‹ SatanstoéChapitre 153 sur 194 · PASTORALE EIV TROIS ACTES · texte numérisé non relu

PASTORALE EIV TROIS ACTES

HEPRÉSENTÉE POOR-Li PtlEMtÈRE FOIS- A TRIANON, LK MARDI 1T DÉCEMBRE 1697.

LE POtKE DE ■. DE LA HOTTi:. LA KCIIQUE DE B. DESTOUCBE*.

II y avait long-temps qu'on ne représentait plus à la cour d'opéras nouveaux, lorsque le mariage de M. le duc cl de Mme la duchcsso. "de Bourgogne y lit augmeuler les divcrlisscmciis, qui, cette année, furent des plus magnifiques. Outre l'opéra d'/.ssif, composé exprès pour cette il'cte (1 ) on y exécutacncore les tragédies de RotandeiA'Ar- 'viide. cl le nouveau ballet de l'Europe galante. Lssé futensuite jouée à Paris, et reçut les mêmes applaudissemens. La cour et la ville réunirent leurs suffrages et rendirent également justice à la délicatesse du poète et à la beauté de la musique.

(t) On jouera celte annc'e, dit le Mercure historique ( décembre IG97, p. 146), lo ballet des Amours d'A][iûllon, que l'on nomfiio Y Opéra du Mariaije.

Les deux jeunes auteurs de cet ouvrjige semblent s'y disputer à qui entrcraavec plus de vivacité dans une carrière qu'ils ont remplie depuis avec beaucoupd'éclat. L'auteur du poème, qu on croit antérieur à celui de l'Europe galante, n'y dément pas le nom de leune Homère, qu'il se d.onue dans son épïlre dédicatoire, où il choisit M. le duc de Bourgogne pour son Achille. La gloire qu'il s'est acquise depuis a justifié son ambition naissante. On remarque que, dans lssé, son slyle n'est pas tout-à-fait aussi correct qu'il l'a été dans beaucoup d'autres ouvrages qui lui ont assuré l'immortalité qu'ilseproposait pourprix de ses travaux. Et le musicien tait voir dans cette pastorale qu'on peut, dès le premier pas, faire douter si l'on pourra se surpasser dans la suite; son géuie et son goût s'y décloient tout entiers; ricu de plus naturel que son chant,

BIBLTOTllEQUF CHOISIE.

de plus vif que ses peintures, et surtout rien de plus flatteur que son récitatif (1).

Le prologue est des plus beaux, tant de la part du musicien que du poète, qui a su, sous une ingénieuse allégorie, rassembler d'une manière nouvelle et délicate, les louanges du feu roi, qui venait alors d'accorder la paix h. l'Europe, et celles des deux augtistes époux, pour qui ce ballet fut composé.

La scène où Issé craint de faire paraître son amour à Philemon, et veut fuir sa présence , est très intéressante et bien dialoguée; les plaintes d'Hylas, et son dialogue avec Issé, font également honneur aux deux auteurs. Mais l'un des plus grands morceaux du théâtre lyrique, est l'invocation de Dodone; c'est là que le poète et le musicien se sont également surpasses, et l'on ne peut rien imaginer de plus beau. La catastrophe est heureuse, le divertissement bien amené , et cette charmante pastorale est terminée par un chœur des plus brillans.

On aurait souhaité qu'une action si intéressante n'eût pas été coupée par un épisode plein d'agrément, mais dont on aurait pu se passer. On peut présumer que le poète s'est défié de lui-mcme lorsqu'il a employé ce galant horsd'ceuvre. On croit même que s'il avait d'abord mis sa pastorale en cinq actes, il l'aurait traitée plus sérieusement, et n'aurait pas semblé rappeler une forme de poème lyrique, que Quinault avait abandonnée, après son troisième opéra.

comme n'étant pas dans le goiit du théâtre français (1).

ANDRÉ CARDINAL DESTOICUES.

Entré fort jeune au service, il fut quelque temps mousquetaire du roi dans la seconde compagnie, en 1712. Sa Majesté lui donna la place d'inspecteur-général de toute la régie de l'Académie royale de Musique, qu'il remplit avec l'approbation du puBlic jusqu'en 1721 . En 1728, M. deFrancine, directeur de cette Académie, ayant demandéà se retirer, M. Destouches, depuis plusieurs années surintendant de la musique du roi, lui succéda à cet emploi . En 1730, la direction del'Opéra changeantdc forme, M. Destouches se retira avec une pension de quatre mille livres que le roi lui accorda en faveur des services qu'il y avait rendus avec distinction. Actuellement vivant. Il a composé la musique des opéras suivans :

1697. Issé, pastorale en trois actes.

1699. Amaaisde Grèce, tragédie.

1699. Martkésie, tragédie.

1701. Om/)Aa?e, tragédie.

1703. Le Carnaval et la Folie, ballet.

1708. Issé, pastorale, remise en cinq actes.

1712. Calliroé, tragédie.

1714. Télémaque, tragédie.

1718. Sémiramis, tragédie.

172o. Les Elémens, ballet.

1726. Les Stratagèmes de l'amour, ballet.

( 4 ) Je ne puis m'empêcher ici de dire l'histoire de M. Destouches, jeune, occupé des exercices, ou si vous voulez, des plaisirs d'un mousquetaire, sachant à peine les élémens de la musique ; M. Destouches est saisi de la fureur de faire des opéras : il ne fait qu'écouter un génie qui lui parle, et qui l'échauffé on secret, il produit des airs, des symphonies qu'il ne saurait noter, il les chante comme la nature les lui a dictés. 11 faut qu'un autre les note sous lui, et pendant qu'il apprend les règles de la composition, il compose par" avance en maître; il fait /ss^, un des plus aimables opéras qui aient paru depuis Lully.

(1) Cet opéra fut parfaitement exécuté dans sa nouveauté ; Du Mény joua le rôle d'Apollon, Thevenard et Dun, ceux d'Hilas et de l'an ; celui d'Issé fat rempli par Mlle Rochois , et ensuite par Mlle Desm&tins ; Mile Moreau joua Doris , et Hardouin le ministre de Dodone.

Dans le prologue, les rôles de la première Hespéride, d'Hercule et de Jupiter, furent exécutés par Mlle Desmâtins , Hardouin et Thevenard ; le ballet filun grand plaisir. Mlles Subligny , Fréville et Dufort s'y distinguèrent aussi bien que Pécourt, Balon, Blondy et les deux Dumoulin.

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