‹ Satires (volume 2)Chapitre 16 sur 58 · C'ÉTAIT UN HONNÊTE HOMME · texte numérisé non relu

C'ÉTAIT UN HONNÊTE HOMME

Ainsi plus d'un le loue.

Qui doit en écrivant avoir chaud à la joue.

Oui, Planche aurait pu mordre au pâté Montyon. S'il s'agit du talent, c'est autre question.

Souvent dans le brouillard et jamais dans la nue.

Terre à terre il filait sa phrase malvenue ;

il était rediseur, incorrect, sans esprit.

La critique, qui doit planer sur un écrit.

N'en prenait avec lui que les côtés infimes,

Rôdait, soufflait, rongeait, demeurait loin des cimes.

Il ne critiquait point, il faisait du dégât.

Romantique au début, mais loyal renégat,

Il se vira d'un coup, et porta sa pensée

Au sein du camp classique. Elle y resta glacée.

Scythe parmi les Grecs et Grec chez les chrétiens,

La justesse partout manque en ses entretiens,

La ver\e plus encor, plus cncor l'élégance.

Le frivole Paris, vassal de l'arrogance,

Admira ce dire âpre et le prit pour savant.

Paris croit ce qu'on veut lui répéter souvent;

On y devient docteur avec trois barbarismes.

Quand Plancheeutfaitvingtansses rugueux catéchismes.

Cuvillier et Janin pâlirent aux Débats;

Devant Planche prophète on s'inclina très-bas,

Et, s'il l'avait voulu, dans l'orgueil de sa mise.

Le premier aux Quarante i! entrait sans chemise.

Il meurt. L'enthousiasme aussitôt monte à flots,

Et tout Paris pour Planche a les yeux de Buloz,

Et cela dure encore au bout d'une semaine.

Ma plume en protestant va paraître inhumaine ;

.l'y consens. Que Paris blâme mes cruautés :

Planche n'est qu'un pédant et des plus mal frottés ;

Un ouvrier jaloux qui, dans son humeur triste,

Déjà mince au métier prétend régir l'artiste.

Sous l'œil du bon Buloz (jui tenait l'aiguillon,

On l'a vu comme un bœuf mener loin son sillon ;

Il a déraciné quelques plantes sauvages,

11 a dans les cailloux fait de petits ravages,

11 a des oisillons parfois couvert le bruit.

Et peut-cire coupé quelques arbres à fruit;

Aîni-; ni bouvier ni bœuf dans ce sillon immense.

— En longueur — n'ont poiie l'ongiais ou la semence. Ils ont creusé, c'est tout. Aucun amendement Ne suivra leur tiavail fait assez proprement.

El qui sait si, foulant et chardon et kuande. Us ont seulement vu qu'ils labouraient la lande 1

LES PONSAPtDINS

ii'HoMÈRE de Ponsard est un Ponsard de race, L'Horace de Ponsard peint Ponsard plus qu'Horace, Ponsard teint en Corneille est Ponsard sous ce fard. Bref, Ponsard ne fait rien qui ne soit du Ponsard. Ce qui m'étonne, il n'est pas seul ! En quatre lustres, Le public a sacré ponsardisants illustres Saint-Ybars et Ponroy; tous deux fort gens de bien, Ayant un certain fond, quelque sens, du maintien, Mais tragiques pourtant. Chacun, à la sourdine, A fait son Torqnatus en façon ponsardine ; Ouvrages réguliers, cinq actes au compas. S'en assure qui veut, l'on ne m'y verra pas! Ce sont de ces objets qne Pongerville estime ; Ils font peui' même aux gens qui supportent la rime.

Pongerville, de qui personne na lu rien. Est, dit-on, le Ponsard antô-diluvicn.

Dans un autre filon, Augier, Ponsard comique. Obtint pour la vertu la prime académique. Augier sur le théâtre amuse posément, Mais on a n beaucoup à ce couronnement.

Oserai-je en ce lieu nommer Mignet? Je l'ose!

Il m'a toujours paru le Ponsard de la prose.

Je hasarde le mot en tremblant, mais je croi

Que la postérité pensera comme moi.

Quand ce docteur parut, on dit : C'est un albâtre,

Froid et beau. Puis : Un stuc. Puis, au toucher : Du plâtre !

Je tremble assez aussi pour le destin de Thiers : 11 sera le phénix des Ponsards familiers. Le succès après lui s'obstine et le décore ; Ainsi fleurit Maimbourg.

— Feuillet, Ponsard encore !

(Immense est la famille; on n'en voit pas la fin.) J'accorde vqjûntiers que c'est un Ponsard fin. Tel il est à Musset comme est l'autre à Corneille, Et comme est au franc vin le franc jus de groseille. En ce jus infusant par de subtils travaux Différents alcools ou mondains ou dévots,

0 miracle de l'arl! modércmenl il grise

Cathau pour la vertu, pour le crime Arlémise...

Artémise est, je crois, plus prise que Cathau !

Et c'est pourquoi ce maître a monté le coteau.

L'autre jour les Quarante, écartant vingt cabales,

L'ont couronné, malgré ses tendances morales.

Les Quarante ont bien fait. Où donc eût-on péché

Morale plus jolie et style plus léché?

J'applaudis de grand coeur : le choix est littéraire.

Feuillet, cher à la cour, aimé de son libraire,

Estimé dans Saint-Lô, peut, en sérénité,

Porter l'habit de gloire et l'épée au côté.

Sur les bancs oii trôna Tissot, oii Du pin trône,

A coup sûr il t'ait plus que briller, il rayonne.

Mais qu'enfin mon suilYage aux autres soit uni,

Que me restera-t-il jjour la Riccoboni?

Que pourrai-je trouver de louanges sincères

Pour cet art délicat si goûté de nos pères.

Pour tous ces vieux auteurs de tant de beaux roman;

La Fayette, Prévost, le Sage, esprits charmanis.

Qui sans prétention, causant à verve pleine.

Ont en si fin français conté la vie humaine?

ANACIIKON

Ijnxork des airs [ml|>iianls'

T'v prendra-t-o!i toujours. \ iciix i)ias(|u(''?

Quand finira ce faux printemps?

N'as-tu pas honte, à soixante ans.

Du thyrse et du tambour (]o basque''

Ces propos d'aimahlc vauri(Mi.

Ces poses d'amoureux farouolie, Pour un barbon le beau maintien!

Comme la bouche en cœur va bien. Quand les dents manquent à la bouche!

Tu vas fredonner aux falots.

Déjà gêné par le catarrhe, Tes vers équipés en lu'i'ilols :

Mais tu pèses bien cent kilos.

Outre le poids de ta guitare!

Quitte un métier dont les effets Rempliront mal ton espérance.

En amour, malheur aux profès!

Les novices y sont mieux faits ; Même en chansons tu sens le rance.

De ton savant psaltérion,

Les grâces enfin sont postiches;

Le moindre petit Arion

Te soufflera ta Marion

En lui rimant des acrostiches.

Tu fus jadis beau capitan

Et tes poulets faisaient blessure :

Mais où sont les neiges d'antan!

Cidalise te dit : « Va-t'en

« Au fossoyeur donner mesure. »

Anacréon ou Trissotin, Je t'en conjure par ton ventre Et par ta moustache faux-teint :

Laisse là Chimène et Câlin !

Tes enfants sont nubiles; rentre,

Rentre on toi-même, cœur geignant Où l'amour illégal fourmille!

Car le spectacle est répugnant De voir Cupidon étrcignant Silène père de famille.

UALLADE

JlIavix et l'k'e el l'ollclini.

Font un trio bien éclatant:

Ce sont des tètes en lumière.

11 faut avouer cependant Que plusieurs préfèrent Jouidaii Moi. j'aime mieux La BiVlollière.

Que! e.'l le uieilleur ('crivain :

Pelletan. Ph-e. ou bien Ha^il^?

Chacun excelle à sa manière.

Si l'excellence de Jourdan Paraît d'un grain plus impiideiii.

Moi, j'aime mieux T,3 Hc'doUiorr.

Pk'C, Ilavin, Polletan anrdiil Toujonr;^ co qu'il fauflra do front Pour étonner la terre entière; Jourdan ne s'en tire pas mal :

Mais pour le sopliisme animal, Moi, j'aime mieux La Bédollièro.

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