SCENE
DAVID, seul, sans armes.
Il est nuit.
DAVID
Enfin je vous revois, lieux chers à ma mémoire !
Lieux autrefois remplis de bonheur et de s^loire,
O Palais des Guerriers ! ô Tentes ! où mon Roi
Du salut d'Israël se reposait sur moi.
Et vous, drapeaux sacrés! Et vous, armes brillantes,
Que Saûl confiait à ces mains triomphantes !
Après un si long tems d'exil et de malheurs,
Je vous vois, je vous touche, et vous baigne de pleurs!
Il embrasse les étendards et les trophées.
Invoquant de la nuit les ombres tutélaires, Je rentre en fugitif au milieu de mes frères ; Je rentre, et nul guerrier ne reconnaît en moi Ce David, le soutien, le gendre de son Roi !
2. témoins de ma naissante gloire, 41. — 5. armes royales, S et L. — 6 mains filiales ! S et L. — 7. cours d'exil 41. — 9 ombres salutaires, 41.
1-8. Aljieri, 1 : Je reconnais les monts de Gelboë, le camp des Israélites, opposé à celui des Philistins impies.
12 sqq. Alf., I : David était autrefois ton unique soutien ; tu lui
O Saùl ! ô mon maître, et Toi, Dieu redoutable, Dont la main m'éleva, dont la rigueur m'accable,
1) Que ne me laissas-tu dans mon obscurité ?
Que mon bonheur fut court, et fut trop acheté !
Elevé par mon Prince, au sein de sa famille,
Il m'approcha du trône et me donna sa fille.
Il me la donne, oh ! ciel ! et, par un prompt retour,
20 M'arrache cet objet d'un immortel amour ! Jaloux de ces lauriers, cueillis pour sa défense, En contemplant ma gloire, il craint pour sa puissance. Et je me vois, trois ans, proscrit de ces États, Honorés par mon nom, et sauvés par mon bras !
25 C'en est trop : mes malheurs ont passé mon courage, C'est languir trop longtems dans ce honteux veuvage. Quel qu'en soit le succès, par un dernier effort. Je viens redemander ou Micol ou la mort !
13. ô mon père, 41. — 14. la vigueur L. — 18. il me donne L. — 19. il me nomme son fils et L. — 20. si cher à mon amour ! 41. 11 m'arrache l'objet de mon fidèle amour! L. — 21-22. Jaloux d'un défenseur dont Dieu bénit les armes, Pour sa propre puissance il ressent les alarmes, L. — 24. Q.ue l'Éternel venait de sauver par mon bras ! L. — 26. honteux en surcharge sur affreux 41. — 27. Quel que soit le succès de ce dernier effort, L.
avais donné toute ta confiance ; tu l'avais élevé au faîte des honneurs, tu l'avais choisi pour époux de ta fille. — Dans AJf., il n'est pas question du regret de Michol ramenant David au camp des Israélites, mais seulement du désir de combattre.
18-19. Lamartine, plus encore que le poète italien, s'est appliqué à adoucir la férocité des caractères bibliques. C'est ainsi qu'il supprime cette circonstance barbare : Alf. Tu lui avais demandé pour obtenir ce don précieux [la main de Michol] cent têtes de Philistins et il en avait mis le double à tes pieds. Cependant Alf. avait déjà atténué lui-même le texte de la Bible : I Reg. xviii, 27 : Surgens David abiit... etpercussit ex Philistiim ducentos viros et attulit eorum praeputia et annumeravit ea régi ut esset gêner ejus. Dédit itaque Saûl ei Michol filiam suam uxorem.