‹ SangahallChapitre 11 sur 25 · LE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LE TROISIÈME

... et s'il voit dans la nuit, qu'il nous guide...

LE QUATRIÈME

Peut-être entendrons-nous ce Mot...

LE SECOND

... qu'Halwart reproche d'avoir gardé.

LE QUATRIÈME

Au sommet des Ealaises, les Chrétiens ont dressé une Croix qui resplendit au soleil ; elle regarde loin, bien loin, bien loin sur la mer...

LE PREMIER IARL.

Et ses bras étendus sont comme des pardons...

TOUS LES IARLS se levant vivement.

des pardons ! . .

Les Trois groupes se mêlent avec agitation.

UN IARL.

Nous désirons la chose, et le Mot seul effraie.

DES IARLS.

Quel mot ?

LE MÊME IARL.

Allumez des flambeaux dans la maison de vos idées. UN AUTRE.

Nous nous sommes vieillis éi ce faire.

LE MÊME IARL.

(( Il ne tardera plus » a dit Halwart, ce soir qu'il frappait les portes pour réunir le Conseil.

UN IARL.

Il parle sans qu'il soit possible qu'on le comprenne. UN AUTRE.

Si l'objet du désir ne devance pas le verbe qui le nomme, nommons-le.

TOUS LES IARLS avec un geste d'unanime suppliance. Ah ! si nos Eils étaient ici !

A NSW A LD A debout sur la roche hiérarchique. Ils y seront demain.

Les Iarls se tournent avidement vers la roche éclairée par la lune.

ANSWALDA.

Oui, j'ai surpris les voix errantes sur la lande avec de grands émois ; souvent ainsi la nuit, dans sa crainte frivole X écureuil apeuré d'arbre en arbre s envole. Donc j ai surpris vos mots, vos nocturnes désirs, sur nos Clans endormis ont passé vos soupirs, et de Vous, Moi j'attends un appui salutaire... Regrets des temps passés n'aident pas au Présent ; Quel secours espérer de la foi séculaire si, dans vos cœurs vieillis, le doute est tout puissant ? Des Fauteurs de révolte, audacieux apôtres de rénovation, de paix, d'égalité les verbes séducteurs chantant la Charité, ont failli nous briser les uns comme les autres... Condamnés par notre ordre aux marais nauséants du Nijlheim Ténébreux, ils errent maintenant Ceux-là, Tous exilés, inermes, misérables. Il n'est plus de Pitié pour leurs desseins coupables et se rident vos fronts de soucis paternels ■'. .

Qu'ils aillent Vers la Mort sans les ehanls qui pardonnent Ceux-là ! et sans secours !.. et sans ces Mots qui donnent le calme aux repentirs, l'espoir aux criminels !..

Les Iarls se détournent avec accablement. ■

ANSWALDA.

Mais voici qu'ont sonné les Heures juvéniles : Avril chante aux Echos des chants de jeunes fûtes et des chansons d'ivresse. Aux branches des bouleaux dont les tiges d'argent, ainsi que des flambeaux, miroitent sous les feux rougeoyants de l'aurore, une Rune a prédit claironnante et sonore un grand Jour Triomphal : ramenant ses Dragons, notre Roi, vers la rive, arde ses Pavillons armoriés d'azur...

LE VEILLEUR SUR LA MER

Voile aux vagues lointaines !

ANSWALDA parmi les Iarls.

Le Veilleur sur la mer !.. Vous entendez sa voix ?

elle annonce une Voile... Incrédules ! Eh quoi,

lui?.. Vous?.. Eux?.. Tous, sans foi! la mort déjà les traîne/..

Cet Orgueil d'autrefois au fort de l'ouragan

debout dans les éclairs, géant sur l'Océan,

ne parlera-t-il plus au cœur de vos poitrines ?

Dans l'ombre, abâtardis, quand la Louve chemine,

lâches, vous dormez...

Sous l'outrage, tes Iarls lèvent leurs bâtons et s'élancent en tumulte sur Answalda.

Halwart rampant entre les pierres se dresse au pied de l'arbre où les Trois Fileuses amènent Elisijf.

LES IARLS.

Answalda !

ANSWALDA.

Qu'attendez- vous !

Frappez.

Des appels de trompe arrêtent l'effervescence des Iarls dont les bras en suspens laisseid tomber les bâtons.

HALWART.

Prie, Elisiff, pour moi ; prie aussi pour eux tous ! ANSWALDA.

Or s'arrêta cette arme en son dessein parjure. Lèue-là si tu crois, lèue-là si l'injure éveillant la tempête a fait vibrer en toi la Foi vaillante, ô Thing ! Lève-là si tu crois.

Tous reprennent leurs bâtons.

UN IARL.

Quel espoir nous ferait oublier si longue Attente déçue ! UN AUTRE.

Qui croire si l'on ne croit plus en soi-même. UN TROISIÈME.

Part-il pour un long voyage, celui qui sait la discorde au seuil de sa maison...

UN QUATRIÈME

... et qui doit laisser sa porte ouverte et sans défense?

LE PLUS ANCIEN DES IARLS remettant le Bâton de Convocation.

Reprends à ton tour ce Symbole, si tu ne sais pas d'autre Rune (i nous dire.

Un chant de Harpes invisibles s'élève imprégnant l'air d'un recueillement indéfinissable.

ANSWALDA.

Au sein des bois feuillus, desservi par les Fées s'élève un Temple auguste et somptueux, où scintille l'azur des fiers trophées appendus aux vieux troncs de chênes fastueux.

Des Temps qui ne sont plus, de nos Grandeurs passées ces armes chantent haut les Jours triomphateurs...

Ce Temple où neutre point une éime chancelante, qui jamais ne connut la Honte ou la Terreur, s'ouvrait jadis encor quand les oiseaux siffteurs avec Avril prodigue en sa sève opulente chantonnaient le Printemps et les combats nouveaux...

Avant de délivrer les Dragons des amarres, vos pères, les Vikings, élevaient les tombeaux; puis, tandis que les monts redisaient les fanfares citant les Partisans des plus lointains hameaux,

dans le Temple étoilé par les orbes célestes, mystérieux flambeaux du Mystère sanglant, aux sons des harpes d'or, avec d'immenses gestes scandés sur les airains, ils entonnaient le Chant Rénovateur.

Ce Temple aujourd'hui solitaire, déserté par nos Clans pour un Récent mystère Vous en souviendrez-vous !

TOUS LES IARLS.

Sangahall ! Sangahall !

ANSWALDA.

Or ce sera demain un grand Jour Triomphal : il faut une Victime, il faut une Prêtresse.

HALWART se précipitant au milieu du Conseil.

Et le Coq a chante, il chante l'allégresse ! Et voici que d'Héla, les noirs corbeaux fouillent la terre des tombeaux dans les ténèbres ;

et voici que, sanglants, leurs mornes voix couvrent le Burg aux vieux beffrois de chants funèbres ;

Détresse pour vos dieux et Détresse pour vous si ion ne m'entend pas !

ANSWALDA.

Les dieux soient avec nous !

HALWART.

Je viens en holocauste, huis, ni offrir moi-même ANSWALDA .

Elle aussi vous dira celui que son cœur aime. La voici vierge et belle et libre de son choix...

Elisiff inconsciente s'avance lentement.

HALWART.

Prisonnière d'un charme ! Etrangère à ma voir !

ÉLISIFF. 1

Sous la voûte des verts Portiques, les portiques de Sangahall, litaniant ses chants runiques la voix m'appelle, ô Sangahall .'

Toi, Balder, dieu de la Lumière, descends verser sur Sangahall des Pitiés du ciel pour la terre, je vais prier au Sangahall.

Suivie des Trois Fileuses elle a remonte la lande el disparaît.

HALWART.

Lamentable chimère !

ANSWALDA.

Que son vouloir lui-même quide votre vouloir : rendez-vous à ses Vœux !

— IOI —

LE PLUS ANCIEN DES IARLS

Qu il en soit donc ainsi...

LES IARLS.

Gloire aux Dieux ! gloire à eux !

HALWART.

Ha vraiment que vos cœurs étonnamment nous aiment !

Quand vous avez usé vos âmes et vous-mêmes,

chassé les Généreux moins esclaves que nous,

écrasé nos Vouloirs sous iindomptable joug

d'un sortilège affreux, dune affreuse magie;

quand vous avez usé votre âme, votre vie,

vous cherchez le bois mort pour rallumer le feu

qui s'éteint au foyer de vos dieux solitaires...

Et vous croyez renaître en nous livrant, tous deux.

Elle, à de faux serments ; moi, aux sanglants mystères...

Ecroulez-vous, palais ! telle aux rais du soleil, la neige, par les ans, lassée aux hautes cimes, croule sous les efforts des orbes magnanimes ouvrant des champs nouveaux aux horizons vermeils1 Et venez, foule

des Loups rivés par les Douleurs,

boire à la Source de nos pleurs.

L'inexorable houle

clame l'alarme au quiet Océan :

Je clamerai Justice et Pitié sainte,

à Vous, les Vénérés, dont la bouche est empreinte

des ultimes regrets ; à Vous, cœurs de géaid,

que l'Esprit des Éthers, en ce moment, féconde

pour l'au-delà fermé, pour l'au-delà du monde;

l'Œil de la Vérité couvrant vos cheveux d'or

déborde sa lumière aux plaines de la mort :

il faut une Prêtresse élue entre les vôtres,

elle n'est pas ma sœur, Élisijf n'est pas... nôtre !

ANSWALDA saisit vivement les mains de Halwart, lesquelles se trouvent aussitôt rouvertes de chaînes.

Briseras-tu ces fers ?

LE PLUS ANCIEN DES IARLS

Comme on a pris les Loups !

HALWART.

On n'enclôt pas l'esprit de fers, ni de murailles ; il abat qui s'oppose, il rit de qui le raille : les Temps vont s'accomplir.

LES IARLS.

Ainsi disaient les Loups !

ANSWALDA.

L'Œil de la Vérité veille nos destinées, comme une ombre fidèle ci toute heure les suit ; Il voil germer l'Erreur avant qu'elle soit née ; Il voit sourdre la laine et l'herbage et le bruit ; Il voit dans les replis des étoupes traînantes que le brouillard perfide épand le long des eaux, veille au fond des tombeaux comme aux portes vivantes.

Nuit et jour, dans les champs, les villes, les hameaux, les anses, les roseaux,

gardiens chevelus des demeures stagnantes,

et jusque sous les monts,

dont la cime au ciel attenante

arrête les vents vagabonds,

l'Œil allume partout son éternelle flamme...

Soudain il pénétra l huis fermé de ton âme

où lâchement sans cœur, sans remords, s ourdissait

la lente perfidie... Et j'ai lu ton secret...

HALWART s'absorbant en ses pensers.

Certes ! comme si ion frappait avec de lourds marteaux les lourdes portes closes /... Vers la Pâque fleurie allons, ô mon Projet ; nous voici dans la Lutte aux affres grandioses.

ANSWALDA.

Ce que sa lèvre a dit, nul de vous l'ignorait. Le Temple où n'entre point une âme chancelante à l'aurore ouvrira ses chemins verdoyants : si vous avez gardé la Foi pure et vaillante, allez au Temple saint, Answalda vous attend...

Elle remonte la lande, tandis que les Iarls se réunissent par groupes et suivent le même chemin.

UN IARL.

La vérité qu'on tait est un oiseau sans aiies. UN AUTRE.

Dans ces Temps, qui démêlera la vérité du mensonge ? UN TROISIÈME.

Le mensonge contient-il pas aussi la vérité ? UN AUTRE.

Sans doute, si la peur contient aussi la vaillance.

LE PLUS ANCIEN DES IARLS

Ce que vous avez dit est sensé :

nous pensons souvent mieux que nous n'agissons.

UN QUATRIÈME

Halwart chante des runes menaçantes maintenant. UN CINQUIÈME.

Autant que les jeunes gens, les Poètes sont des sentinelles sur le seuil des Temps à venir.

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