Sarcophages de l'époque bubastite à l'époque saïte
Les sarcophages décrits dans ce volume proviennent du grand temple de Deir el-Bahari, devenu une sorte de nécropole à l'usage des prêtres de Monlou de Tlitl-bes, de la XXII" à la XXVP dynastie'''. Ils ont été découverts par .Mariette, en i858, et déposés au Musée du Service des aulicpiités; mais ce n'est que depuis le transfert de ce Musée au Caire que nos sarcophages sont connus du public. Gomme ils étaient nombreu,x, peu variés, encombrants, on les avait laissés pour la plupart dans les magasins à Boulaq et à Gizeh, n'admettant que quelques spécimens choisis dans les galeries d'exposition'-'; au Musée du Caire, ils ont été réunis jusqu'en 1912 au premier étage, dans la galerie A'^'; après l'achèvement des travaux de réfection, ils seront répartis dans la galerie Q''*'. Le fait (jue ces sarcophages, comme les cercueils (ju'ils contenaient, n'avaient pour ainsi dire point été exposés, explique qu'ils sont à peine mentionnés dans les différents Guides ou Notices du Musée des antiquités. Le Journal .d'entrée du Musée les ignore également, à une exception près'^'. Par contre, les fiches manuscrites rédigées par M. Maspero en vue des Guides donnent une description détaillée des Cercueils^^^ ; je suppose qu'il en est de même des Sarcophages, n'ayant point eu le loisir, au cours de mon séjour au Caire, de consulter ces fiches. La bibliographie des auteurs et des livres se rapportant aux Sarcophages se réduit à quchpies citations des formules et des généalogies par Mariette. E. de Rougé, Piehl, surtout par .L Lieblein'"', et récemment par G. Legrain; cependant le sarcophage ^jio36 avait été publié par Mariette (voir p. 3oi).
'" L'iiistorique délaillé de la découverte des sarcopliagcs et des cercueils contenus dans ceux-ci a été fait avec précision par M. H. Gauthier, dans son Introduction aux Cercueils anthropoïdes des prêtres de Montou. Je renvoie à cette notice, dont les détails s'appliquent également aux sarcopliages et aux cercueils.
'^' Mariette, Notice, i" édition, n"' 102, io3 (p. if)o)ct p. ait (magasin n" 5) : sarcophages et cercueils de la famille Nesmin-Kliâhor (iio2o-a3). Ibid., 3' édition, n"' 596-697; ibid., 6' édition, n^SgO, 597, 971 ; Maspero, Guide, 1 883 , p. 3 1 1 -3i 2 ; Loret , Notice , 1897, !'• ^^'' '■ "g'ands cercueils rectangulaires n correspondant aux n"' iiooi, A1002, Ziioo9,/iioio.
'^' Maspero, Guide, 1902, p. 39G; 190G, p. 40 5; 1 908, p. 53o; 1910, p. A 97.
'*' Maspebo, GwîV/e, 1912, p. lilto.
'^' Voir p. 237 (n° Ziioa/i).
'^' H. (iAUTHiER, Cercueils nnlhropoidcs des prêtres de Montou, introduction, p. v.
'" Encore est-il dillicilo, pour Lieblein, de savoir si la citation se rapporte aux Cercueils ou aux Sarcophages.
Tous ces sarcophages présentent l'aspect de coiïres reclangnlaires J|L allongés, comprenant, sauf exception, un couvercle et une cuve.
Le couvercle est en voûte cintrée, et mérite les épithètes rtévidéi — «en dos d ane » — ?• voûté -^ — que lui décernent les Notices.
La cuve est llanquée aux quatre angles de piliers carrés, — ou montants. — qui, sauf exception, sont implantés dans le fond du sarcophage; les quatre cotés de la cuve s'assemblent par l'intermédiaire des montants. Ces quatre piliers donnent un caractère spt'cial aux sarcophages. Aussi Mariette désignait-il ceux-ci d'une formule originale : ff Les sarco|)hages à oreillettes carrées aux angles -^ [Notice, B*" édition, p. 912).
Au point de vue de l'aspect extérieur, on peut distinguer les types suivants :
L Sarcophages de grande taille, dont Varmalure (cf. p. 19 sq.) est formée de fortes planches, peintes en ocre rouge ou brun; les panneaux gardent la couleur du bois naturel, ou sont peints en ocre clair. Les textes et tableaux sont généralement dessinés au trait bleu ou noir. A ce type appartiennent la plupart des sarcophages de la famille d'Ankhefenkhonsou (61001, A 1002, A 1007 et /il 03 A, /iioo(), Al 010, Al 01 9. Al 09 3). Deux sarcophages de femme sont d'un modèle réduit (A 1 oo.3 et A 1 o25). Trois sarcophages présentent des textes gravés ol [)eints en bleu ou jaune d'or (A109A, A 1089, Aio33).
IL Sarcophages de taille movenne. L'armature n'est généralement pas constituée par des planches distinctes; elle se réduit à un artifice de peinture et dedécoration. La coloration est très vai'iée : fond jaune d'or avec armature ocre j)lus foncé (Aïoii, Aioi3, Aio>9, AioBy); fond jaune d'or et jaune clair ( A 1 o 0 8 , A 1 o 1 A , A I 0 1 7 , A 1 0 1 8 , A 1 o 9 2 , A 1 o 9 8 , A 1 o 3 A , A 1 o 3 7 , A 1 o 3 8 . AioAi); fond jaune d'or et blanc (A1016, Aio3o); fond blanc avec armature jaune d'or (Ai 021, Aio35, Aio3G); fond blanc général (A 1020, A 1021, Al 02G); fonds variés en bandes allei'nées (A 1 ooG). En général, ces sarcophages appartiennent à des membres de la famille Nesmin et Khaâhor.
III. Petits sarcophages où les montants, sectionnés à la hauteur de la cuve, adhèrent par moitié au couvercle et à la cuve (A 1 o 1 A , A 1 o3 A , A 1 o38).
IV. Petits sarcophages à fond blanc et décoration |)olyclirome, formant chape et coiiïant un cercueil (A 1 oo 1 his, A 1 o 1 5 , A 1 ()3ô). Ils étaient vraisemblablement enfermés dans les sarco|diag('s plus (^l'ands.
Enfin, certains sarcophages sont d'un type tout spécial : /iio9(), hio'di, 6io/io, pour lesquels je renvoie à la description donnée dans le présent volume.
Les familles Ankliefenkhonsou et Nesmin étant sensiblement contemporaines et d'ailleurs alliées par le sang, il s'ensuit que le choix d'un type de sarcophage grand ou moyen s'explique par un goût personnel, plutôt que par une mode, qui serait caractéristique de telle ou telle période. Le sarcophage moyen n"est donc pas forcément l'indication d'une époque plus récente ou plus ancienne que l'époque du grand sarcophage. Les deux formes étaient en usage simultanément.
Au point de vue religieux, l'intérêt de ces monuments réside dans ce fait que le sarcophage apparaît comme le temple du dieu osirien, en qui le défunt s'est transformé. Comme dans le temple, comme dans le tombeau, chaque partie du sanctuaire, qui est ici le sarcophage, est sous la protection d'un dieu, ou même est considérée comme une divinité protectrice, qui assure la garde de l'Osiris enseveli. Cette conception n'est pas spéciale aux instruments ou au mobilier du culte funéraire. On sait que les instruments du culte divin, par exemple l'encensoir, peuvent être aussi considérés comme des dieux'''.
Le couvercle du sarcophage, qui s'arrondit comme la voûte céleste, décrit le ciel et les destinées célestes du défunt osirien. La planche médiane (A) représente Nouit, la déesse du ciel, qui est parfois dessinée au trait à l'intérieur du couvercle (/nooi , /J1009. ^(1017), mais le plus souvent évoquée par la formule 368 du Livre des Pijvamides : rrTa mère Nouit, dit-elle au défunt, s'est étendue sur toi, en son nom de Mystère du ciel; elle ordonne que tu soies comme un dieu, sans adversaires, à toujours et à jamais'-'^ (Znooi à h\ooh, /H009, hioik, 61017, '^loiS, 61028, /iio33. Cf. /noi3, cuve côté h).
A défaut de cette formule, la planche donne un proscynème (61016, 61021 îi6io23, 6io3i, 6io36, 6io35, 6 io38), ou un chapitre du LtVre^/es Mor/s
'" A. \foRET, Eiluel du culte divin, p. 16.
'2' La formule apparaît sur le couvercle du sarcophage de Mycérinus (cf. Kurt Sethb, Das Aller des Londoncr Sar^deckch des Konigs Menchercs , ap. Zeitschrijt fiir agypiische Sprache, XXX, p. 9/1 sq.). Les sarcopliages de la \[I« dynasiie l'inscrivent d'abord sur le côté U de la cuve {Uckv, Sarcophages antérieurs au Nouvel Empire, aSoio, -67, -83, -85, -8G, -90, -91 , -92), puis sur la planche médiane extérieure du couvercle : 28099 ('• H' P- 7^')- — Les sarcophages de la XVIII' dynastie donnent à cette place une autre formule, de sens voisin (Th. Davis, The Tomb oJHâtshopsitu, p. 8 1 , 98).
(Aio3o--cli. xwviii), ou iino Ibrnnilo se raj)|torl;inl à Noiiit et au soleil Hâ (/i 1 020 , 'i 1 02G ).
Les cotes du couvercle (B et B') portent généralement des scènes symétriques, qui décrivent ce qui se passe au ciel. On y voit : 1" la barque solaire lialée par les dieux, devant laquelle le défunt est en adoration ('11001. kioo-2 , '11 ooq , /jiolV Aïoiy, '11018, iioDy, 'iio3'i. -'iio'io); -j" ou bien Rà adoré dans sa barque- ('n 00 1 his, '11016, -'noi^i, /11092). Une formule, souvent peinte sur deux lignes symétriques (C et C), décrit cette navigation de Rà, à laquelle on souhaite d'associer le défunt : r^ Navigue, navigue en paixl Que Râ navigue en paix vers lAmenti et lOsiris N. navigue en paix vers sa tombe dans la nécropole- (/il 001, -'11003, '11009, 'uoiy, /il 082). Parfois en ellet. le défunt monte dans la barque solaire ('1102 2); parfois c est le lialage de la barque funéraire qui est représenté (4io38).
Là où ces tableaux manquent, on représente le défunt adorant Rû (6 1 00 1 bis, /iioo3, /iioog, /iioi^i, 6io3i, 'no36, /iio35) ou les divinités Osiriennes célestes ou infernales (Ai 020, A 1021, /4102G, '»io3o, /iio3o). Les astres apparaissent au ciel sous la forme des Heures du jour et de la nuit (Aioo3, h 1 oo4). On trouve la scène où Sbou sépare le ciel Nouit de la terre Geb ('i 1 oo3, p. Ga): le tableau du royaume d Osiris avec la psycliostasie (/iioo3, 'iio35); une description des dilférentes iat et 1/(7 du paradis (A 1 026).
Le lien commun de ces scènes diverses est qu'elles se rapportent toutes à la vie du défunt au Ciel. La destinée d'outre-tombe de tous ces défunts semble réaliser celle que décrit Ramsès 11, dans l'inscription d'Abvdos, comme réservée à son père le roi Séti I" : r? Voici que tu es entré au ciel, (|ue tu escortes Rà en te mêlant aux étoiles et à la lune. Tu te reposes dans le monde inférieur comme ceux qui v habitent, aux côtés de Ounnefer, maître de l'éternité. Tes deux bras remorquent Atoum dans le ciel et dans la terre, pareil aux Akhemou-Ourzou et aux Akhemou-Sakhou, tandis (|ue lu es à la [)roue de la banjue des millions d'années. Lorsque Râ se lève dans le ciel, les deux yeux sont (fixés) sur sa beauté. Lorsqu'Atoum sort du inonde inférieur, tu es parmi ses accompagnateurs. Tu es entré dans la salle mystérieuse en présence de son seigneur, et ta marche va loin dans l'intérieur du monde inférieur'''.-) Peut-être, comme sous l'ancien Empire, cette destinée a-t-elle été exclusivement promise d'abord aux rois, avant de devenir l'espoir l'utur de tous les défunts mis en étal de grâce par les rites osiriens.
'" Inscriplion défliraloire d'Ahijdos , 1. 89-91. J utilise la traduclion de H. Gauthier [Zeilschrift fur iigyptische Sprachc, XLVIII, p. 9;} S(|.).
Los sarcophages moyens oITient souvent au\ quatre angles du couvercle les quatre enfants d'Horus: sous forme de faucons accroupis ^^ âkhcmou, ils gardent les quatre côtés du ciel ( ^i i o o i bis , 'i i o i (> . A i o •> o à 'i lo -i :t , 6 i o ;? 6 , 'i i o 3 o , 6i o3 1 , 6 1 o35).
Vinlérienr du couvercle, quand il est décoré, montre la déesse Nouit étendue (/il 00 1. /il 009, /j 1 o 1 7) au-dessus du défunt (cf. la formule citée plus haut), et les étoiles sous la forme des heures du jour et de la nuit ('1 ) 00 1 , '1 1 009 .^i 1 o 1 7).
Les p(inncatt.v cintn's du couvercle évoquent le soleil se levant ou se couchant au ciel. Du côté de la tête (côté 1) c'est lU sortant du Noun, salué par les âmes et les cynocéphales (/iioB^i), ou le disque rayonnant entre les âmes biou (/il o9oj, entre deux Anubis ('4 1 o35), entre des urœus ('i 1 o l 'i, '1 1 o3 1 , '1 1 o'io). Ailleurs, on trouve seulement la déesse Nephlhys (ici comme au côté 1 de la cuve : iiooi, '11 001 bis), Anubis et les enfants d'IIorus (/ii o3o), ouïes crdeux
veux» (/i 1 026).
Du côté des pieds (côté £?), les panneaux portent souvent les cfdeux yeuxavec le rayon î ('u 001 /ns, û 101/1, /iioiG, /iio->i, hio-?.-?., /11097, /no3o, Aio3/i, /no35, Aio38). ou sous forme de J (/iiooô); le soleil sur l'horizon entre les âmes ('11009). Ailleurs, on trouve Anubis couché (/11026), avec le disque, l'urreus (/no3i, 6io'io), les deux yeux, le sceau, le vase: ou deux Anubis flanquant un t (/iioao à /iioaa).
Tout autour du couvercle une frise de ||| rappelle la décoration des portes du ciel et des temples.
Si le couvercle évoque le ciel, demeure de l'àme, la ciivc représente la tombe terrestre; le corps y est étendu, couché sur le côté gauche, et regardant de ce côté, comme l'indiquent les deux yeux au-dessus de la porte, fréquemment dessinés sur le panneau B (/iiooa, /iioob, /11009, 4 10 10, /n 0 1 1 , /i 102/1). Autour du corps, les dieux montent la garde.
Ils habitent d'abord les quatre monlnnls. Ceux-ci portent sur une ou deux faces une formule ou un proscynème, qui s'adresse toujours à un dieu : Enfants d'Horus, Râ, Geb, Osiris, parfois le défunt divinisé (/iiooi). Chaque niontant est donc un dieu (jui veille aux quatre angles de la cuve, comme les Akhemou veillent aux quatre angles du couvercle. De même, dans les temples, les pylônes qui encadrent la porte d'entrée, personnifient Isis et Nephthys<". En fait, les
l" H. Bbugsch, Dnn iind Maasse des Tcmpels von Eilfu {Zeitschrift fiir iigijplisrhe Sprache , IX, 1871, p. 32 et soq.).
montants étaient le plus souvent surmontés de faucons dressés ou accroupis''* (ils portent encore les trous où s'emboîtait la base des emblèmes divins).
Les quatre côtés de la cuve sont aussi confiés à la garde de divinités, ou, plus justement, sont des divinités.
Le colc 1 est réservé traditionnellement à Nephtbys, qui protège la tète de la momie'-'. La traverse a nomme la déesse (/iiooa, 6ioo4, /iiooG, 61009, 61012, 61 0 1 3, 61019, 61 037): le panneau jS la représente (61002, 61006, 61006-61010, 6ioi3, 61016, 61019, 61028, 6io3i, 6io36, 61060) et s'accompagne d'un texte liturgique (p. 65, 79, 93, 102, iGi, 180). Par exception Isis est figurée ici , aux n°' 6 1 0 1 7 et 6 1 0 1 8.
Le coté a est réservé à Isis, qui protège les pieds de la momie '^'; la traverse a' nomme la déesse (61006, 6 1 o 1 1-6 1 o 1 3 , 6 1 0 1 9); le panneau jS' la représente (61 002 , 61006, 61 006, 6 1008, 61009, 61011, 61 0 1 3, 61016, 61019, 61028, 6io3i, 61037). et s'accompagne d'un texte liturgique (p. 66, 80, 96, 101, 10 3, 12 3, 161, ibô, 162, 180, 228, 3o3).
Les cotés 3 cl â sont le plus souvent décorés de naos habités par des dieux momiformes, qui sont les quatre enfants d'IIorus, ou des dieux osiriens tels que Horus, Anubis, Geb, etc. Ils assurent la garde du défunt au côté 3 , panneau B (61001-61011, 61016-61019, 61021, 61032, 61026, 61026, 61027, 6io3i, 6io35-6i 037), et au côté 6, panneau B' ('11 001-61006, 61006, 61008, 61009, '' 1 0 1 1 5 61013-61019, 61021, 61022, 61026, 61027, 6io3i, 6io35-6io36, 6io38)''''. Des colonnes de formules spéciales ou de textes empruntés au Livre des Morts encadrent les naos.
'" Maspero, Guide. . . . i883 , p. 3i3 : «Sur les (|ualre montants sont percliés d'ordinaire des éperviers debout ou coucliés (]ui représentent les génies des points cardinaux char{;és de veiller à rinléijrité du cadavren.
'-' Les sarcophages de la XII° dynastie donnent fréqueinraenl la formule explicative : trNouit dit : Je l'ai amené (ou : Je t'ai donné) Neplilhys sous la têlc'n (Lacau, Sarcnphag-es , !>8o58, p. i5/i; 28083, p. i-ji, eic); d'où la formule tf Neplitliys sous ta tète 7T q ^J^-^ (a8o88, II, p. lo; 28090, II, p. 32).
l'I tfNouit dil : Je l'ai amené (ou : Je t'ai donné) Isis sous tes piedsn (Lacau, Sarroylmges , ibidem); d'où la formule "Isis sous les pieds i DCC-^^ (/6i(/.,II, p. 10, 3'>). — Mêmes places [)our Nephihys et Isis sur les sarcophages de la XVllI' dynastie (Tu. Davis, The Tomb oj llàlshojtsilu, p. ()i, qB).
l*' Les quatre enfants d'IIorus et les autres dieux osiriens apparaissent déjà dans ce rôle aux Sarcophages antérieurs au Nouvel Empire (Lacau, op. cil., p. 8i, 85, 87, 89, 102, 117, i2 3, liG, 167, i(Jo, etc.). Les formules spéciales à chacun de ces dieux sont inscrites dès les sarcophages de la XVllI" dynastie (Dakessv, Cnrueils des cachelles roi/ales, p. fi , (i , 1 -J , etc.; Tu. Davis, Tlie Tumh oJ Udtshopsitu, p. 81-86; 9/1-9(1). Voir sur ces textes G. Eiseiis*, Ilohsarfj des Hatbasini (Abhandl. Sachsischen Ges. W., i88'i, III, p. ;f38 s(i([.).
Les traverses A et A sont réservées le plus souvent aux proscynèmes ou à des formules du Livre des Morts.
Vintéincur de la cuve, quand il est décoré, reçoit des textes du Livre des Morts ( A 1 0 0 1 -/j 1 G 0 6 , /i 1 o G 8-/i 1 0 1 1 , hioik, A 1 o 1 7 , A 1 o 2 ^i , '11097).
Le fond reçoit les chapitres du Liire des Morts qui protègent le cadavre contre les vers et les autres animaux cachés au sein de la terre (61 oo/i, hi 008-^1 1009, A 1028). Au n° /il 027 la déesse du ciel Nouit (pi. XL) est dessinée sur le fond, prête à recevoir dans ses hras le défunt ressuscité.
La cuve porte le plus souvent à sa partie inférieure (^traverses C et C, y et y)
un dessin en serehh TIT , ||||||{, qui rappelle les façades ou les fausses portes des anciennes tombes, et complète ridentificalion de la cuve au tombeau.
Ce résumé sufiira à démontrer que le sarcophage est habité par une série de divinités qui protègent le défunt osirien. D'où l'explication de ce fond jaune d'or, qui, dans la série moyenne, revêt le bois pour évoquer, sans doute, la et salle d'or^ du temple et du tombeau, c'est-à-dire le sanctuaire où habitent le dieu Osiris et ses pareils.
Cette décoration du sarcophage n'est point particulière aux monuments du type étudié ici. Les références données plus haut en notes prouvent que dès le Moyen Empire on retrouve les mêmes motifs; mais ni les monuments de la XIP ni ceux de la XVIII'' ou XIX" dynastie ne présentent un luxe de formules et une précision de détails comparables à ceux de périodes plus récentes. A ce point de vue, les sarcophages de l'époque bubastite à l'époque saïtc offrent un développement nouveau et intéressant de la conception ancienne.
On trouvera aux Indices l'énumération des Textes des Pyramides ou du Livre des Morts cités dans le présent volume et que j'ai pu identifier. Vu l'époque, c'est à la recension saite du Todtenhuch (éd. Lepsius) que je me suis référé. J'attire l'attention du lecteur sur le caractère très souvent incorrect, fautif, parfois inintelligible, que présentent bien des fragments du Livre des Morts reproduits ici. Je n'ai pu mettre des sic partout où le texte était suspect; il eût fallu multiplier tro[) souvent les signes d'avertissement. Je me suis efforcé de copier le plus fidèlement possible ces textes altérés, tels que je les lisais sur les originaux.
Un index spécial est réservé aux textes de quelque importance non identifiés avec les chapitres du Livre des Morts.
Au point (le vue historique, nos sarcopliages ollVenl un double intérêt : d'aboril les titres des fonctions importantes remplies par les titulaires; on en trouvera rénumération aux Indices; — puis les renseig^nements généalogiques. Les indications disséminées sur les sarcopliages et les cercueils permettent de reconstituer le tableau généalogique de deux grandes familles :
1° La famille des prophètes de Monlou de ïhèbes, dont le plus ancien est Merenkhonsou, ascendant à la sixième génération (rAnkhefenkhonsou, le proj)riétaire du premier de nos sarcopliages (/nooi); nous suivons la descendance de Merenkhonsou jus(|u'à Tosmoutperou ('i i o l 'i), dix générations après lui.
5)° La famille des ()ropliètes d'Ainoii, vizirs et gouverneurs de Thèbes, dont les plus connus sont Kliaàeiiihor et ses fils Nesmin et Nesphtah; ce dernier épousa Isitenkheb (-'iio36); il en eut un fils, le célèbre gouverneur du Sud Montouemhat, dont le rôle politique est connu et se fixe à des dates précises. En prenant comme [)iv()t l'année 67.), qui semble correspondre au milieu de la carrière de Montoueinhat, on peut évaluer approximativement la dale des générations q^ii le précèdent et qui le suivi'iit.
La famille Nesmin- Nesplitali s'allie à la famille d'Ankliefenklionsou par le mariage de Tabizat (/i 1 ooc)) avec Bisaàouenmout ('1 1007). ^-'^ repère fourni par Montouemhat peut donc servir aussi de point de départ j)Our un calcul approximatif des générations dans la famille d'Ankliefenkhonsou. Ce calcul approximatif, on le trouvera au tableau annexé. Il rejiose sur deux postulats : 1° jai attribué à chaque génération une valeur de ;i5 ans; 2° j'ai admis une marche concomitante des giMK'rations pour les diverses familles et leurs alliés. Ce tableau n'a donc qu'une valeur relative; mais si grande est la pénurie des documents datés pour la période présaïte, que, tel qu'il est, il ollre un certain intérêt chronologique. On verra que les renseignt'inents fournis par nos Sarcoplia/jes et les Cercueils, publiés par M. Gauthier, permettent de com|)léter et de rectifier l'utile tableau qu'avait dressé, d'après les notices de Lieblein, M. A. Baillet.
Le système admis, on constate que les plus anciens des sarcophages ('1 1 o 1 () , /iio35, 'iio36) tombent vers la fin de la XXIL dynastie buhastite, c'est-à-dire autour de 8->.")-8o() avant J.-C, et que le plus récent (/i 1 0 1 A) lombe vers Goo, c'est-à-dire au milieu du règne de Nechao II '''. Les sarcophages publiés ici
''' D'apri'S la clironolojjie de Hrkastkd, A lîhutni oj Kjjyfti , p. Goo-601.
s'étendent donc bien de l'rpoquc biihaslilc à (épo([uc saïlcA^'' : d'où le litre choisi pour le présent volume'-'.
En terminant, j'adresse mes remerciements bien sincères à M. Emile Brugsch pacha, dont les photojjraphies accompajjnent cette j)ublicalion, et à M. G. Daressy, dont l'aide m'a été précieuse |)our la recherche des fragments de sarcoj)hages dans les magasins du Musée.