PSYCHE
TRAGÉDIE
REniÉSENTÉE POUB LA PREMIÈRE FOIS A PARIS, LB 19 AVRIL 1678.
tes PAROLE! DE B. CORnCItLB JSORB. HOSIQUC OU ■. LVltT.
M. Corneille ayant entrepris de composer pour l'Académie royale de musique, et se voyant pressé de donner un poème à M. Lully, s'arrêta à celui de Psyché. « Ce sujet avait été mis en comédie pour le roi, avec des intermèdes si remplis et si superbes , pour tout ce qui regardait les orncmens, que la trance n'a rien vu de plus beau que ce spectacle, qui avait cté donné dans la salle des machines, qui se voit dans le palais des Tuileries. Les comédiens voulurent donner celte pièce au public en y laissant les intermèdes et sans que le corps de la pièce fût rais en opéra. Mais la difficulté parut grande h, tous les auteurs, car la pièce qui avait été jouée avait autant de vers que les tragédies ordinaires, et il n'en fallait pas le quart pour être chantée, et que cependant tout le sujet y entrât. C'est de quoi M. de Corneille vint à bout, et sut le réduire en
qu 11 avait trouves aans la pièce de dix-huit cents. Ce qui surprit tous les auditeurs et lui attira beaucoup de louanges.
Cet opéra, qui, celte année, fit l'ouverture du théâtre, fut honoré d'une nombreuse assemblée. Plusieurs choses concouraient à exciter la curiosité. Un nouveau poète travaillait dans le genre lyrique à la place de Quinault : Les amis, les partisans de l'un et de l'autre répandaient de tous côtés des bruits très contraires. Ceux de Corneille, voulant prévenir la critique, avançaient que le poème et la musique avaient été composés en trois semaines (1) de sorte que le public, voulant juger par lui-même de la capacité du poète, et si ses vers avaient autant flatté le
[\) Psyché a été représentée par l'Académie royale de Musique : cIIg a la même destinée que tout ce qu'on a vu de ce £;enre. On y court en foule et le merveilleux talent de M. Lully no paraît pas moins dans cet opéra que dans tous ceux qno vousadmirez de lui. Co qu'il y a do surprenant, c'est que les vers ont été faits et mis en musique en trois semaines. Cependant la musique, ni les vers n'ont rien qui donne lieu de s'apercevoir de celte précipitation de travail, et la beauté de la symphonie et des airs qui entrent d.ns cet ouvrage, fait connaître plus que jamais rue M. Lully ne peut rien produire que de parfait.
génie du musicien que ceux de Quinault, courut en foule il ce spectacle. Cet empressement se ralentit beaucoup dans la suite. Les beautés de la musique ne purent empêcher qu'on ne souhaitât un autre opéra. Pour satisfaire le public, Lully remit au mois (l'août Atrjs, qui avait été joué à la cour le carnaval précédent, et pressa tant qu il put celui de Bellérophon. Mais étant tombé maade sur la fin de cette année, il en recula la première représentation à la fin de janvier suivant.
Psyché a été remis au théâtre en 1703 et en 1713 avec peu de succès; on ne doit pas s'en étonner : le fond n'en est pas heureux, et Vénus qui fait la diablesse achève de gâter le peu de galanterie qui règne dans ce poème.