II. RUPTURES ET PLAIES
Les traumatismes de la rate peuvent entraîner trois manifestations morbides : le déplacement de l'organe ou splénoptose ; sa déchirure intérieure avec hémorragie ; sa déchirure complète, c'est-à-dire de la capsule et de la pulpe.
Nous venons d'étudier les splénoptoses traumatiques, dans notre étude générale des splénoptoses.
La déchirure interne avec hémorragie est une des causes des kystes hématiques (v. p. 340).
C'est donc la déchirure complète que nous avons seule à envisager ici : on lui donne le nom de rupture quand les parois de l'abdomen sont indemnes, de plaie de la rate, quand ces parois sont déchirées.
Étiologie. - - La rupture de la rate est une affection assez rare ; plus fréquente néanmoins que celle des autres organes, étant donnée la friabilité de son tissu.
Il est rare que la rupture porte sur une rate saine. Le fait peut se produire cependant, soit par contusion directe, soit par chute d'un lieu élevé, ou dans les efforts de l'accouchement.
Le plus souvent il s'agit de rate particulièrement friable ou lésée, au cours de la typhoïde, de la fièvre récurrente, de la grippe, du paludisme etc. L'accident peut être spontané, ou provoqué par une cause d'apparence insignifiante, toux, éternuement, effort musculaire. Signalons aussi l'influence possible d'une palpation trop brutale ou d'une ponction exploratrice.
Quant aux plaies, leur étiologie est celle des plaies pénétrantes en général (coup de feu, coup de couteau, etc.).
Anatomie pathologique. La rupture occupe le plus souvent
la face externe. Elle peut être unique ou multiple : la rate peut être comme éclatée et divisée en plusieurs fragments.
L'épanchement sanguin est variable suivant l'étendue de la rupture et les connexions de la rate. Il peut être de plusieurs litres, si le sang s'écoule librement dans la cavité péritonéale. Au contraire, s'il y a des adhérences, l'hémorragie s'arrête quand la cavité qu'elles limitent est remplie.
Symptômes et diagnostic. — Les symptômes sont variables et le diagnostic souvent difficile.
Tantôt on constate des accidents rappelant ceux d'une péritonite par perforation : douleur atroce dans le flanc gauche, avec faciès péritonéal, vomissements, petitesse du pouls.
Tantôt la pâleur extrême, la tendance au collapsus font reconnaître une hémorragie interne.
Tantôt les symptômes sont plus atténués, quand l'hémorragie est limitée.
La mort peut être foudroyante, ou survenir en quelques jours.
La guérison est possible, soit par intervention chirurgicale, soit spontanément ou par un traitement médical.
Le siège et l'intensité de la douleur, les symptômes hémorragiques, l'apparition possible d'une ecchymose lombaire orientent le diagnostic. Ce diagnostic peut être difficile dans les formes relativement torpides. Aussi convient-il de surveiller avec le plus grand soin les malades chez qui cette lésion peut être soupçonnée.
Traitement. — Pour les ruptures de la rate, le traitement chirurgical s'impose d'emblée dans la formes graves, et surtout quand l'hémorragie paraît persistante.
En cas de doute, ou dans les formes plus atténuées, le repos absolu, les applications de glace, les hémostatiques (sérum de cheval, ergotine,