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Et le torrent, mêlé d'anciens glaçons lyriques,
Trouble, terreux, rouler aussi de bons dystiques,
Des vers vraiment français, lestes, démuselés...
Ils ne sont pas bénins, les lyriques sifilés!
Depuis un an ou deux, sans épuiser son ire,
Paul fait un martinet dos cordes de sa lyre,
Et, daubant son sifflcur sur les reins, sur les dents
L'a déjà tout zébré d'alexandrins stridents.
Je n'y vois point de mal, ni personne, je pense :
Tout honnête sifïleur braverait cette chance,
Et voudrait voir sortir, dût-il être raillé,
Un Juvénal vivant d'un Virgile empaillé.
Le nôtre a ses défauts. Je hais ses paraboles, ,
Fades ragoûts, malgré le poivre d'hyperboles!
Il va par trois cents vers et par cinq cents : c'est trop;
Son bidet jusqu'au bout ne soutient pas le trot.
On peut, sans demander que toujours il galope,
Réclamer lorsqu'il traîne, et siffler lorsqu'il choppe.
En français, la satire a des droits étendus ,
On lui passe des mots gaillards et défendus :
Elle chafse; elle court à travers rocs et vases,
On la veut alléger du poids des périphrases.
C'est juste. Mais aussi, point d'endroits languissants!
Que tout soit lumineux, rapide, et de bon sens;
Que je n'entende pas dans l'œuvre satirique
Le fastueux /rou-/^ruw. du falbalas lyrique.
Ni rien de ce pliélms jadis pi prodiiiiié!
J'aimerais bien encor quelquefois qu'on fût gai.
Notre homme ne l'est point, tant s'en faut! Et le pire.
Il a l'ambition parfois du mot pour rire.
Son rire, où toujours grince un reste de fureur,
Convulsif ou pesant, n'est pas même moqueur.
Je l'exhorte à veiller sur ce travers de marque!
La satire n'a point le tranchet de la Parque,
Ni le bonnet sifflant de serpents furieux
Que porte Tisiphone en guise de clieveux.
Je me la peins, pour moi, sous les traits d'une ienuue De trente à quarante ans, avec un œil de flamme. Un corps robuste et sain, des cheveux abondants, Le pied leste, la main fine, et toutes ses dents; Correcte en ses habits comme en ses mœurs, peignée, Mais non point ficelée, encor moins renfrognée, Plutôt de belle humeur en ses fermes propos. Volontiers gens do bien ont la bile en repos : Ils veulent châtier le sot et l'incapable. Non l'étrangler : le sot n'est pas toujours c(>u[)alile! Et la satire cache aux plis de ses jupons Le fouet ([ui ne sert que contre les fripons