NOTICE SUR LAMARTINE. V
passion partagée, dont il a éternisé le céleste objet sous le nom d'Elvire, semble l'avoir occupé tout entier à cette époque. Nous nous garderons de soulever le plus léger coin du voile étincelant et sacré dont brille de loin aux yeux cette mystérieuse figure. Nous nous bornerons à remarquer qu'Elvire n'a point fait avec son poète le voyage d'Italie, et que le lac célébré n'est autre que celui du Bourget. Toutes les scènes qui ont pour cadre l'Italie, principalement dans les secondes Méditations, ne se rapportent donc pas originairement à l'idée d'Elvire, à laquelle je les crois antérieures ' ; ou bien elles auront été combinées, transposées sur son souvenir par une fiction ordinaire aux poètes. La mort d'Elvire, une maladie mortelle de l'amant 2, son retour à Dieu, le sacrifice qu'il fait, durant sa maladie, de poésies anciennes et moins graves, quoique assurément avouables devant les hom-
1. Toutes ne sont pas antérieures. Je conjecture que 1 élégie intitulée Tristesse: Ramenez-moi, disnis-je, etc., etc., peut remonter jusqu'à 1813. Mais Isclùa, le Chant d'Amour, la première partie des Préludes comme aussi la dédicace de Ckitde-Harold, eurent pour objet d'inspiration la personne si rare qui est devenue la compagne des destinées de M. de Lamartine.
2. On lit vers le début du Voyage en Orient : « J'emmène avec » moi M. Amédée de Parseval; nous avons été liés dès notre plus » tendre jeunesse par une affection qu'aucune époque de notre vie n'a » trouvée en défaut. . . Quand j'étais, il y a quinze ans, à Paris, seul, » malade, ruiné, désespéré, mourant, il passait les nuits à veiller au- » près de ma lampe d'asonic. »