‹ Santeul, ou Le chanoine au cabaret, vaudeville en un acteChapitre 6 sur 17 · SANTEUL, L'ABBÉ POUPIN · texte numérisé non relu

SANTEUL, L'ABBÉ POUPIN

POUPIN

Un instant... s'il vous plait , monsieur de Santeul... SANTEiJL, se retournant.

L'abbé Poupin !... [A part.) Que le diable l'emporte... [Haut.) Eh! bonjour donc, l'abbé... comment avez-vous su que j'étais ici?...

POUPIN

Cela n'était pas bien difficile à deviner... Est-ce que je ne vous connais pas?

Air : Mon galoubet.

Au cabaret ! {bis) Vous passez, buveur intrépide, Votre tems comme un lansquenet ; Lorsque votre cellule est vide.

Je sais bien tous trouver sans guide

Au, cabaret ! {bis)

SANTEUL

Le cabaret ! {bis) Oui, l'abbé, c'est l'endroit que j'aime, Voîl'à le couvent qui me plaît...

L'air du cloître rend le teint blême.

Et |e viens passer mon carême

Au cabaret ! {bis)

POUPIN

Monsieur de Santeul, vous m'affectez. . Comment un homme de génie tel que vous peut-il mener une vie aussi déréglée?... N'est-il pas temps de vous amender?... de mettre un terme...

SANTEUL

L'abbé, rous médirez tout ça en chaire à St-Sevrin. ... en attendant^ voulez-vous dîner avec nous?. ..

POUPIN

Le ciel m'en préserve...

Vous trouverez ici bonne table et joyeuse compagnie... deux avantages qui ne sont pas à dédaigner... même pour un abbé...

POUPIN

Merci , merci, .. jç ne viens pas pour dînA*... je viens de la

(ai )

part de monseigneur l'archevêque pour vous demander l'hymne à Saint-Martin...

SANTEUL

Ah! je vous en prie. .. Ne parlons pas d'hymne ni de saint aujourd'hui... Après Pâques... à la bonne heure. ,.

POUPIN

Mais songez donc qu'il nous la faut pour ce soir.. . Tout Pari*

est prévenu c'est moi qui dois la chanter à Saint-Sevrin ,

avec des variations...

SANTEUL

Eh! bien... vous direz que vous êtes enrhumé...

POUPIN

Monsieur de Santeul... je vous en conjure...

SANTEUL

Monsieur l'abbé, vous perdez votre temps.. . je ne suis pas en verve..,

POUPIN, tirant un sac de sa poche.

Voilà de quoi vous y mettre...

Qu'est-ce que c'est que ça...

POUPIN

Quinze cents livres en or.

SANTEU?,, mettant la main sur le sac.

Donnez!...

POUPIN , la retirant vivement.

Quand vous m'aurez livré mon hymne à Saint-Martin.

SANTEUL

Je vous la promets .. ,„.^-

, POUPIN. ^, .4 i.fvj*wlTC

Il y a bien long-temps que vous m'en appf0:©hez une pour St-Corneille, et vous me la devez encore...

SANTEUL

Comment... pour St-Corncîlle?...

POUPIN

Oui. .. oui...

Air : Rions, chantons, aimons.

Depuis un an, je vous poursuis, Avec une ardeur sans pareille, Que de fois vous m'avez promis De faire une hymne à Saint-Cornei]Je. • #

SAHTEUL.

Pour Saint-Corneille, en vérité.

Que voulez-vous que Santenl fasse!. . .

Mais c'est un saint qui n'est fêté Qu'au calendrier du Parnasse, Oui, Saint-Corneille n'est fêlé Qu'au calendrier du Parnasse.

POUPIN

C'est égal , vous me la devez toujours.

SANTEUÏ-.

Je vous ferai lés deux ensemble. . .

POUPIN

Je ne veux pas multiplier vos dettes. . .

SANTEUL

L'abbé, je vous en prie. .. c'est pour une bonne action. . . de pauvres diables qui sont sur le point d'être saisis, ruinés.. .

POUPIN

Quand vous m'aurez livré mon hymne. , .

SANTEUL, dpart Au diable l'entêté.. . . quand il a une idée par hasard.. . il s'y cramponne pour ne pas la perdre. [Haut.) Eh ! bien. . . voyons... je vais tâcher de vous la faire votre hymne. . . Mais je vous préviens qu'elle sera mauvaise. , , je suis à jeun... et comme l'a très-bien dit Boileau , qui a du bon quelquefois. .. 0 Horace a bu son saoul quand il voit les raénades. » POUPIN.

Monsieur de Santeul ne peut rien faire de maurais.. . SANTEUL j souriant.

Diable d'abbé... oh dirait qu'il est connaisseur... Au revoir , mon révérend.. . attendez^-moi ici tous les deux, vous et votre sac. . .

POUPIN

Où donc allez-vous?

SANTEUI.

Chercher des inspirations. . . c'est peu divertissant ; mais quand il s'agit de rendre service. . . Il ne sera pas dit, morbleu! que Santeul aie cœur comme la tête.

Air : de Marianne.

Faut-il toujours que je m'amuse. ..

A n^fortunC) jç me iqis. . .

Allons courir après ma muse * Et la poursuivre au sein des bois. ..

Mais la commère

Est bien légère Et trop souvent se plaît à m'échapper...

Gare ma mie.

Si mon génie Dans quelque coin peut ici t'attraper; Bientôt, j'en réponds sur mon âme, ^

De la belle il aura raison; Car mon génie est un luron Et ma muse une femme ! (// sort.)

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