SCÈNE II
CATHERINE, ensuite MARCEL.
CATHERINE
Ah ça ! et mon lambin de d'mari. . . où est-il ? . . . ah î. ... le voilà... arrive donc... arrive donc. . . { elle rit ) ah! ahîaliî... est-il drôle en traînant son fusil...
M kUCEh, soucieux.
Ris, ris., yad'quoi, va...
CATHERINE
. . .QMAPd je pleurerai. . . ça n'avancera ù rien...
• ••:;'>^n!' MARCEL.
Tu sais ce qui m\irrive?...
CATHERINE
Non...
MARCEL
Eh! bien... j'viens de r'cevoir ma démission de garde de la porte d'Auteuil.. .
CATHERINE
Ça n'm'étonne pas... il y a long-tems que j'm'y attendais. . .
MARCEL
La différence, c'est que moi , je ne m'y attendais pas...
Catherine.
Tuflânes, tu joues aux quilles... tu es boiarru pour lespratiques...
MÀRGBL.
Je suis bourru. . . avec les godelureaux qui sont toujours sur tes pa». . .
CAtHËRIIfE.
Laisse-moi tranquille, tu n'as rien de ce qu'il faut pour ton état.
AiB ; Contentons-nous d'une simple bouteille. Comme un jaloux tout le long d'ia journée, A la maison tu tourn' comme un flâneur,
Et puis la nuit tu fais mal ta tournée, 4
Ce qui déplait au nouvel inspecteur !. ., Pendant qu'parlout tu me suis à la trace, Tu laiss's voler le gibier dans le bois. .. On est toujours un mauvais garde -chasse, Lorsque l'on court deux lièvres à la fois!...
1\IÀRC1^L.
C'est plutôt de ta faute. . . ta toilette nous tue... ta toilette nous absorbe... ta toilette nous abîme... tiens, lis ça...
CATHERINE
Qu'est-ce que c'est que ce chiffon d'papier ?
MARCEL
Xîs... lis... lis... lis... lis...
CATHERINE
C'est une assignation. ..
MARCEL
Oui, c'est une assignation... et si je n'obtiens pas un délai.. • on va vendre aujourd'hui, comptoir, tables, tabourets, tonneaux , lits, chaises, linge, habits, souliers... et cœtera pantouiïles.. .
CATHERINE
Eh! ben... que veux-tu que j'y fasse?
MARCEL, furieux.
Comment, tu ne l'évanouis pas... lu ne t'arraches pas les cheveux?., lu n'as pas des attaques de nerfs...
GAT«Eft|NE.
Pourquoi?
MARCEL, criant.
Mais si on vend?. . .
CATHERIIfE.
On vendra !...
UABCEL« criant plus fort»
Si l'on nous chasse de chez nous?...
CATHERINE
Eh! bien, on nous chassera... j*ai d*bons bras... j*aime e travail... j'irai chez les autres...
MARCEL
Ah! ça, mais... c'n'est pas une femme qu'j'ait*épousée... c'est un dragon. .. c^est un. . . je n'sais pas c'que c'est...
CATHERINE
Voyons... n'perdons pas la tête... va chez l'huissier, tâche d'obtenir un délai d'queuques jours. ..
MARCEL
C'est que nous d'vons au percepteur... nous d'vons aux gabelou. .. nous devons à l'huissier... nous devons au diable !...
CATHERINE
Envoie-moi l'huissier j'Iui parlerai...
MARCEL
Si lu crois l'attendrir avec tes mines...
CATHERINE
Nous allons avoir aujourd'hui beaucoup de monde de Paris. . . luand il verra ça... ça lui donn'ra de l'espoir... MARCEL , tristement.
Du reste.. . si on me renvoie de mon cabaret... la rivière n'est pas loin...
CATHERINE , riant.
Ah! ah! ah!
MARCEL, dignement.
Air du Vandevillc de la Famille de l' Apothicaire. C'est que je T frais comni' je le Vdis. . . D'ailleurs l'aulr' jour monsieur Molière, Voulait bien avec ses amis Aller se j'terà la rivière. . .
(avec sentimcnl) La rivière est au bas d'Auteuil,
Cath'rin' te sens'tu du courage ?. ..
CATHERINE
Tu peux l'aller noyer tout seul...
Je te souliaite un bon voyage. . .
MARCEL
FeQime pusillanime... femme faible... femme eiféminée..,
CATHBfilNE.
Laisse-moi tranquille. . . Va chez l'huissier,
MARCEL
^u'> j'y vais. . . on y va.
CATHERINE
Allons, va , va.
MARCEL , d part.
Elle est gentille. . . C'est dommage qu'elle soit si insociable y si insensible et si insouciante. . . {Il sort).
SCEWE III.
CATHERINE, puis RICHARVILLE , GUENAUD.
CATHERINE
A-t-on jamais vu.. . c'te jolie partie déplaisir qu'il me propose.. . ^llez donc vous jeter à l'eau pour faire plaisir à un mari ! ma foi non. . . Mais je crois qu'voilà déjà des messieurs de Paris... Oui , c'est le médecin Guénaud et monsieur de Richarviile , ce riche financier de la rue Quincampoix. ...
RICHARVILLE, en entrant à Guénaud.
Allons, docteur... allons donc. ..
GUÉNAUD
Vous marchez d'un vite... d'un vite.. ,
• RICHARVILLE. «
J'ai promis d'arriver le premier. . . Bonjour, madame Marcel.
CATHERINE
Salut , monsieur de Richarviile.
ItlCH AU VILLE,
Cojnment va la santé?.. .
CATHERINE
Comme vous voyez.
GUÉNAUD
Madame n'a pas besoin de dire comment elle se porte , cela se voit sur sa figure. .,
RICHARVILLE.
Oh î il n'y a rien à faire ici pour vous, docteur Guénaud,
Guenaud , vous savez , madame Marcel , si connu par le vers de i)0ileau : ^
Guénaud, sur son cheval, en passant m'éclabousse.
GUÉNAIID,
Voilà ua vers qui m'a donné bien des pratiques.
Etqui^a coûté la vie à bien du monde. (J deux domestiques qui portent des pamers ) Portez cela là dedans, c'est du vin du Rhin et du vin de Champagne; quant au reste , cela vous regardera , madame Marcel... b""^'«»j
CATHERINE
Oh! j'ai reçu votre lettre hier. ..tout est prêt...
RICHARVILtE.
Bien, bien. ..
CATHERINE
Serez-vous beaucoup ?
RICHARVILLE.
Mais nous serons Six... moi, Guénaud Je comédien Poisson Chape le , le chevalier de Nantouillet et notre gros ohanoine de pl-Yictor, notre ami Santcul...
CATHERINE
C'est un fameux convive celui-là...
RICHARVILLE.
j'es'^com^unMnr""'" '"" '" ^"' '^"^^' facilemen. gue
Air î Vaud. de CArtlste.
11 a le privilège D'être chanté souvent.
On le chante au coDége, On le chante au couvent; Lorsque la nape est mise, On le chante au festin, Sans compter qu'à l'église On le chante au lutrin.
GUÉNAUD
Allons, nous aurons du plaisir...
RICHARVILLE.
Dam' , la société est bien choisie. . . Un poêle , un comédien un chanoine , un mousquetaire... comeuiea ^
GPÉNATJD.
Voilà pour le rire. ..
BIGHARYILLE.
Un riche finaDcier.. .
ClTHEfilNE.
C'est pour la dépense.. .
RIGHARVILLE.
£t an médecin...
GUKNAUD.
Pour les indigestions.. .
CATHERINE
Monsieur de Santeul est-il toujours fou comme il Tétait ?. . . Dieu! qu'il est drôle quand il compose. .. Il fait des grimaces... des grimaces... il m'a bien fait rire l'été dernier.. .
AiH : Vaud. de l'Intérieur d'une étude. ^^ Il parle haut, y s'frott' la tête, Ys'clémèn*comine un furieux, Et puis il court, puis il s'arrête, Y s'tord les mains, il ferm' les yeux.
RIGHARVILLE.
Oui, Santeul est épouvantable Lorsqu'il tourne ses vers latins ; D'honneur, on croirait voir le diable Que Dieu force à louer les saints. . .
6UÉNAUD.
A propos, en parlant de Santeul, âvez-vous été content de l'épitaphe latine qu'il a faite sur la mort de votre petit chien?.. .
RIGHARVILLE.
Enchanté... il est vrai que je ne sais pas le latin,, .mais je l'aime beaucoup.. . et je le paie très-cher. ..
GATHERIICE.
Vous avez raison, quand on aime une chose, il faut y mettre le prix... C'est comme si l'on me marchandait une volaille... ou une botte d'asperges. ..
RIGHARVILLE.
Je ne marchande jamais le latin... je trouve que le latin est impayable... [On entend crier en dehors: Par ici.. . par ici. ..)
CATHERINE
Voilà la bande joyeuse. . . Je vas donner un petit coup d'œil à lu cuisine... {Elle sort).