AUX SAINTS MOINES
DEUX ■IHHBS.
Fortunés habitants de ces forêts prtfendes Où les conseils de Dieu veus tenaient abrités. Et préservaient vos mœurs d'un siècle aux mœurs immondes, Nous chantons vos félicités.
Pour posséder le Dieu dont leur ame est avide. Pays, grandeurs, teiflle, eux-mêmes, tout est loin. Tout ce globe à leurs yeiix est méprisable et vide. Le ciel est leur unique soin.
Dépouillés, prompts, dispos, libres de toute chose, Ils courent à la lutte, intrépides jouteurs; Pour traverser la mer où chacun d'eux s'expose. Ils s^allégent, prudents nageurs.
D^un trésor étemel, d*nne gloire certaine Us voudraient se saisir aviec sécurité.
Les plaisirs sont trop vains pour leur ame trop saine. Plus haut leur espoir est monté.
Ck)mme un suprême honneur Ils tiennent les injures; Pour eux les vrais trésors sont dans la pauvreté; Pour eux enfin, mourir dans de longues tortures Est la suprême volupté.
Fac nos, somme Deus, qaœ patimor mala In pœnam scelerum ferre libentiùs;
£t tellure relictâ,
Immortalia qusrere.
JËtemus sit honos ingenito Patri; Sit par unigenae gloria Filio,
Sacri nexus amoris,
Laos comiMur tibi, Spiritos.
O polehras acies, castraqne fortia, QvuB Spes, una Fides, onus Amor régit
Omnes lege sub una,
Uno sub duce militant
Heu I qoantis rapiunt astra làboribas; Puisant perpetuis questibus «thera,
Per jejunia longa
Vires corporis atterunt
Votis unanimes, vi quoquefletuum Instant, et soclas ingemifiant preces.
Et coneordibus armis,
Vim cœlo simul inferunt
Heec vis grata Deo; sic amat optimus Vinci per lacrymas, per gemitus Pater ;
Sic duris reseratur
Gœlnm conditionibus.
Faites-nous, ô grand Dieu, voir dans notre souffrance De nos péchés nombreux le prix trop mérité; Faites que notre mort, suprême délivrance, Nous mène à l'immortalité.
Créateur incréé, gloire à vous, Dieu le Père; A votre Fils unique honneur ainsi qu'à vous; Gloire à vous, Saint-Esprit, de leur amour prospère Le lien vénérable et doux.
Dans ses camps assurés, ô brillante phalange Que régit même amour, même espoir, même foi, Et qui sous un seul chef en combattant se range, Pour subir une naiême loi !
Combien par les travaux, combien par la prière ils cherchent vers le ciel un refuge assuré I -Combien du jeûne affreux l'atteinte meurtrière Affaiblit leur corps macéré !
Pleins d'un zèle unanime, ils font valoir ensemble Les soupirs de leurs coeurs, les larmes de leurs yeux; Et visent, raffermis du nœud qui les rassemble, A forcer la porte des cieux.
Dieu sourit à leur force; il aime la victoire Que remportent sur lui larmes et maux soufferts; Par ce Dieu juste et bon^ à ce prix méritoire Les abords du ciel sont ouverts.
3dft J.-B. SÂNTÊUL.
Fer f eut qnaitido <fie ctinctt' ttmniMft«9, Altiim tnrba silet $ cetera dam UAent,
Hi per cxtâksn mmpmt
Noctis loDga silenUa.^
Exercet irlgifes c^mtitkitwr làlior; ïncumbiuit operi ilon réside» mam»;
Teilds c«to colonlB
Victum suppeditat suis»
Qnin regina sûi mens qiioqae subditur, Rectorisque studet nutibus obsequi,
Nil servat sibi juris,
Cttpuf llberior juge.
if^ernus sit honos ingenito Ptitti ;
Sit par unigense glorla Filio, Saeri Aexns amoi^is^ Laus compâr âbi« Spiilttis.
SANCTO BRITÏIOIVI.
HYMNl QUArTUOB.
Brunonem strei»tu qui procul urbium, Sese Gartbusiis monttbuS'SibdftlIt*
APPENDTCE. -- HYMNES. 335
Pour les rumears du joof quand fe moiide sMveine, Dans leur sage retraite ils demeurent sans bruit ; Et leurs cantiques saints, quand le monde sommeille, Rompent le calme, de la nuit.
Leur vigilante ardeur les presse, les excite; Ils sont sur le travail courba încessammetit, Et dn «d g^énâreux que kor auiia floUiGÉfr Ils obtiennent leur aliment.
Maltresse d^elle-même, et toutefois docile.
Leur ame veut d'uncl^f siJbtr la vodomé;.
Us savent sous le joug plier un cou facile Pour garder mieux la liberté*
Créateur incréé, gloire à vous. Dieu le Père; A votre Fils unique honneur ainsi qu^ vous; Gloire à vous, Saint-Esprit, de leur amour prospère Le lien vénérable et doux»
-o^o- A SAINT BRUNO.
QUATRE HTBUIES.
Donnez-vous, chants de fête, une sainte licence Troublez la solitude et rompez le silence Où vécut long-temps écarté
Sit Cas è latebris, èqae sOentio,
Festis prodere cantibas.
Ultrix ira Dei, qas manet impios, Hune miris adeo terruerat modisi Mutatns tadtft proposait fogâ Urbes, seque relinquere.
iEternas ut opes vi rafrilat, suas , Forti despiciens pectore deserit.
Doctarum juTenem non movet ampliùs Laurus, gloria frontium.
Nam quo Bruno fugis ? soUbns in^ia In déserta rapit quis sacer impetus?
Uno teste Deo vivere cogitas, Uno teste Deo mori.
Non solus fugies, propositi ducem Ardent sex pariter te comités sequi ; Hos fulgêre, velut sidéra territus In somnis Hugo viderat.
Bruno qui, sur les monts de l'antique Chartreuse, Évitait des humains l'approche dangereuse Et les rumeui*s de la cité.
Bruno voyait toujoui-s, dans son ame éperdue, Sur le front du pervers, menaçante, étendue,
Se lever la divine main; Alors, plein de terreur, il changea de conduite, Et voulut, solitaire, éviter par la fuite
Et lui-même et le genre humain.
Ardent à conquérir Tétemelle richesse, Il affermit son cœur, il quitte sans faiblesse
Les faux biens et les vains plaisirs; Jeune, à Tâge amoureux de tout ce que Ton vante^ Les lauriers, ornements d'une tête savante,
Cessaient d'exciter ses désirs.
Où fuis-tu donc, Bruno? Vers Texil volontaire Où ne vint avant toi nul autre solitaire.
Quel saint élan te fait courir?
La pieuse espérance où ton ame se livre Est-elle qu'en ces lieux Dieu seul te verra vivre,
Et Dieu seul te verra mourir?
Tu ne fuiras pas seul : sous ta sage conduite Six autres compagnons, fiers d'imiter ta fuite,
* Brûlent de te suivre en ces lieux.
Hugues, plein de terreur, les vit en même nombre, Tandis qu'il sommeUlait, briller dans la nuit sombre, Comme autant d'astres dans les cîeux.
Félix augariaral sascipit hospties; Montes quos colerent, donat inhosj^ios ; Ahis cnlmlnibus sic vaga sidéra Fixit,. perpétuas faces.
Obscurls nemoniin de penetralibas Ëgressus, patrio qui rutilas polo :
Nos, ô sancte Pater, te cupidos sequi.
Duc, régnas uiki, fiiios.
Patri maxima laus, qui créât omnia, Mnndum qui redirait, maxima Filio, Quo déserta petit ductus homo Deus, Laus compar tibi, Spiritus.
' Vos inaccessi, loca sola, montes.
Vos et aeteraâ nive cana saxa; En novus vestroS' penetravit hospes Bruno recessus.
Antra terroris nihil hœc hal>ebu]U.
Sponte summictent jaga cetea rupesv
Présage fortuné ! de ces cimes désertes
Par Hugues, leur patron, à leur culture offertes.
Ils deviennent les habitants; Hugues fixait ainsi leur clarté vagabonde.
Et faisait de ces monts rayonner sur le monde
Leurs flambeaux toujours éclatants.
O toi qui, libre enfin de tes forêts ombreuses. Montas de leur silence aux spbères bienheureuses
Où sont les divines d(airtés.
Pour te suivre, ô Bruno, que ta main nous soutienne Et nous donne une place à côté de la tienne
Au trône des félicités. >
Gloire au Père étemel, d^e qoila main féconde Produisit, et gouverne, etffaît durer le monde;
Gloire au Fils, notre Rédempteur ; Et vous, dont les conseils divins et salutaires Entraînaient THomme-Dieu vers les iiedx solitaires.
Gloire à vous, Esprit conduCtefÉfr.
Lieux solitaires, monts à la cime trop haute, Rocs d'un manteau de neige incessamment couverts, Bruno vous apparaît, Bruno vient, nouvel hôte. Habiter vos déserts.
Vos antres n'auront rien de la terreur première, Vos rocs abaisseront leur fière aspérité.
Luds accessu recreata tanto Gaadet eremus.
Hactenus nuUo violata passu, Hospites tellas Tenerata sanctos.
Se premi postbac pedibus beatis Laeta superbit.
Sicca pingaescet lacrymis gementûm.
Dura parebit maaibus colentûm, Uberes fractus dabit, aiite deosis Horrida dumis.
Nil sui perdit sacra solitudo ; NuUa vox sedes agitât qoietas.
Solus auditur Deus, htc gementes Solus et audit.
Se recognovit rediTiva in illis Thebais, quondam pia régna flentûm.
H!c renascentes iterum putavit Vivere Paolos.
Fama praernptas tua scandlt Alpes Pontifex audit, vocat è profundâ Rupe Brunonem, docilis magistrum Poscit alumnus.
Et cet astre nouveau couvrira de lumière Le désert enchanté.
Loin de tout pas mortel jadis inviolée, Votre terre à des saints prépare un saint accueil, Et sous leurs pieds bénis va, désormais foulée, Sourire avec orgueil.
Sèciie, on Tarrosera de larmes pénitentes ; Dure, elle amollira sous de riches moissons Le sol qu'avant Teffort de ces mains diligentes Hérissaient les buissons.
Rien ne peut altérer, rien ne saurait suqtendre Par des cris importuns le calme de ce lieu Où gémissent des voix que Dieu seul peut entendre, Où Ton n'entend que Dieu.
La Thébalde en eux a cru se reconnaître.
Thébaîde, autrefois séjour des pénitents.
Tu pensas qu'en ces lieux allaient enfin renaître Les Pauls d'un autre temps.
Mais des Alpes voilà que franchissant les dmes, Le saint nom de Bruno prend au loin son essor. Le Pontife, autrefois nourri de ses maximes L'attire du désert en ses palais sublimes, Pour s'en nourrir encor.
342 J.-B. SANTEUU
Ad suam Bruno quoties eremmo Triste discedens oculos retorsit !
It tamen, secum médias per urbes Portât eremum.
Inter augustos proceres se^exe
Jassus, oblatas patribus reluctans Infulas sprevit, pavet ad tremendi Pond.us honoris.
Inde nos Patris canimos triumphos, Qua die vectus petit astra earru, . Qaem Dcus cœlo beat, ampla merces, Trinns et un us.
ly.
Fessus aulâ turbaJei^tam
Bruno llonoai^ deseri^;
Ad relictas promptus ardet Ire solitudines.
Nulla sylTa sat profundis
Hune teget recessil^us.
Quàm lates frustra reposUs Irreperlus saltibjus l
Delitentem prodet antro
Vis odora te canum.
Bruno fuît sa Chartreuse, et ndUe fois sur die [1 détourne un regard de tristesse couvert.
Il obéit pourtant à la voix qui l'appelle, Et son cœur au milieu de la lilleéierneye Emporte le désert
An milieu des plus grands il siège par contrainte ; La mitre des prélats lui promet sa splendeur. Lui promet le pouvoir : son bumilité sainte, Méprisant tout éclat, ne songe qu'avec crainte Au poids de la grandeur.
Aussi célébrons-nous la pompe solennelle Où Bi-uno dans les deux sur un char emporté, Et trouvant à ses maux récompense étemelle.
Fut mis au rang des saints par la madn paternelle Du Dieu triple en son unité.
Las des cours, dégoûté du monde, Bruno, loin de Rome et du bruit.
Va des forêts chercher la nuit Et la solitude profonde :
Mais pour cacher sa gloire il n^est point de forêt,) Il n'est point d'antre assez secret.
En vain, Bruno, ton cœnr persiste :
Par ses chiens au flair pénétrant Roger, parmi ces bois errant, Près de toi conduit, te dépiste.
Uh J.-B. SANTEUL.
Arma ponet h!c Rogerus, Praeda, Tenator, tua.
Dux tremens accedit antram»
Et Teretur hospitem.
Qui studebat hic latere, Horrait se detegi^
Ambo se vix sastinentes, Ora defixi stupeDt
Surge princeps, rumpe somnos»
Saevus hostis imminet;
Vox arnica dormientem, Ethoro te suscitât;
Vendit auro te Peiasgos^
Qui tuus, nunc transfuga.
i£ger extremâ sub horâ
Sacra Bruno postulas;
Ad jubentis verba mystœ, Obsequente numine»
In Dei conserva corpus
Liba sancta prœdicas..
Efficax fugare morbos
Fons sepulcro profluit;
Quœrat œger hîc salutem, Pleniùs se proluat.
Fons salubris, fons superbus.
Patris almo nomine..
11 dépose en ces lieux son appareil guerrier, - Et, chasseur, devient ton gibier.
Le duc Toit Termitage : il entre, Pour son hôte plein de respect ; Bruno frémit à son aspect D'être découvert dans son antre ; Et tous deux, le regard Tun sur Tautre arrêté, Restent dans rimmobilité.
Roger^ plus tard, au sein des songes.
Entend Bruno : « Renonce, ami, « Long-temps sur ta couche endormi, « Au vain sommeil où tu te plonges.
« Des pièges contre toi par tes Grecs sont tendus ; « Transfuges, ils se sont vendus. »
Bruno meurt ; Tanie qu'il va rendre Attend les suprêmes secours :
Le prêtre parle ; à ses discours Le Christ a daigné condescendre.
Et dans Tauguste corps le divin corps passé Est par le mourant confessé.
De son sépulcre une fontaine Jaillit, dont le flot tout-puissant De tous ses maux au gémissant Promet la guérison certaine.
Fontaine salutaire, à son onde est resté De Bruno le nom respecté.
Ghriste^ tecfun eonsepultos Factibisicymrt;
Ne strepentis vanus urbis
Riimor aures yerberet,
Pestilentis atra mundi,
Aara ne nos poUaat.
Sempitemo sit Parend Sempiterna gloria.
Et Parentis sit coaevo
Laos perenniB Fflio;
Par honos, par et polèstas, Utrinsqae Vinoilo*
Faites Texistence pareille^ Jésus, à qui s'enferme en vous ; Qu'un siècle bruyant et jaloux Ne frappe jamais son oreille ; Et que du vent mondain le dangereux poison N'aille point troubler sa raison.
Toujours gloire au Père suprême; Toujours'dans le droit paternel Pour son Fils, son co-éternel.
Que le partage soit le même.
Même gloire à l'Esprit, qui, durable comme eux, Est un lien entre tous deux.
POÉSIES EXTRAITES DE SANTEUL