PAGE
Pour moi, quand je faisais de petits vers grecs, moi né en deçà de la mer Ionienne, Quirinus me le défendit, alors que m'apparaissant à minuit, heure où les songes ne mentent pas, il s'écria : « Ne porte point de bois à la forêt » (Horace, Hy. I, sat. 10.)
Parmi ceux qui condamnent l'usage de faire composer des vers latins aux écoliers, on peut citer le P. Papon, professeur de l'Oratoire (Essai d'éducat.) et Pluche [Spect. de la nature, t. VI), qui pensent qu'une petite lettre, dans leur propre longue, leur serait plus utile. Le grand Arkauld {Mémoire sur le règlement des études, vol. XLI), dit nettement : « C'est ordinairement du temps perdu que de leur donner des vers à composer. De soixante ou quatre-vingts écoliers, il peut y en avoir deux ou trois de qui on arrache quelque chose; le reste se morfond ou se tourmente pour ne faire rien qui vaille. » (A. Hoffmann1, les Vices de V éducation publique. — Barrois, 1832.)
On peut juger, par le fragment de dialogue entre Apollon et Horace, à propos des poètes latins les plus estimés du siècle de Louis XIV, quel était le sentiment de Boileau sur les vers que nous faisons dans la langue de Virgile. Ne suffirait-il pas de montrer des règles de la versification juste ce qu'il faut pour saisir les beautés de la poésie latine, grecque, et surtout française? Au reste, on ne s'occupe point de la versification française ni de celle des autres langues vivantes. Les anciens seuls ont le cruel privilège de torturer, des heures entières, la
1. M. A. Hoffmann est le frère du célèbre médecin de ce nom. Pendant plus de trente années les famiiles les plus distinguées lui ont confié leurs fils. Peu de jours avant sa mort, arrivée en mars J853, il m'a, pour ainsi dire, légué ses deux dernières leçons. Je regrette de n'avoir connu son livre qu'au moment démettre le mien sous presse; j'y aurais puisé d'utiles renseignements.
«o SATIRE V.
cervelle des pauvres écoliers qui s'escriment à faire huit ou dix vers dans une langue qu'ils ne savent point Ce fut pour économiser, le plus possible, le temps et la peine des écoliers de son époque, que mon père, entre autres ouvrages, composa sa Prosodie lutine, adoptée paiTUniversité impériale, fort estimée pour sa clarté et sa netteté (M. Qceiuhd, la France littéraire, t. XII, p. 229), et que M. Quicherat relate dans la préface de la sienne.
« Verres me dit que c'était scanda'eux d'avoir pris la parole dans un sénat grec, et que d'avoir parlé grec à des Grecs ne pouvait se tolérer1.» Cicéron n'était pas en faute dans cette circonstance simple particulier et non magistrat, il défendait les intérêts des Sicdiens. Car les magistrats, au rapport de Valère Maxime2, ne répondaient aux Grecs qu'en latin; on forçait même les Grecs à se servir d'interprètes, non-seulement à Rome, mais en Grèce et en Asie.
M. Anot de Maizières, professeur de rhétorique au collège de Versailles, dans son Cours gradué de narrations françaises, etc., s'exprime ainsi: «La séance s'ouvrit par la. périodique sottise d'un discours latin, écouté seulement de quelques vieux conseillers qui voudraient faire croire qu'ilsle comprennent.)) Arnauldde Port-Royal a donc raison de dire, quelques lignes avant le passage que je cite dans la note précédente : «On voit par expérience que la plupart (des écoliers) sortent des collèges sans entendre le latin. » Toutefois, M. Anot de Maizières peut citer avec orgueil un de ses élèves qui a connu le latin autant que nous autres modernes pouvons le connaître, Hippolyte Rigault, qui fut aussi mon camarade de classes, mais autre part qu'à Versailles3. Dans une notice