SCÈNE III
S AULj se retournant et apercevant la Pytlionisse immobile au fend de la scène.
Est-ce toi qui, portant l'avenir dans ton sein, Viens au roi d'Israël annoncer son destin?
LA PYTHONISSE
C'est moi !
Qui donc es-tu?
LA PYTHONISiB.
La voix du Dieu suprême.
Tremble de me tromper !
LA PYTHONISSF.
Satil, tiemble toi-même.
Eli bien, qu'apportes-tu?
LA PYTIIONISSE.
Ton arrêt.
Parle
LA PYTHON I S SE, avec douleur.
0 ciell
Pourquoi m'as-tu choisie entre tout Israël? Seigneur, mon cœur est faible, et mon sexe est timide ; Choisis pour ton organe un sein plus intrépide. Pour annoncer au roi tes divines fureurs, Qui suis-je?
Tu frémis, et tu verses des pleurs !
Quoi, ministre du ciel, tu n'es plus qu'une femme ?
LA PYTHC/nISSE.
Détruis donc, ô mon Dieu ! la pitié dans mon àmel
Par ces lâches terreurs penses-tu m ébranler?
LA PYTHONISSE, avec etfort.
Mais ma bouche, ô mon Dieul se refuse à parler.
BAUL, avec colore.
Tes lenteurs, à la fin, lassent ma patience, Parle, si tu le peux, ou sors de ma présence I
LA PYTHONISSE
Que ne puis-je en sortant emporter avec moi Tout ce qu'ici je viens prophétiser sur toi I Mais un Dieu me retient, me pousse, me ramène ; Je ne résiste plus à sa main qui m'entraîne. Oui, je sens ta présence, ô Dieu persécuteur ! Et ta fureur divine a passé dans mon cœur.
Avec plus d'horroui-.
Mais quel rayon sanglant vient frapper ma paupière? Mon œil épouvanté cherche et fuit la lumière. Silence! — le Destin m'ouvre ses noirs secrets : Quel chaos de malheurs, de vertus, de forfaits ! Dans la confusion je les vois tous ensemble : Comment, comment saisir le fil qui les rassemble? Saùl! — Michol I — David ! — malheureux Jonathas ! Arrête, arrête, ô roi, ne m'interroge pas I
SAUL, tremblant.
Que dis-tu de David, de Jonathas? Achève !
LA PYTHONISSE, toujours inspirée.
Oui, l'ombre se dissipe, et le voile se lève. De ce que j'aperçois faut-il percer son cœur? — Vous le voulez, ô roi?
Dis tout !
A PYTHONISSE
Il est vainqueur !
Quel triomphe ! ô David ! que d'éclat t'environne ! Que vois-je sur ton front?
Achève !
LA PYTHONISSE
Une couronne
Perfide, que dis-tu ! David est couronné ?
LA PYTHONISSE
Hélas ! et tu péris, enfant infortuné !
Et pour pleurer ton sort, jeune et tendre victime,
Les palmiers de Cadès ont incliné leur cime.
Grâce, grâce, ô mon Dieu, détourne tes fureurs,
Saùl a bien assez de ses propres malheurs I
Mais la mort l'a frappé sans pitié pour ses charmes,
Hélas ! et David même en a versé des larmes...
Silence ! — c'est assez; j'en ai trop écouté.
LA PYTHONISSE, sans l'entendre.
Saùl, pour tes forfaits ton fils est rejeté; D'un prince condamné Dieu détourne sa face, D'un souffle de sa bouche il dissipe sa race ; Le sceptre est arraché...
SAUL, avec emportement.
Tais-toi, dis-je, tais-toi!
LA PYTHONISSE
Saùl, Saùl, écoute un Dieu plus fort que moi.
Le sceptre est arraché de tes mains sans défense.
Le sceptre chez David passe avec ta puissance,
Et ces biens par Dieu même à ta race promis,
Transportés à David, passeront à ses fils.
Que David est brillant! Que son triomphe est juste !
Qu'il sort de rejetons de cette tige auguste !
Que vois-je?Un Dieu lui-même 1 0 vierges du saint lieu,
Chantez, chantez David, David enfante un Dieu !
SAUL, avec plus de fureur.
Ton audace à la fin a comblé la mesure 1
Va, tout respire en toi la fourbe et l'imposture.
Dieu m'a promis le trône, et Dieu ne trompe pas.
LA PYTHONISSE
Dieu promet ses fureurs à des princes ingrats
Crois-tu qu'impunément ta bouche ici m'outrage?
LA PYTHONISSE
Crois-tu faire d'un Dieu varier le langage.
Sais-tu quel sort t'attend? sais-tu...?
LA PYTHOMSSE.
Ce que je sais C'est que ton propre bras va punir tes forfaits ! Et qu'avant que des cieux le flambeau se retire Un Dieu justifiera tout ce qu'un Dieu m'inspire. Adieu, malheureux père ! adieu, malheureux roi !
Elle veut s "éloigner, S.iiil [a retient. SAUL.
Non, non, perfide : reste ; écoute et réponds-moi ! C'est souffrir trop longtemps J'insolence et l'injure, Je veux convaincre ici ta bouche d'imposture. Si le ciel à tes yeux a su les révéler, Quels sont donc ces forfaits dont tu m'oses parler ?
LA PYTHONISSE
L'ombre les a couverts, l'ombre les couvre encore, Saùl, mais le ciel voit ce que la terre ignore. Ne tente pas le ciel !
Non, parle, si tu sais
LA PYTHONISSE
is !
L'ombre de Samuel te dira ces forfaits!...
SATJL.
Samuel ! Samuel ! Eh quoi! que veux-tu dire?
LA PYTHONISSE
Toi-même en traits de sang ne peux-tu pas le lire ?
Eh I >icn. qu'a de commun Samuel avec moi ?
LA PYTHONISSE
Qui plongea dans son sein le fer sanglant ?
Qui?
LA PYTHONISSE
Toi !
SAUL, hors de lui.
Monstre qu'a trop longtemps épargné ma clémence, Tu n'échapperas pas à ma juste vengeance.
Il lève sa lance et la poursuit.
Tiens ! va aire à ton Dieu, va dire à Samuel Comment Saùl punit ta perfidie...
Au moment où il va frapper, il voit l'ombre de Samuel; il laisse tomber le fer, et recule.
0 ciel!
Ciel ! que vois-je? c'est toi ! c'est ton ombre sanglante ! Quels regards ! — Son aspect me glace d'épouvante. Pardonne, ombre fatale, ah ! pardonne ! oui, c'est moi !
C'est moi qui t'ai porté tous ces coups que je voi ! Quoi! depuis si longtemps... quoi! ton sang coule encore? Viens-tu pour le venger? — Tiens !
Il découvre sa poitrine et la présente à Samuel.
Mais il s'évapore
La Pvth unisse sort pendant ces derniers mots.