‹ Sanctuaire de Sainte Anne de Beaupré [microforme]Chapitre 14 sur 48 · CHAPITRE NEUVIÈME La troisième chapelle · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME La troisième chapelle

Enfin en 1876, exactement deux cents ans après qu’eut été achevée la chapelle érigée par M. Fillion, on en éleva une troisième qui est le magnifique monument existant aujourd’hui et dont les décorations intérieures ont été à peu près terminées l’été dernier.

Cette chapelle fut d’abord commencée au moyen d’une souscription de seize mille piastres, fournies par la générosité des paroïissiens. Mais bientôt cette souscription devint une œuvre générale. Les fidèles de tous les diocèses rivalisèrent de largesses ; de tous les points du Canada et des États- Unis arrivaient journellement au curé de Beaupré des lettres et de l’argent. Tantôt c'était un malade qui, au lieu de ‘s’a-

SLR DCE

‘“bonner au médecin, s’abonnait à sainte ‘ Anne,” tantôt c'était un malheureux pécheur qui envoyait une riche offrande pour prix de sa conversion, tantôt, enfin, c'était une famille désolée qui, en retour de quelques piastres, demandait à la bonne sainte Anne la conservation d’un de ses membres,

Ce magnifique témoignage de la dévotion des Canadiens à la Mère de Marie coûta audelà de deux cent mille piastres, sans compter les dépenses qu'ont nécessitées les décorations ; le monument mesure cent cinquante-deux pieds de long sur soixantequatre de large.

Cette nouvelle église fut consacrée en 1876, le 17 octobre, par Mgr l’archevêque de Québec qui, après la bénédiction, accumpagné par la paroisse entière, se rendit à l’ancienne église pour y prendre la sainte relique et la transporter processionnellement dans le nouveau sanctuaire. Cette relique de la grande thaumaturge avait été envoyée, en 1688, à

Sainte-Anne de Beaupré par le chapitre de

Carcasso: ne, sur la demande de Mgr de Laval. Elle consiste en une partie de l’os d’un doigt de sainte Anne posé sur un morceau de voile.

‘ Tous les jours de l’année, dit M. l’abbé Gosselin, dans son excellent Manuel du pèlerin à la bonne sainte Anne, à l’issue de chaque messe, la relique est offerte à la vénération des fidèles, qui la baisent avec une foi digne des premiers chrétiens. Non contents de l’appliquer surleurs lèvres et sur une foule d’objets de piété qu’ils ont avec eux, les pèlerins saisissent souvent la maïin du prêtre et pressent la relique sur eux-mêmes pendant quelques instants.”

On trouve aussi à Sainte-Anne de Beaupré une fontaine dont l’eau, depuis quelques années surtout, a opéré beaucoup de guérisons merveilleuses. Des groupes de pèlerins stationnent tous les jours près de la source: les uns pour boire de cette eau, laver leurs mem-

LA TROISIÈME CHAPELLE 5l

bres couverts de plaies; les autres pour en “à faire provision afin d’en rapporter dans leur famille à ceux de leurs parents qui n’ont pu, 4 comme eux, avoir le bonheur de faire le pè- ' F lerinage.

D. De 1678 à 1878 la paroïsse de Sainte-Anne { de Beaupré fut desservie par des missonnaires ï et des curés; à partir de 1878, la cure de 4 Sainte-Anne de Beaupré a été confiée aux “4 RR. PP. Rédemptoristes de Belgique, dont le monastère est contigu à l’église.

Mais bientôt l’église consacrée en 1876 devint trop petite. Par suite de plus grandes facilités dans les communications, par suite d’une dévotion à la bonne Sainte-Anne, non pas plus profonde qu’autrefois, mais plus répandue et plus générale ; par suite de ces pèlerinages qui deviennent, d’année en année, plus fréquents et plus nombreux, le nombre des fidèles venant réclamer la Saïnte s’accroît tous les jours. Ainsi les pèlerinages organisés qui, en 1875, ne dépassaient pas le nombre de 17, étaient déjà presque triplés deux ans plus tard, et en 1884 atteignaïent le chiffre de 82. Le nombre des pèlerins qui en 1875 n’était que de 27,000, fut de 38,500 en 1877 et de 61,725 en 1884; ce nombre a été certainement dépassé en 1885.

‘€ Cette augmentation si rapide des pèlerinages et des pèlerins qui est à la fois le fruit et la preuve évidente de la puissance d’intercession que la bonté divine a accordée à la bonne sainte Anne dans son sanctuaire de Beaupré” a été cause que le nouveau sanctuaire ‘> pouvait plus contenir ces multitudes pieuses.

Des agrandissements successifs furent donc faits à l’église, et, quoique les réparations ne soient pas terminées, nous allons donner une description sommaire de l’œuvre d’après un article paru dans les Annales de la bonne Sainte-Anne de Beaupré. |

L'édifice a deux cents pieds de long sur cent de large. Le style corinthien, dans toute sa richesse, son élégance et sa sévérité règne dans l’intérieur de l’église. ‘ Représentezvous ces colonnes et pilastres au nombre de vingt-cinq à trente, supportant une voûte qui passe à bon droit pour une œuvre de maîtré; ajoutez un admirable entablement

continu formant rond-point au fond du chœur, les voûtes en berceaux des autels collatéraux, les lambris ornés de reliefs qui entourent le chœur, et partout où il en faut, des festons, des rinceaux, des culs-de-lampe, des consoles, des a ,oesques ; enfin, ajoutez une décoration de bon goût, riche, convenablement variée, et vous aurez quelque chose, fort peu de chose, nous l’avouons, de l’effet produit par cet ensemble.” Effet grandiose, émouvant, qui saisit le visiteur dès l’entrée, et le prédispose admirablement aux douces émotions qu’il va éprouver, aux supplications ardentes qu’il va adresser à la bonne Sainte.

‘ Les murs sont imités en blocs de Florence, et les panneaux des trumeaux en sérancolin. Les arêtes des fenêtres sont de cerfontaine dans les pieds-droïts et de campan dans les arcades. Les diverses parties des colonnes ont reçu diverses décorations: vert d'Egypte et brèche Portor pour le piédestal, napoléon pour la base, cerfontaine pour le

“fût, bronze doré pour le chapiteau.

Page 1