‹ Sarah BernhardtChapitre 17 sur 18 · FRAGMENT D'UNE CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

FRAGMENT D'UNE CONFÉRENCE

Sur SARAH BERNHARDT

Que dire qui ne soit déjà connu sur M""' Sarah Bernhardt ? Le redire encore est-il donc fait pour déplaire ? Je ne le pense pas. Il est des - livres qu'on aime à relire, des pièces de théâtre qu'on aime à réentendre. J'ajouterai que M""' Sarah Bernhardt est une gloire française, et que comme telle on ne peut se lasser de la célébrer. Et puis les aperçus de l'un ne sont pas toujours les aperçus de l'autre.

Fut-il existence plus mouvementée, plus laborieuse, plus occupée que celle de M"10 Sarah Bernhardt, et quel chemin parcouru depuis le Passant, de M. François Coppée, où se leva pour l'auteur et son interprète l'aurore impâlissante, jusqu'à Lysiane de M. Romain Coolus ?

Tout a été dit sur elle. Connaît-on toutefois beaucoup ses commencements où se révélait déjà la toute indépendante, toute gracieuse et toute prenante ?

Toute jeune encore, elle faisait déjà pressentir la devise qu'elle devait adopter un peu plus tard, c'est-à-dire quand, à son chiffre entrelacé, elle ajouta la banderole flottante où se lisent les mots : Quand même. Le quo non ascendant de Louis XIV, traduit de la sorte par Mm0 Sarah Bernhardt, ne doit pas faire croire à un immense orgueil, mais bien à de la noble fierté de soi-même, à du défi, si l'on veut, à l'impossible et au mépris du qu'en dira-t-on des gens envieux et malveillants, et l'on peut dire qu'elle n'a jamais menti à sa devise.

Quels ne furent pas les obstacles qu'elle eut à surmonter au début de sa carrière ! Quelle persévérance dans cette dernière, celle qu'elle avait rêvée, celle à laquelle elle s'était arrêtée inébranlablement. Elle ne fut jamais dévorée que d'une seule ambition, celle de porter au sommet des sommets

l'art dramatique. Qui s'en plaindrait, puisqu'elle y a si bien et si bellement réussi, pour notre charme à tous ?

Il serait trop long de rappeler les phases multiples de cette vocation et de cette carrière artistique. Je ne voudrais cependant pas ne point vous parler de ce qui en fut comme l'introduction.

Au couvent de Granchamp, à Versailles, où Mmn Sarah Bernhardt fut élevée, elle laissait déjà entrevoir qu'elle aurait une volonté et qu'elle serait quelqu'un, dans quelque voie qu'elle s'engageât. Mais que serait-elle? Elle se chargea elle-même d'éclaircir ce mystère, que déjà elle faisait naître.

Elle fit d'excellentes études, ainsi qu'on devait l'attendre de sa vive intelligence. C'était sa dernière année et, à la suite de la distribution des prix où elle fut couverte de lauriers, présage de bien plus importants encore, la question d'avenir se posa pour elle.

— Que seras-tu ?

— Je veux être religieuse, répondit-elle, à moins que je ne sois actrice. Et il semblait que le regard de Sarah fixait déjà son étoile au firmament

dramatique. C'était net. Les yeux du Sphinx avaient parlé pour lui.

Page 1