‹ Satires (volume 2)Chapitre 30 sur 58 · FLORE ET VÉNUS · texte numérisé non relu

FLORE ET VÉNUS

IViÉDis à pleines voix de ma plate jachère, Siflle son printemps sec et déjà tout roussi : Tu n'em.pècheras pas que je me plaise ici; Avec ses mille horreurs, cette lande m'est chère.

Cousin y trouverait Gnide un peu rétréci. Flore porte sabots, c'est vrai ; Vénus, vachère, Respecte fort Vulcain et n'est point à l'enchère : Pour l'œil dont je regarde, elles sont bien ainsi.

Toutes deux, en atours d'indiennes fanées, S'en vont dès le matin suer dans le sillon ; Mais lorsque vient le soir de ces dures journées,

Ma Flore et ma Vénus, au loyal vermillon. Vous ont un air d'honneur qui passe d'un million L'incarnat, les bijoux et l'odeur des Phrynées

FxVTIGUE

J'ÉPROUVAIS au commencement Un appétit fort peu modeste :

Je voulais tout. Mais le temps preste Fuyait. J'ai dit dans mon tourment :

— La vie est à peine un moment!

A-(-elle donc le pied moins leste?

Je ne sais; mais certainement, Sur sa rapidité funeste J'ai bien changé de sentiment :

Je me trouve du temps de reste.

Le savoir vient aux moins pressés ; Partout du sphynx aux yeux glacés

On voit les lèvres dess^crrées ;

Sur les routes niexplorées

Les lieux conununs sont entassés.

Mes pas s'ai-rètent non lasses, Au pied dos cimes déflorées, Mes ardeurs sont désaltérées...

Qui m'eût dit cpie j'aurais assez De tant de choses désirées!

A UNE ÉPLORËE

Uachez vos pleurs, madame, et votre épaule, Si vous voulez — mais là, sincèrement — Que le bon Dieu calme votre tourment; Ne chantez plus la romance du Saule.

C'est la coutume aux dames de la Gaule

D'avoir le cœur en plein déchirement,

Et de rogner trop sur le vêlement :

Leur deuil n'est triste, hélas! que de son rôle.

Donc, il faudrait qu'un ange vînt des cieux Pour étancher les pleurs de vos beaux yeux, Et vous brillez un peu plus qu'une étoile...

Dame, Dieu fit les anges, s'il vous plaît. Pour admirer la beauté qui se voile Et consoler la douleur qui se tait.

Page 1