‹ Saül (volume 2)Chapitre 17 sur 58 · NOTICE SUR LAMARTINE. XIX · texte numérisé non relu

NOTICE SUR LAMARTINE. XIX

connus : or, Lamartine, le moins dramatique de tous les poètes, ne sait et ne peut parler qu'en son nom. C'est donc aux Harmonies qu'il faut venir, pour le voir se déployer tout à l'aise, sans mélange ni entourage, dans l'effusion de sa grande manière. Là, l'élégie, la scène circonscrite, la particularité individuelle, n'existent presque plus ; je n'entends qu'une voix générale qui chante pour toutes les âmes encore empreintes, à quelque degré, de christianisme. Cette voix chante les beautés et les dangers de la nuit, l'ivresse virginale du matin, l'oraison mélancolique des soirs ; elle devient la douce prière de l'enfant au réveil, l'invocation en chœur des orphelins, le gémissement plaintif des souvenirs en automne, quand les feuilles jonchent la terre, et qu'au penchant de la vie soi-même, on suit coup sur coup les convois des morts. Elle exhale enfin, elle exprime dans Novissima Verba ces quarts d'heure de navrante agonie, qui, comme une horrible tentation ou un avertissement salutaire, s'emparent souvent des plus nobles mortels au sommet de l'existence, et les inondent d'une sueur froide, rapetisses soudain et criant grâce, au sein des félicités et de la gloire I

Lamartine avait d'abord une nacelle; il l'abritait, il la ramenait au rivage; il en détachait l'anneau par oubli; il s'y balançait tout le jour, au gré de la vague amou-

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