ÉROSTRATE POT-DE-VIN — CÉSAR BORGIA
Sous le masque antique à'Êrostrate , l'auteur a tâché de peindre une maladie commune de nos jours, la soif de la célébrité, la médiocrité ambitieuse allant à la renommée par le crime, la réclame en un mot dans sa plus grande audace.
Avec le personnage idéal de Pot-de-vin , dont le nom signifie par analogie tout argent donné secrètement aux hommes puissants pour en obtenir des honneurs ou des places, il a attaqué cet esprit de corruption qui, né d'un trop vif amour de la paix, lui sembla altérer un moment les qualités brillantes et généreuses de la France.
Enfin la figure historique de César Borgia lui a servi à caractériser l'art du guet-apens politique poussé à sa plus violente expression , art dont l'Italie du xvi'' siècle a donné de si tristes leçons à l'Europe.
Les deux premières satires sont écrites en vers rimes de diverses mesures. La troisième l'est en vers blancs, c'est-à-dire en vers sans rimes; c'est une tentative renouvelée de Voltaire et de plusieurs autres poètes distingués
des temps modernes. Avant eux, Molière avait, dit-ort, pensé à introduire cette sorte de vers dans la comédie. Son Avare est rempli de vers blancs de huit, dix et douze syllabes. Il n'est peut-être pas impossible de donner de l'harmonie à ce mètre en maintenant une césure bien marquée au milieu de chaque vers et, à la fin, un rigoureux croisement de désinances masculines et féminines.
Voilà ce que l'auteur a tenté pour la première fois; au lecteur à décider s'il a réussi.
EROSTRATE