche qui s'applique à la Bonhomie de l'Ecuver.

Au milieu des développements de ce motif, celui de Sancho (2) revient à deux reprises différentes. On trouve aussi un fragment.de ce leitmotiv exposé en son entier, p. 3, m. 14, par la clarinette et l'alto solo. Il symbolise le Bon-Sens du paysan.

Ge dernier thème revient dans les pages suivantes, puis, brusquement et ff., une phrase de grande et noble allure éclate, chantée à vide, par les trombones à l'unisson, p. 4, m. 7, 8.

C'est le thème de la Chevalerie qui évoque rimmortelle figure de Don Quichotte. Le motif de Sancho (2) est alternativement ramené par les altos, ensuite par le basson, enfin par le hautbois et par le cor.

La Chevalerie (5) lui répond d'abord par les bois, ensuite par la trompette et par le cor, superposée à un intéressant développement du Bon-Sens (4) confié aux cordes. Le motif chevaleresque (5j revient encore, mais, cette fois, en valeurs diminuées, p. 6, m. 9, et il se maintient, sous cette nouvelle forme, pendant un certain temps, uni à ceux de Sancho (2) et du Bon-Sens (4). Le mélange de ces différents thèmes forme une excellente peinture des caractères si opposés de Don Quichotte et de Sancho, le premier tout épris d'idéal, toujours prêt à s'exalter pour les nobles et toiles entreprises, le second de sens éminemment pratique dans sa simplesse d'esprit.

Mais voici venir un nouveau thème d'une très belle expression, ('/'est celui de Vile.

Il est lancé par le hautl)ois. p. 8, m. 1. 2, M. sur un spirituel accompagnement, issu du motif de Sanclio (2), confié aux cors. Il passe ensuite à tout l'orchestre, puis les bois le ramènent moqueusement modifié, pendant qu^ les basses, sages conseillères, murmurent le motif de la fugue :

Il ne faut pas en ce inonde Souffler plus haut que son nez.

Mais le thème de Vile i(i), qui sonne orgueilleusement aux cuivres, étouffe bien vite les voix du sens commun. Pendant trois pages. nous assistons à un développement des thèmes de Vile (H) et de la Chevalerie (5) qui s'entrecroisent, se superposent, s'amalgament en des mesures alternées à 12 8 et à H 8. Le îPitmotir de Sanclio r2) rentre en scène superposé d'abord à celui de la Checalerie (5y, puis il éclate, p. 13, dans un triomphal fi', des trombones. Tous les désirs de l'écuyer sont exaucés. Alors, sur des sonneries de trompettes, la phrase du Bon-Sens (4) revient déformée, caricaturisée: celle de la Bonhomie (3), par contre, conserve sa forme primitive, car les grandeurs n'ont point, dans Sancho, altéré cette qualité. Cependant, le mouvement qui s'était notoirement accéléré, se ralentit. Le motif personnel de l'écuyer (2^ est ramené, comme tout bouffi d'orgueil, en valeurs augmentées par les trombones et le tuba. Puis retentit.

aux cors en sons bouchés, p. 15, m. 8. 9, le thème railleur destiné à caractériser dans Foeuvre la Fm-ce (*), dont sont victimes à la fois Sancho. sa femme et Don Ouichotte.

r^UJ-

Un trait chromatique descendant des bois, amène, gémi par le hautbois, puis par la trompette, un renversement du motif de Vile (6). Alors le Bon-Sens (4), méconnu, reparaît aux violoncelles pendant que le thème de Sancho (2i revient, en sa forme augmentée soupiré par la voix des l)assons et de la clarinette basse.

Arrive maintenant la conclusion formée par un brillant développement de la fugue (1). Dans ces pages, le motif du Bon-Sens (4) reparaît deux fois : la seconde, magnifié par les cuivres. L'ouverture se termine par le thème de la Farce il).

Au premier tableau, nous sommes dans la chaumière de Sancho. Sa femme Térésa

(*) En réalité, ce motif apparaît auparavant dans l'orchestre, mais on a oublié de le faire figurer dans la réduction pour piano. Il devrait se rencontrer p. 7, m. 1. Dans la grande partition, il est lancé, à ce moment, par le piccolo.

(mezzo-sopraiio; et sa liile Saiirhette isopranui, sont aux prises avec des gabelous. car, depuis que le paysan est parii comme écuyer à la suite de Don (Juicliotte, la misère règne à la maison et les impôts restent impayés. Survient le barbier Carrasco (ténor). 11 aime Sanchette et il dt^sintHressc les agents du tisc Térésa lui saute ;-iu cou >■[ met sa main dans celle de la jeune fille. Les deux amoureux se laissent aller à leur Joie.

La scène avec les gabelous est lestement traitée. Celle qui suit est tout à fait charmante. Nous y rencontrons plusieurs nouveaux leitmotwe. Celui qui exprime YA/^ou/r dp Carrasco pour Sanchette. apparaît au violoncelle, p. 2fi. m. 10, 11 :

Un

allègre

babillau:e. commencé

par la

trompette avec sourdine, continué par le hautbois et le basson, souligne, p. '21, m. H. le Verbiage de la femme de Sancho ;

Ce thème avait été esquissé dans l'ouverture, p. 11, m. 7, 8.

Le motif des Ficmcailleis

Sis

sur lequel est bâti le (l('li(ieux allegretto de Carrasco : Voici venir le jour attendu, s'affirme aux premiers violons, p. 28. m 4, 5, 6, 7, 8.

Plus loin, p. 30, m. J, enfin, c'est le thème du Mariage :

que murmure le violon solo.

La réponse de Sanchette : Oui, nous nous aimerons, est pleine dun charme discret. Quand les effusions sont terminées, les jeunes gens regrettent l'absence du maître de la maison en ce jour de bonheur. Térésa, furieuse de l'équipée de son mari, l'arrange de belle façon et elle termine sa diatribe en déclarant à Sanchette :

Si donc le chevalier est le prince des fous, Ton père est le roi des imbéciles.

Les motifs de Sancho (2), du Bon-Sens (4), de Vile (6), de la Chevalerie (5) forment la trame symphonique de cette scène.

Un laquais, brillamment habillé, entre sur ces entrefaites dans la chaumière. Il annonce à Térésa, stupéfaite, que son mari vient d'être

nommé gouverneur d'une île. Sancho envoie chercher sa femme et sa fille. Le motif de la Farce il) ponctue ce discours. Térésa laisse éclater sa joie sur le thème du Verbiage (9) et Sancho remonte aussitôt dans son estime. Elle entonne l'éloge de celui que tout à l'heure elle critiquait amèrement et elle conclut :

Sïl est petit de taille,

Ton père est grand par ses vertus :

Ce n'est pas d'à présent que je m'en aperçus.

Les préparatifs de départ sont vite faits. Gavrasco s'apprête à suivre sa fiancée, mais Térésa l'arrête. Un barbier n"est plus digne de la fille d'un gouverneur. Par contre, elle fait des avances à Rafaël qu'elle prend pour un seigneur. Les cinquante ans du laquais ne lui paraissent pas en disproportion avec les dixsept ans de Sanchette. Les deux femmes montent en carrosse. Carrasco, resté seul, éclate en sanglots. Dans cette dernière scène, un nouveau leitmotiv fait son apparition. Exposé d'abord, p. 42, m. 7, 8, par les violoncelles, sous une forme élargie, on le trouve, p. 47, m. 2, 3. H la clarinette sous sa forme principale :

C'est celui de V Ambition qui s'empare de l'àme de Térésa. Les thèmes de Vile (6), de V Ambition (12) et de V Amour (8) forment la conclusion de ce tableau.

Le 2« tableau nous amène sur la place de la maison de ville à Barataria. Le peuple orne les rues pour l'entrée de Sancho dont un héraut annonce la nomination. Bonarille, le gouverneur actuel, n'est guère content de l'arrivée de l'intrus qui vient lui prendre sa place. Un motif, confié à la clarinette-basse et au basson, p. 57, m. ], dit le Dépit du fonctionnaire destitué et de ses amis :

Le petit chœur, chanté à l'unisson par les jeunes filles demandant des renseignements sur Sancho, est d'un joli style comique. Le duc arrive avec la duchesse et sa suite. Il rassure Bonarille en lui disant qu'il ne lui ôte sa place que pour un jour et en lui confiant la mystification dont Sancho va être le héros. Le grand récit du duc (baryton-martinj raconte l'arrivée de Don Quichotte dans son château et celui de la duchesse (soprano; concernant Sancho sont des mieux réussis. Naturellement, dans toute cette scène, le leitmotic de

la Farce [T\ joue un r<Me prépondérant. On retrouve aussi ceux de la Chevalerie (5), de Sancho (2), de Vile [6) et l'on fait connaissance avec celui de Dulcinée.

chanté, p. 72, m. 9. 10, 11, 12, par le duc et doublé, à l'orchestre, par la flûte et les premiers violons, et celui à'Altisidœ^eM duègne. amoureuse de Don Quichotte, murmuré, p. 77. m. 4, 5, par les clarinettes :

Dans le lointain éclatent des fanfares joyeuses. La foule des Baratariens envahit la scène sur un passage d'orchestre très chaud et très coloré. Sancho (baryton) fait son entrée, monté sur son tàne, pendant que son thème personnel (2) retentit plusieurs fois. Don Quichotte (basse-chantante) paraît derrière lui sur Rossinante. Des petites tilles offrent un bouquet au nouveau gouverneur en un chœur d'une simplicité enfantine tout à fait charmante. Sancho, descendu de sa monture, se laisse aller à son contentement. Le voilà enfin dans ce qu'il croit bénévolement être une île ! ! Il fait un retour sur ses misères d'autrefois et est, sagement, d'avis de ne pas se

griser de son triomphe. Tout ce morceau, solidement construit, d'une facture excellente, d'une déclamation lyrique parfaite, se déroule sur les thèmes de Vile (6), de la Farce (7), du Bon-Sens (4) et de Sancho (2). Cependant, la joie ne fait pas oublier au brave homme l'heure du déjeuner. Les cordes à Tunisson et avec sourdines, amènent, p. 91, m. 2, 3, le motif qui souligne la Gourmandise, bien connue de l'ancien écuyer.

Mais Sancho doit recevoir, d'abord, les notables qui lui apportent les clefs de la ville et lui passent à la ceinture un énorme trousseau. Il lui faut écouter ensuite un pompeux discours où le musicien a spirituellement parodié les récitatifs de l'ancien opéra. Ce discours est l'occasion d'une amusante scène avec Don Quichotte, qui veut prendre pour lui la plus grande partie des compliments. Retour continuel des thèmes de la Farce il) et de la Chevalerie (5).

Les réceptions officielles terminées, Sancho croit que l'on va se mettre à table. Pas encore ! Une messe d'actions de grâce va commencer et le nouveau gouverneur ne peut se dispenser d'y assister. Tous entrent dans l'église saut Bonarille et trois laquais du duc qui combi-

nei)t HOtre eux les nouvelles farces à juuer h Sanchû. Cette scène n"est nullement ne-ce.^saire à la clarté de Tintrigue et elle alourdit l'action bien que, niusicalement. hUh soit traitée de tai;<»n vive et piquante. Les farceurs se cachent en voyaut arriver le carrosse amenant Térésa et Sanchcttf. toujours accoiapa- .t'oées de Rafaël que les deux femmes continuent à prendre pour un grand seigneur.

Térésa ne se tient pas d^ joie. Elle les laisse éidater en un désopilant bavardage, accompagné par les motifs de Y A'mbitioyi < 1*2» et du Verbiage (9;. Sanchette. par contre, retient avec peine ses larmes. Ses plaintes, expressivement traduites, nous fout faire connaissance avec le thème particulier de la jeune tille. Le violon solo 1p soupire, p. UH. m. 3, 4.

Térésa relève vertement Sanchette pendant que le motif ambitieux 1*2) raconte les hautes visées de la paysanne. Elles entrent dans la maison de ville puur aller revêtir de plus luxueux vêtements. Nouv^IIp scène avec les valets aussi inutile que la première. Ln nouveau thème, néanmoins, y est exposé, {>. l'>2. m. 1, '2. C'est celui du Jugement :

Le cortège sort de Téglise et, pendant qu'à l'orchestre la Gourmandise (16) s'allume, Sancho réclame impérieusement le déjeuner.

Hélas ! le pauvre gouverneur n'est pas encore au bout de ses peines. Son thème personnel (2) revient altéré, p. 124, m. 11, 12, à la clarinette basse et au basson. Désespéré, le malheureux apprend, pendant que ricane la Farc^ (7), qu'il lui faut de suite rendre justice au peuple. Sancho a beau protester et invoquer les excellentes raisons que lui dicte le Bon-Sens (4), il est forcé de céder. Tous s'éloignent pendant qu'à l'orchestre se mêlent les thèmes de la Farce (7) et de Sancho (2). Quelques instants après, Carrasco arrive tout couvert de poussière. 11 a suivi de loin le carrosse, car il n'entend pas se laisser ravir Sanchette. Il frappe à la porte de la maison de ville, mais Rafaël le chasse. L'air du jeune homme est vibrant et passionné. C'est une des bonnes pages de l'œuvre. Nous y retrouvons les motifs de V Amour (8) et de Sanchette (17). Le rideau tombe sur une superposition de ce dernier thème et de celui de la Farce il).

Le second acte se déroule sur la grande place de Barataria devant le chêne, sous lequel, tel Saint-Louis, Sancho va rendre la justice. Le prélude de cet acte est bâti sur le thème rythmique de Jugement (18) et sur un

rappel du motif du Bon-Sens (4i. Le peuple est réuni sur la place et, auprès de Tarbre, se tient un héraut tenant un étendard où l'on voit un àne d"or écartelé sur fond de j^ueules, avec, en enseigne, ces mots : i< Vivat Don Sancho Pança ». Sancho arrivant avec le duc, la duchesse et Don Quichotte, tombe en arrêt devant la bannière et demande ce qu'on y lit. Le duc lui répond de lire lui-même. Embarrassé, Sancho est Identôt forcé d'avouer son ignorance de l'A, B, C. A remarquer la jolie phrase de hautbois des mesures 7, 8, 9, de la p. 147. Mais, quand il apprend qu'on a lait précéder son nom du noble Don. Sancho se révolte. Il revendique hautement sur le motif de la Bonhoïnle (3) sa naissance l'oturière et son Bon-Sens (4) proteste cf>ntre le titre dont on veut Talfubler. Tout ce passage est excellemment traité. Le Jugement commence. Deux causes, embrouillées à plaisir, sont appelées. Inutile de dire que les plaignants ne sont autres que des valets déguisés. Toute la scène, et plus spécialement sa seconde partie, est des plus amusantes, mais elle perdrait de son sel à être racontée. Au point de vue musical, elle se déroule sur les thèmes du Jugement (18), de la Farce (7i et du Bon- Sens (4V Vers la tin, reparaissent aussi ceux de Vile (6) et de Sancho (2), ce dernier sous une forme nouvelle, p. 181, m. 3. Un autre motif, celui qui caractérise la manie de Sancho d'émettre des

Proverbes à tout bout de champ, émerge, p. 168, m. 11. l'2, confié à la tlûte et aa hautbois.

11 avait été précédemment esquissé à la voix, même page, m. -j, 6. Sons le rapport vocal, citons Vnllegretto comiqnp de Romero (trial), dont nne partie est construite sur un thème de chant poi)ulaire, p. 165, m. 6 et suiv. qui re parait, plus loin, à l'orchestre, quand Sancho semonce le dit Romero déguisé en femme, et V allegro de Ferez (2^ ténor > : Ce matin, le fouet en 7nain, dont le motif a d'abord été exposé par le violon solo, p. 168.

l^e jugement terminé, Sancho réclame le déjeuner promis. Le thème de la Gounnandise (16) reparaît ici en un rythme modifié, j). 182, m. 5, 6. Mais les habitants ont organisé un bal public en l'honneur du duc; il faut absolument que le gouverneur ouvre la tête avec la duchesse. Le motif de Sancho rZ) apparaît plusieurs fois sous sa nouvelle forme. Le lourd paysan essaie de danser, mais, essoufflé, il finit bientôt par s'arrêter. Railleur, incisif, le thème de la Farce {!) surgit à diverses reprises, et celui de Sancho ('2) alterne avec la Gourmandise f 16;, cette fois en valeurs diminuées.

L'acte se termine par un ballet composé de quatre importants numéros contenant, chacun, des choses ravissantes. Le thème de la p. 191 ; la délicieuse phrase de flûte, p. 192, m. 5: l'original 5 4 de la p. '208, méritent une particulière mention.

Le premier tableau du 3^ acte se passe dans la chambre de Sancho, à la maison de ville. Des laquais achèvent la toilette du nouveau gouverneur. Les motifs de Sancho (2) et de la GoiiVïnmidise (16), tous les deux en valeur.s diminuées alternent à l'orchestre. Le pauvre Sancho n'a toujours pas déjeuné et il lui faut attendre maintenant pour se remplir la panse l'heure encore lointaine du dîner. Le monologue de Sancho est souligné par un s})! rituel accompagnement. Don Quichotte arrive annoncé par le motif de la Chevalerie (5), celui de Vile (6) reparait aussi. Tout à fait charmante la vive répartie de Sancho, p. 282. Don Quichotte vient faire ses adieux à son exécuyer, car il se prépare à reprendre la campagne. Le fragment où le sympathique toqué exalte la chevalerie est d'une réelle grandeur. Tout le morceau est d'un style élevé et plein de noblesse. Avant de partir, Don Quichotte veut donner quelques conseils à Sancho, mais il est interrompu par un son de mandoline qui résonne au dehors. Bientôt s'élève la voix

d'Altisidore (contralto), soupirant une sérénade qui, dans son burlesque, sait garder de la distinction. La duègne entre dans la chambre continuant son chant amoureux adressé à Don Quichotte. Le motif de la phrase célèbre de Sigurd : La Walhyrie est ta conquête, amené de la façon la plus inattendue et la plus habile, dans la seconde partie de cette sérénade, est d'un irrésistible effet parodique. Dans ces pages, le thème d'Altisidore (15) revient à chaque instant.

Don (Juichotte prend la mandoline et répond à la duègne. Son chant, construit en partie sur le motif de Dulcinée (14!, célèbre la beauté de sa dame. Altisidore, désespérée, fait une réplique enflammée et s'éloigne vivement pendant que son motif (15) éclate.

Don Quichotte se met à conseiller fort sagement Sancho et il termine en lui disant d'user moins fréquemment des proverbes. Gela suflit pour mettre en verve l'ex-écuyer qui, sur-h^champ, dévide un long chapelet de dictons. (Juand il s'arrête, le chevalier, entraîné par l'exemple, en lâche à son tour une demidouzaine sans s'en apercevoir. Cette scène désopilante, très lestement traitée, se déroule sur une légère trame symphonique formée par le motif des Proverbes (19). Le thème de la Bonhotnie (8) y fait une courte réapparition. Sur ces entrefaites, Térésa et Sanchette, accoutrées superbement, entrent dans la chambre

accompagnées de Rafaël. Don Ouichotte se retire et Térésa fait aussitôt part i\ son mari (lu mariage de Sanchette avec le pseudomarquis. En voyant l'âge du prétendu, le Bon-Sens (4) de Sancho proteste. Sanchette supplie éloquemment son père de ne pas la livrer à ce barbon, mais le brave homme n'ose contrarier sa femme et il conseille à Sanchette d'obéir. Les motifs de V Ambition (12) et du Verbiage (9), accompagnent constamment le flux de paroles de Térésa; le thème de Sanchette (17) soutient la supplication de la jeune fille.

Sancho resté seul se laisse aller à ses réflexions. Le motif de \r Gourmandise (16) sous sa forme diminuée exprime les tiraillements de son estomac. Pour tromper sa faim, il s'étend sur le lit, rabat les rideaux et s'endort en pensant aux noces de Gamache, où il avait tant et si bien mangé. En rêve il revoit cette fête, terminée tragiquement. L'obscurité se fait et le décor change. Les spectateurs vont assister au ballet-pantomime qui va leur rendre tangible le songe de Sancho.

Quand la lumière se fait à nouveau, nous trouvons dans une riante vallée de la Manche devant la ferme du riche Gamache, qui va épouser la jeune Quitterie. Préparatifs d'un festin monstre, marmitons et cuisiniers s'empressent. Basile, un jeune berger, qui adore Quitterie, vient supplier le père de la belle. Il

est repoussé bien que Quitterie l'aime. Alors il menace de se tuer au moment du mariage. On rit de lui. Surviennent Don Quichotte et Sancho. Gamache les invite à assister à ses noces. Joie de Sancho à l'aspect des préparatifs de festin. Cependant l'heure de la cérémonie sonne. Le cortège se met en marche. Tout à coup Basile se dresse devant les fiancés. Il reproche à Quitterie son infidélité et se poignarde sous ses yeux. La nuit se fait brusquement : le rêve est terminé. La lumière revenue on se retrouve dans la chambre de Sancho. Derrière les rideaux fermés de l'alcôve qui, faiblement, s'agitent, on devine le bonhomme endormi.

La musique de cet important intermède est d'un intérêt constant. Je citerai tout particulièrement le fragment orchestral qui berce Sancho au début et à la fin du rêve avec sa phrase exquise de cor anglais et basson et de flûte, p. 27L m. 5 et suiv. et la réapparition du thème de ïlle (6j.

Le dernier leitmotiv de l'œuvre, celui du Suicide est exposé, p. 292, m. 5, par le piccolo, la flûte, la clarinette et les trompettes; m. 6, par le hautbois, les cors et les bassons.

On retrouve dans la pantomime des thèmes dt^jà connus, ceux des FimiçaUles (10"), de la Chevalerie (5), de Sancho (2), dont il faut signaler, p. 296. m. 5. une nouvelle forme, de la Gourmandise (16). plus ou moins modifiée. de Sanchette (17), qui, ici, s'applique à Quitterie, du Mariage (11) et de VA/nour (8).

Cependant, pendant que Sancho, dissimulé par les épais rideaux, continue son somme, Altisidore arrive introduisant Sanchette et Carrasco dans la chambre qu'elle croit vide. La duègne, ayant rencontré le jeune homme, s'est intéressée au récit de ses malheurs et elle protège maintenant ses amours. Elle laisse les jeunes gens en tète à tête. Ceux-ci, désespérés d'une situation qu'ils jugent inextricable, se décident à mourir. Pourtant la vie semblait, hier encore, devoir leur sourire. Et ils se rappellent leurs doux souvenirs. Le musicien a délicieusement rendu cette scène. On y rencontre, à chaque instant, des phrases d'une exquise fraîcheur mélodique, d'une distinction extrême, d'un sentiment juste et profond. Les motifs des Fiançailles (lOi et du Suicide (20) reparaissent à l'orchestre. Vers le milieu du duo, Sancho se réveille; il écarte les rideaux du lit et se met à écouter les amoureux trop occupés pour l'apercevoir. A les entendre, -son cœur s'émeut. Aussi, quand Carrasco et Sanchette reparlent de mourir, il se précipite vers eux. encore tout impressionné du rêve

<le tout à riieuiv, qu'il considère comme un avertissement du ciel. Il ne veut pas avoir une double mort sur la conscience et il donne Ranchette à Garrasco. Retour des motifs du Bon-Sens (4), de Sancho ['>) et de Vile (H). Ti'résa vient tout interrompre. Elle éclate en fureur à la vue de Garrasco. car elle amène avec elle le pseudo-marquis qu'elle considère maintenant comme son gendre. Les motifs du Verbiage (9j et deVATubition (^12) soutiennent les récriminations de la paysanne. Et comme Sancho veut résister elle le soufflette. Quant au pauvre Garrasco, il est chassé par des valets. Douleur de Sanchette. L'acte se termine par les successifs rappels de l'ATTiour (S), de Vile (6) et de la Fr/rce (7).

Au l^'- tableau du 4^ acte, la scène représente une galerie de la maison de ville. Une foule de solliciteurs la remplit. Altisidore vient quérir Garrasco qui se dissimule dans les groupes. Elle lui révèle la plaisanterie dont Sancho et sa famille sont victimes et lui demande son appui pour un projet de son crû destiné à guérir Don Quichotte de sa folie. Ils se retirent en voyant arriver Sancho que le chœur assourdit de ses demandes. Le gouverneur congédie brutalement ses administrés. Sancho est de mauvaise humeur, car il est encore à jeun ; le motif de la Gour?nandise

(16) revient dune façon pressante. Mais les valets qui mènent la farce lui disent qu"il importe avant tout de vaquer aux affaires de nie. Sur ce, on apporte une lettre du duc prévenant Sancho que des jaloux veulent l'empoisonner et qu'une armée ennemie se prépare à assiéger la ville. Terreur du pauvre Sancho qui n'est pas éloigné de maudire maintenant son gouvernement.

Le motif de Vile (6) reparaît m Itéré, p. 8155, m. 10, 11, 12, aux violoncelles. Mais, pourtant, mourir pour mourir, il veut mourir au moins la panse pleine. Il exige, cette fois, le repas de telle façon qu'on se prépare à lui obéir. Dans la fin de cette scène, le Bon-Sens (4) est rappelé ainsi que les Procerbe.s [W] et la Gourmandise (16). Nouvelle entrée de Térésa qui vient annoncer à son mari son départ pour la cour où le roi la mande ainsi que sa fille. Sancho demeure quelque peu incrédule, mais, content de voir sa femme s'éloigner, il ne la retient pas. Le pétillant motif du T'er- />m^g (9) alternera dans ces pages avec celui de V Ambition (12). Mais la tal)le est servie. Devant les apprêts du festin superl)e, Sancho ne se tient pas de joie. La Goitnnandise ( 16) s'enfle et grandit pendant qu'il se pourléche les babines. Sancho se prépare à attaquer le potage quand un prétendu médecin, qui n'est autre que Bonarille, le fait emporter comme étant trop lourd pour l'estomac d'un gouver-

m^ur. Il en est ainsi de toute une série de plats jusqu'au moment où Sancho, furieux, fîjit enlever, à son tour, le docteur par les valets.

Cette scène est d'un puissant comique. Elle se déroule sur les motifs de la Gourmandise (1(1) et de la Farce yl). Sancho, maintenant, croit qu'il va pouvoir manger tranquillement. Mais au loin s'élèvent les cris de : Aux Armes. Ferez accourt annoncer à Sancho, tremblant de peur, que les ennemis attaquent lo ville et qu'on n'attend plus que lui aux romparts. On affuble l'infortuné d'un casque et d'une lourde cuirasse et on l'entraîne <le force.

Un changement à vue nous amène dans le parc de la maison de ville. Térésa, sa fille et Rafaël montent en litières sensément pour partir à Madrid. Rappels des thèmes de Sanchette (17). du Verbiage (9) et de VArnMtion

Le duc, les valets, des soldats envahissent la scène. Ces derniers simulent une lutte, un branle-bas général, pendant que la Farce (7) fait entendre ses notes railleuses. Sancho. empêtré dans sa cuirasse, descend du perron. Il se trouve pris dans la mêlée et bientôt il est renversé et foulé aux pieds. Tous s'enfuient. A signaler spécialement dans cette scène un

amiisHiit renversement du motif de Sa.ndio c^), p. 399, m. 12. Resté seul, le poltron se relève tout perclus. Il fait alors un amer retour sur les grandeurs d'ici-bas et il se traite d'imbécile pendant que le Bon-Sens (4), entîn vainqueur, efface le thème tentateur de V Ile (6). Sancho s'éloigne avec peine.

Le thème de la Chevalerie murmuré par les cors, les violoncelles et les basses, nous annonce Don Quichotte dont le départ a été retardé par une indisposition de Rossinante. Le chevalier vient, au clair de lune, rêver à sa Dulcinée à laquelle il adresse, de loin, un élégant madrigal, tandis que Garrasco et Altisidore, cachés dans la coulisse, imitent l'éclio. Les motifs de Dulcinée (14) et d'AltiSf flore (15), conjointement avec celui de \s.C})eraierie (5) se maintiennent à l'orchestre.

Le duc, la duchesse et leur suite arrivent pendant que retentissent des cris de Victoire! Don Quichotte est stupéfait d'apprendre (ju'une bataille s'est livrée sans qu'il y fût. Alors, un chevalier, visière baissée, s'avance vers Don Quichotte et le provoque. Disons tout de suite que c'est Garrasco qui suit les instructions d'Altisidore. Don Quichotte relève fièrement le gant et accepte les clauses du combat qui sont que le vaincu acceptera, quelles qu'elles soient les conditions du vainqueur. Pendant le duel, les flûtes, hautbois, cors et V^^ violons, ramènent le leUmotix de

Dulcinée (14). Uépée de Don Ouichotte. préalablement limée par Altisidore, se brise. Le chevalier, consterné, apprend les conditions <]e Garrasco. Il devra retourner dans son village où, pendant un an, il acceptera les suins de dame Altisidore. Don Quichotte se soumet, mais quand le faux chevalier de la Blanche-Lune exige qu'il ramène avec lui Sancho, il répond que ce dernier n'est plus à son service, car il est gouverneur. Sancho qui e.st entré revêtu de son ancien costume de bure, déclare qu'il ne veut plus rien être et qu'il aspire après son humble maison. Les thèmes du Bon-Se^is (4), de Sancho (2), de la Bonhomie (3) reviennent successivement.

Voici venir, maintenant, Sanchette et Térésa. Celle-ci, en apercevant le duc et la duchesse, les prend pour le roi et la reine: son Ambition (12) ne connaît plus de bornes. Le Bon-Sens (4) de Sancho vient jeter une douche d'eau froide sur les illusions de sa femme. Il ordonne à Térésa d'aller quitter ses ridicules falbalas et lui déclare qu'il entend que Sanchette épouse celui que son cœur a élu. Le motif d'Amour (8) qui était précédemment revenu à la fin du discours de Carrasco est rappelé ici encore. Le jeune bar- })ier, débarrassé de son casque et de son armure, se précipite vers Sanchette. Les amoureux célèbrent leur joie sur le thème des Fiartçailles (10) en la douce mélodie déjà en-

tendue au l''^ labieau. Le Llièine de Sandietle (17) se fait entendre une dernière fois quand le duc et la duchesse déclarent qu'ils doteront la jeune fille. Page 434, m. o, i, le motif de la ^'hevalerie (5) est superposé à celui de la Gourmandise (1(5) . Le thème si caractéristique de Vile (6) accompagne le joli morceau où la duchesse donne la philosophie de la comédie que Sancho, avec son hon sens vulgaire, résume par le proverbe :

Il ne faut pas dans ce monde Souffler plus haut que son nez.

Ce dicton est développé en une fugue entraînante et brillamment écrite. Le rideau tombe sur le motif de la Farce (1).

Un comique sain, honnête, un comi(jue qui ne nait pas seulement des situations, mais aussi de l'étude des caractères que le musicien a su peindre avec un rare bonheur, ne cesse de régner tout le long de cette œuvre que j'ai analysée le plus rapidement possible. Le défaut que je lui reprocherai est d'être un peu longue. Je souhaite pour le succès de cette délicieuse comédie lyrique que M. Dalcroze n'hésite pas à faire de légères coupures dans certaines scènes et même à en supprimer d'entières non indispensables à l'intelligence de Faction, telle celle des valets hu 2'^ tableau.

Enjouée, vive, spirituelle, avec, par instants, de jolis coins de sentimentalité, la partition de Sancho est directement issue des Maîtres Chanteurs et de Falstaff, mais sans imitation servile. Elle garde tout un côté de fraîcheur de jeunesse, de spontanéité bien personnel. 8i, du côté mélodique, Ton voulait lui trouver une parenté ce serait plutôt avec Alfred Bruneau qu'avec les deux illustres compositeurs dont, en ce qui concerne la trame symphonique, elle a suivi les traces.

Professeur d'harmonie au Conservatoire de Genève, M. Jaques-Dalcroze fit la plus grande partie de ses études musicales en Allemagne. Elève de Briickner, il puisa auprès de ce grand maître une connaissance approfondie de toutes les ressources de la fugue et du contrepoint, une remarquable liberté d'écrivain, une parfaite aisance dans 1p maniement de la polyphonie.

La partition de Sancho fort soignée au point de vue harmonique est. sous le rapport de Torchestration, dun constant intérêt. Elle renferme plusieurs combinaisons de.

timbre originales. Je signalerai surtout la façon dont fauteur a souvent traité les trombones avec des sourdines. Il avait déjà expérimenté cet effet dans sa première œuvre Jante. Depuis, Strauss, en Allemagne, s'en est servi avec bonheur, mais je crois bien que Dalcroze a été l'un des premiers, —

sinon le premier, — à l'introduire dans Tinstrumentation. Une autre association digne de remarque est celle des flûtes dans le grave et des trombones p. p. p. Le timbre du trombone est absolument changé. L'accord semble joué par cinq flûtes dont trois descendraient jusqu'au fa grave.

M. Dalcroze a longuement réfléclii à l'œuvie dont on vient de lire l'analyse thématique. J'extrais d'une lettre qu'il m'écrivait, il y a quelques années, ce passage où il me confiait le but poursuivi. « Celui qui arrivera à écrire une œuvre française en un style contrapuntique entièrement dégagé des formules harmoniques et où la partie vocale aura, par ellemême, un intérêt mélodique particulier, à substituer à l'emploi des arpèges et des trimolos cette animation polyphonique qui, seule, peut donner de la vie à la musique, à originaliser les développements contrapuntiqaes par l'emploi piquant de rythmes accusés d'une forme nouvelle, aura beaucoup fait pour l'avenir de la comédie lyrique pouilaquelle les Français me paraissent particulièrement bien doués. »

M. Jaques-Dalcroze qui n'est pas seulement un musicien de haute valeur mais aussi un écrivain de talent, a développé ces idées qu'il m'esquissait jadis, dans un très remarquable article sur la ComérlAe lyrique. J'en extrais les lignes suivantes qui expliquent avec une

évidente clarté les principes ijui Tont guidé dans la composition de Sancho. Elles formt^nt une conclusion toute naturelle ;"i Tétude de cet ouvrage.

« Dans 1(^ Falstaff. de N'erdi, lagitation hai)ilenient i^ythmée de l'orchestre donne la sensation du sang qui généreusement circule : l'on ne pense pas à se demander, à l'audition, si cett<^ vie est naturelle ou factice, tant Filiusion de la vip est artistement entretenue.

« Très naturelle. 1res vivant*^' d'expression dramatique très vraie, la musique de Verdi a un défaut : elle n'est pas complète.

« Elle est, en efifet, d'un bout à l'autre d^ l'œuvre, monophonique et np peut éveiller le même intérêt qu'une musique écrite en contrepoint chantant comme Ips Mnitres- Chanteurs..

«( La musique de ceux-ci conçue selon les mêmes principes qui régissent les drames lyriques de Wagner, fait corps avec le texte qu'elle commente. Elle se transforme au fur et à mesure que l'exigent les développements du poème. L'emploi des leitmotivs donne à l'auditeur la faculté de se rendre compte des pensées les plus secrètes des personnages et d'assister même au conflit intérieur de leurs jtensées ou de leurs passions, grâce uniquement au style contrapuntique qui permet la

superposition de plusieurs thèmes de signitication différente.

« Ce qui, dans ce système, déconcerte un peu le grand public français, c'est que l'analyse psychologique y est constante, qu'elle persiste même dans des scènes tout épisodiques où la symphonie orchestrale pourrait se réduire à jouer un rôle uniquement évocateur. De plus, le travail polyphonique continu détourne parfois, par son intérêt même, lattention de la scène et empêche en tous cas le compositeur de donner au débit toute la vivacité et la rapidité que réclament certaines situations. Il y a des paroles qui doivent être dites très en dehors et qui, cependant, produiraient un effet de lourdeur si elles étaient chantées en récitatif, sans accompagnement durcheslrc. C'est dans ces cas que le système de Verdi reprend un certain avantage, car le soulignement rythmique de la légère symphonie accompagnatrice donne du relief au discours vocal, et, ne le commentant i>as, lui laisse tuute sa liberté d"allures, tuute sa netteté, toute sa vigueui. Dans tuute comédie lyrique, il y a, outre le développement naturel d'un ou plusieurs caractères dans un milieu et des circonstances qui les modifient, des scènes où Tintérèt jaillit uniquement de la situation. Ne conviendrait-il pas de réserver la polyphonie pour les scènes de cai'actère pt la symphonie [tour celles dites

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