VIII NOTICE SUR LAMARTINE
A une distance plus rapprochée des premières Méditations, il pouvait sembler du moins que l'image d'Elvire dominait sa vie, qu'elle en était l'accident essentiel, la romanesque et poétique inspiration, et qu'à mesure qu'il s'éloignerait d'elle tout en lui pâlirait. Le public qui aime assez les belles choses, à condition qu'elles passeront vite, se l'était si fort imaginé ainsi, que, durant plusieurs années, à chaque nouvelle publication de Lamartine, c'était un murmure peu fiateur où l'étourderie entrait de concert avec l'envie et la bêtise : on avait l'air de vouloir dire que l'astre baissait. Mais en avançant encore davantage, en contemplant surtout ce dernier et incomparable développement des Harmonies, il a bien fallu se rendre à l'évidence. Le poète chez Lamartine était né avant Elvire et lui a survécu; le poète chez Lamartine n'était subordonné à rien, à personne, pas même à l'amant. D'autres sont plus amants que poètes : un amour particulier les inspire, les arrache de terre, les élève à la poésie ; cet amour mort en eux il convient qu'ils s'envelissent aussi et qu'ils se taisent. Lamartine, lui, était poète encore plus qu'amant : sa blessure d'amour une fois fermée, sa source vive de poésie a continué de jaillir par plus d'endroits de sa poitrine, et plus abondante. Il existait avant sa passion, il s'est retrouvé après, avec ses grandes facul-