SANTEUL, L'ABBÉ POUPIN
POUPIN
Un instant... s'il vous plait , monsieur de Santeul... SANTEiJL, se retournant.
L'abbé Poupin !... [A part.) Que le diable l'emporte... [Haut.) Eh! bonjour donc, l'abbé... comment avez-vous su que j'étais ici?...
POUPIN
Cela n'était pas bien difficile à deviner... Est-ce que je ne vous connais pas?
Air : Mon galoubet.
Au cabaret ! {bis) Vous passez, buveur intrépide, Votre tems comme un lansquenet ; Lorsque votre cellule est vide.
Je sais bien tous trouver sans guide
Au, cabaret ! {bis)
SANTEUL
Le cabaret ! {bis) Oui, l'abbé, c'est l'endroit que j'aime, Voîl'à le couvent qui me plaît...
L'air du cloître rend le teint blême.
Et |e viens passer mon carême
Au cabaret ! {bis)
POUPIN
Monsieur de Santeul, vous m'affectez. . Comment un homme de génie tel que vous peut-il mener une vie aussi déréglée?... N'est-il pas temps de vous amender?... de mettre un terme...
SANTEUL
L'abbé, rous médirez tout ça en chaire à St-Sevrin. ... en attendant^ voulez-vous dîner avec nous?. ..
POUPIN
Le ciel m'en préserve...
Vous trouverez ici bonne table et joyeuse compagnie... deux avantages qui ne sont pas à dédaigner... même pour un abbé...
POUPIN
Merci , merci, .. jç ne viens pas pour dînA*... je viens de la
(ai )
part de monseigneur l'archevêque pour vous demander l'hymne à Saint-Martin...
SANTEUL
Ah! je vous en prie. .. Ne parlons pas d'hymne ni de saint aujourd'hui... Après Pâques... à la bonne heure. ,.
POUPIN
Mais songez donc qu'il nous la faut pour ce soir.. . Tout Pari*
est prévenu c'est moi qui dois la chanter à Saint-Sevrin ,
avec des variations...
SANTEUL
Eh! bien... vous direz que vous êtes enrhumé...
POUPIN
Monsieur de Santeul... je vous en conjure...
SANTEUL
Monsieur l'abbé, vous perdez votre temps.. . je ne suis pas en verve..,
POUPIN, tirant un sac de sa poche.
Voilà de quoi vous y mettre...
Qu'est-ce que c'est que ça...
POUPIN
Quinze cents livres en or.
SANTEU?,, mettant la main sur le sac.
Donnez!...
POUPIN , la retirant vivement.
Quand vous m'aurez livré mon hymne à Saint-Martin.
SANTEUL
Je vous la promets .. ,„.^-
, POUPIN. ^, .4 i.fvj*wlTC
Il y a bien long-temps que vous m'en appf0:©hez une pour St-Corneille, et vous me la devez encore...
SANTEUL
Comment... pour St-Corncîlle?...
POUPIN
Oui. .. oui...
Air : Rions, chantons, aimons.
Depuis un an, je vous poursuis, Avec une ardeur sans pareille, Que de fois vous m'avez promis De faire une hymne à Saint-Cornei]Je. • #
SAHTEUL.
Pour Saint-Corneille, en vérité.
Que voulez-vous que Santenl fasse!. . .
Mais c'est un saint qui n'est fêté Qu'au calendrier du Parnasse, Oui, Saint-Corneille n'est fêlé Qu'au calendrier du Parnasse.
POUPIN
C'est égal , vous me la devez toujours.
SANTEUÏ-.
Je vous ferai lés deux ensemble. . .
POUPIN
Je ne veux pas multiplier vos dettes. . .
SANTEUL
L'abbé, je vous en prie. .. c'est pour une bonne action. . . de pauvres diables qui sont sur le point d'être saisis, ruinés.. .
POUPIN
Quand vous m'aurez livré mon hymne. , .
SANTEUL, dpart Au diable l'entêté.. . . quand il a une idée par hasard.. . il s'y cramponne pour ne pas la perdre. [Haut.) Eh ! bien. . . voyons... je vais tâcher de vous la faire votre hymne. . . Mais je vous préviens qu'elle sera mauvaise. , , je suis à jeun... et comme l'a très-bien dit Boileau , qui a du bon quelquefois. .. 0 Horace a bu son saoul quand il voit les raénades. » POUPIN.
Monsieur de Santeul ne peut rien faire de maurais.. . SANTEUL j souriant.
Diable d'abbé... oh dirait qu'il est connaisseur... Au revoir , mon révérend.. . attendez^-moi ici tous les deux, vous et votre sac. . .
POUPIN
Où donc allez-vous?
SANTEUI.
Chercher des inspirations. . . c'est peu divertissant ; mais quand il s'agit de rendre service. . . Il ne sera pas dit, morbleu! que Santeul aie cœur comme la tête.
Air : de Marianne.
Faut-il toujours que je m'amuse. ..
A n^fortunC) jç me iqis. . .
Allons courir après ma muse * Et la poursuivre au sein des bois. ..
Mais la commère
Est bien légère Et trop souvent se plaît à m'échapper...
Gare ma mie.
Si mon génie Dans quelque coin peut ici t'attraper; Bientôt, j'en réponds sur mon âme, ^
De la belle il aura raison; Car mon génie est un luron Et ma muse une femme ! (// sort.)