ET LA
I M. c!>^HEBEl.
Cilriiian B*diSepl«mbM 1859, dt* ABBKlea 4e PIiIIm«»U« «hritlaMM* t. IX, p. 190 (*• tait).
PAMS.
CHÀLLAMEL AÎNÉ, UBRAIRE-ËDITEVR
\JùW4^
SKIAS MA «ElVBfiE.
Le mal est dans le monâe, et il n'y est pas comme une abstraction philosophiqne, puisque touttiomme, à tous les degrés de la société, el quelle que soit la perfection morale de son être, en subit les atteintes plus ou moins sensibles. Le mal est donc quelque chose de réel et qui tombe sous les sens comme le biea ; mais> comme il est le contraire du bien, il ne peut procéder de Dieu qui est le bien par excellence ; et, par conséquent, l'unité par essence. Puisqu'il ne procède pas de Dieu, il est donc postérieur au bien : il est donc inférieur à Dieu: sa réalité est donc une réalité d'existence et non d'essence, de temps et non d'éteraité : donc il a eu une origine.
L'origine du mal, nous ne la savons pas, ou du moins nous la savons par la foi seulement, aucun document historique ne nous en instruit en termes positif^. Mais, ce que nous savons pertinemment, parce que la droite raison gufUt pour le savoir, c'est que le mal a dû se trouver incorporé, dès son origine, dans une créature, dans une individualité par conséquent. Sans cela, il ne serait pas une ivbstanee réelle, ce qu'il est cependant, mais une pure rêverie, une substance imaginaire. Nous ne pouvons séparer Vindiviàuaiité du mal de l'origine du mal, parce ({ue tout ce qui a une origine a nieessairement ane existence individuelle; les deux choses se confondent dans une complète identité.
Les anciens Hébreux étaient, de tous les peuples de l'antiquité, les seulsquiavaientconservé la notion logique du mal, sans doute parce qu'ils étaient les seuls qui possédaient l'idée vraie de Dieu. C'est une preuve à priori qu'ils formaient l'élite de l'humanité, qu'ils étaient les descendants d'Adam, par pri-
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mogéniture de cbois. Ils persotmifiaiml le mal el ne lui reii' daient aiicute espèce de culte. La personnification du mal, chez les anciens Hébreux, était Azazel 'ttkw. Si ce terme esl formé par réduplication VfTrs de la racine non usitée "ro, mais qui a cours en aratw el signifie séparer, la conjecture émise avec tant de sagacité par Hengstenbet^ ' se trouve justifiée, et Asazel veut dire déserteur, è^netiviii. lï ne saurait y avoir de synonyme plus \rai et plus expressif de- Saïonp?, quÏTeutdireennemi^, que celui d'apostof. Que le mot Azoiel signifie réellement une personnalité, et une personnalité contraire à Dieu, c'est ce qui ressort atec évidence du chap. XVI du Lécitiqw et de la construction grammaticale du mot. On lit au v. 8 : a Un sort à Jétiovali rmb, et un sort à Azazel ^ntrsh; et au v. 26 : a Celui qui aura conduit le bouc à Azazel. » La personnalité du mal , le Démon, est donc nettement formulée; et, d'un aulre côté, le bouc qui était envoyé à Azazel dans le désert {t. 10, 21, 22], n'était pas une offrande qu'on lui faisait. Ce bouc était le symbole du péché nmai (v. 21), et le péché, reconnu et avoué comme mal (v. 21), ne peut faire et n'a jamais foit l'objet d'une offrande. Le renvoi du bouc au Démon était donc tout le coniraîre de ce qui constitue un culte; c'était un acte de renoncement au mal; on reniait Azazel en lui renvoyant ses œuvres. D'ailleurs on en agissait ainsi sur l'ordre de Jéhovab ; tout se passe devant Jehomh mrp •'Jth (v. 7, iO}, qui dirige les sorts ^, suivant les idées constantes de l'A.- T. Asazel reste dans l'isolement mi: (v. 221 et dans l'abjection. L'homme qui a conduit le bouc au désert, séjour symbolique du Démon, en contracte une souillure ; il faut qu'il se purifie avant de rentrer dans la sociélé de ses semblables (v.26).
On le voit; il y avait chez les anciens Hébreux, relativement au mal personnifié, tout un ordre de notions et de faits qui ne se présente avec le même caractère chez aucun autre peuple
■ v. Di« JhtcJUr Koie'i, p. lU eqq.
' Slle mot Salon ne se trouTe pu dans le PenUtouqne, unnine appellaU^ avec l'art, il, Il y est cependant comme nom commun. L'aoge de JéhOTOh m place dans le chemin de Balaam pour lui élre un lalon ]1Xn, c'est à-dire un eptpêehimmt ou obstacle {Nomb., sxn, 31).
SELON LA GENÈ8B. S
de l'antiquilé. Partout, excepté en Israël, on rendait un culte au Démon et on en faisait un Dieu, Cela est tellement connu, qu'il devient inutile de citer des exemples. Rappelons cependant, qu'Âhriman, chez les Iraniens, était même considéré comme créateur, et que le Zend-Avesta nous montre Ormouzd qui offre à son adversaire l'offrande par excellence, le koma. Quant à Tj/phon ou Set, le spiritus malus et improbus ' des Egyptiens, il était invoqué et recevait un culte comme le grand dieu, le seigneur du cieP. La magie, enfin, et la nécromancie, si répandues en Orient et en Occident, n'étaient autre chose,au fond, que des cultes consacrés au Démon.
Dans la religion mosaïque, rien de tout cela. Les Hébreux «levaient donc être en possession de traditions qui leur montraient le mal personnifié sous son vrai jour ; ils devaient donc avoir conservé dans l'histoire de leurs origines un document authentique sur la première manifestation du Démon à l'égard de l'homme, et comme il est bien certain qu'ils n'avaient pas d'autre document à ce sujet que celui que nous avons dans la Cenèse, nous pouvons affirmer à priori que le récit de la chute de l'homme, où apparut le mal personnifié dans le Serpent, est de vérité historique. Si ce récit n'était pas de vérité historique, on ne comprendrait pas que les Hébreux n'eussent pas adoré le Démon tout comme les autres peuples. Pour ne pas adorer la puissance du mal, il fallait de toute nécessité qu'ils le connussent à sa valeurvraie.
Mais ne nous arrêtons pas à de simples raisonnements sur ce sujet ; quelque logiques qu'ils soient, notre temps leur préfère l'évidence des faits. Examinons donc le document dfe la chute à la lumière de la critiqua pour voir s'ilporte en lui des motifs de crédibilité suffisants pour être accepté par la froide raison comme la relation authentique d'un événement historique, ou si, avec les rationalistes, il faut le prendre pour un apologue ou pour un mythe, et, avec les philosophes, pour une allégorie.
Ce qui frappe à première vue dans le récit de la chute, c'est qu'il commence au beau milieu de l'événement, m médias res,
> V. PlDt., d« Iiide et Otiride, p. 36a-31&.
' V. Lep^u9, ^ervfX' Gœtttrkreû, p. ÎOOet Joum. Ànat. allem., n, !09.
byGoCM^lC ;
• SATAn ET LA CaDTB DE L^OHKI
de sorte qull suppose beaucoup de choses connues au leclear.
• Le Serpent était plus rusé que tous les animaui des champs » que JëboTa-Ehlohim avait faits ; et il dit à la femme : bilobim » a-t-îl vraimeatdit: Ne mangez d'aucun arbre de ce jardiaî» Evidemment nous avons ici la continuation de l'action et non le commencement. Le fait était donc tellement de notoriété publique» que l'auteur, pour être intelligible, pouvait se dispenser de prendre la chose ab ovo; il lut suffisait d'en consigner dans son livre la partie seulement qui précipite le dénouement. Qui était le serpent T Comment se faiUil qu'il parle? Comment eut lieu !u rencontre du serpent et de la femmel Ces questions et beaucoup d'autres, l'auteur ne se doute pas qu'on puisse les lui adresser; et cette parfaite sécurité dans une matière qui paraît à nos critiques hérissée de difficultés, puis, le procédé d'eiposition qui en est la suite, sont certes des arguments d'une grande force en faveur de l'authenticité historique du fait relaté. Si on avait inventé ce fait, la supercherie se serait trahie par un côté quelconque, et depuis le temps que le microscope de la critique est braqué sur ce document, on aurait vu déjà le côté par où il cloche.
Concédons cependant que cet argument, tout solide qu'il est, mais parce qu'il est extrinsèque surtout, ne saurait emporter la conviction entière du caractère historique de la relation. Cett* conviction, nous le reconnaissons, doit principalement ressortir de l'eiamen du récit pris en lui^nême. Faisons donc cet examen.
«Le serpent, vrun', ainsi commence notre document, était » plus rusé que tous les animaux des champs. » Cependant, il est de &it que le serpent n'est pas le plus rusé des animaux; on peut même dire, sans crainte de se trompa, qu'il ne peut être question de ruse avec le serpent. Aucun naturaliste n'a dit que le serpent a la qualité de la ruse. Or, si nous avions iciun apologue, un mythe, une allégorie, l'auteur n'aurait certes pas commencé par se mettre en contradiction ouverte avec la nature. L'apologue, le mythe et l'allégorie respectent k donnée fondamentale du caractère des êUes qu'ils
■ Cf. le Haga sonecTlt et le culte antique uitérieiir as védtniK, dont le Serpent ilait l'objet dow l^Inde.
SELON LA GKMifeEB. 7
taetleot en jen; ils ne \ont pas attribuer la douceur à un loup, ni la Eérocilé à an agneau. II est donc évident que, si l'autuur attribue la ruseauBerpenI, qui ne la possède pas de sa nature, c'est qu'il veut parler d'un Serpent particulier.
Toutefois, il doit y avoir un rapport quelconque entre ce Serpent particulier et te serpent naturel. S'il n'y avait aucune espèce de rapport, on ne concevrait pas qu'il fût question de serpent. Cette observation est juste et le telle y répond d'une manière très-satisEaisante par le double sens du mol OTi AAouM, qui veut dire rwé t=enir et nu tiret. Il n'est pas besoin de remarquer qoe dans cette dernière acception, l'épilhète nra s'applique à merveille à l'animal dont le corps a la forme ta plus simple et qu'on voit tout d'une pièce. Maintenant aussi OD comprend pourquoi, de tous les animaux, c'est le serpent que le document désigne. Si le serpent est le plus nu des animaux, it offre à ta rute un instrument dont on se défie le moins, l'iustrumçnt le mieux approprié, par conséquent, à des desseins trompeurs.
C'est ainsi, qu'avec une âne simplicité, le document nous avertit dès t'alwrd qu'il va parler d'un être surnaturel, et la suite nous montre incootlDent que cet être incorporé dans le serpent, son antipode en quelque sorte, est \'adver$aire de Dieu, c'est-à-dire Satan. En effet, la première parole que te Serpent adresse à la femme lui insinue de douter de l'ordre de Dieu et de Dieu même : « Elohim a-t-il vraiment dit tew '3 «jK crrhtt 9 liemarquez (]ue le tentateur ne dit pas Jehovak, mais Elohim. C'est cependant Ëlobim, en sa qualité de Jehovah, la personnalité définie de l'Ëternel, qui avait donné le commandement (il, 16, 17). Le tentateur, en n'employant pas ce nom, insinue donc dans l'âme de la femme le doute du Dieu vivant et personnel j le nom de Jehovah aurait pu d'ailleurs frapper vivement l'esprit de la femme, et la faire efficacement ressouvenir de l'ordre que Jehovak lui avait donné. L'adversaire emploie donc le nom général de Dieu, comme qui dirait la Divinité : Élolùm. Vais, a a-t-il vraiinent t]K dit : Ne mangez > d'aucun arbre de ce jardin ?q Après avoir effacé dans la femme le souvenir du Dieu personnel, il lui suggère l'incertitude du commandement divin. Et la femme, dont la vigilance
8 SATAN ET LA CBUTB DE L BOHHB
était tenue en échec par ces paroles, se laisse aller aux inspîratioDS du teatateur : à VElr^im du Serpent elle oublie de réfwndre par Jehotak, et du même coup elle falsifie la parole de Uieu. Jehovah avait dit à l'homme, en lui faisant défense de manger de l'arbre de la connaissance du bien et du mal : « Dès que tu en mangeras, lu mourra» riIDn.D Comment la femme répète-t-elle au tentateur celte parole positive? Dans le mode dubitatif, s Elohim a dif : n'en mangez pas... de peur » que voturte mmrriez'^!^rrfç (m, 3).»
Ici, nous eniendons la critique adversaire nous interrompre pour nous dire : Comment ne voyez-vous pas que c'est une foblel Puisque, pour la femme du moins, ce Serpent était purement et simiilement un serpent, comment pouvait-elle croire qu'un serpent pût lui parler et lui parlât T Elle ne pouvait donc lui répondre. C'est une pure Sclion.
Ces objections qu'on croit victorieuses, prouvent seulement que ceux qui les font ont la parole plus prompte que la pensée; ils n'ont certes pas médité le récit de l'écrivain sacré. Certainement non, un serpent ne peut pas parler, jamais un serpent n'a parlé et ne parlera, et ta femme en savait là-dessus aussi long que nos rationalistes les plus bavants. En effet, il est expressément dit, dans un passî^e du teste qui précède celui qui nous occupe, « que tous les aai- » maux des champs, etc., venaient vers l'homme { u, 19 ); » l'homme les connaissait par conséquent, et savait qu'aucun d'eux n'avait le don de la parole. Cela posé, il faut bien convenir d'une chose : c'est que la question de savoir si la femme crut ou ne crut pas qu'un serpent pût parler, n'a rien à faire ici. ïl résulte tout d'abord de notre document, que la femme, en ce moment-là, était sous l'obsession de deux puissances, d'une puissance trés-rusér, et d'une autre puissance que le rusé sut puissamment exciter: l'orgueil. L'obsession de celle-ci avait précédé l'autre, ce que démontre assez la parole du tentateur.
Ainsi quoique le Serpent fût bien réellement pour la femme un serpent naturel, il n'y a rien d'étonnant à ce que la femme lui réponde; il y a là un phénomène psychologique dont les analogues n'ont été rares dans aucun temps : c'est ce qu'on