‹ SaülChapitre 60 sur 110 · JONATHAS, DAVID · texte numérisé non relu

JONATHAS, DAVID

DAVID

Eh bien ! cher Jonathas, que faut-il que j'espère ? Faut-il quitter encore une terre si chère ? Que fait Saiil ?

JONATHAS

Hélas ! Saûl n'est point changé !

Dans son égarement plus que jamais plongé, Nos larmes, nos soupirs, nos vœux, rien ne le touche : Tantôt s'enveloppant d'un silence farouche, Tantôt en cris fougueux éclatant devant nous. Il blasphème le ciel, ou l'invoque à genoux. Souvent, d'un pas rapide, il parcourt sa demeure, Puis tout à coup s'arrête, et nous regarde, et p)eure ! Mais bientôt le courroux de son front sourcilleux, Même à travers ses pleurs, brille au fond de ses yeux ;

759-778. Un trait nu crayon en marge indique la suppression possible de ces vers. 40.

759-778. Allusions aux acccs de folie de Saûl, I Reg. XVI, 14, XVIII, 10, XIX, 23 sqq.

Il croit frapper David, il le nomme, il s'élance, 770 Vingt fois, d'un bras trompé, perce l'air de sa lance ; Puis enfin, succombant à ce pénible effort. Il chancelle, il retombe, il soupire, il s'endort ! Quel sommeil, justes dieux ! quel sinistre nuage Repose sur son front, obscurcit son visage ! 775 Quel réveil il promet ! Tel, aux pieds du Thabor, Lorsque dans nos vallons les vents dorment encor, Les foudres, dont le mont environne sa tête. Aux pasteurs effrayés présagent la tempête !

DAVID

Que fait Micol

JONATHAS

Micol veille aux genoux du Roi.

780 Sa pitié filiale a vaincu son effroi ;

Renfermée avec lui dans l'ombre de sa tente.

Tantôt elle affermit sa marche chancelante.

Et tantôt, essayant d'apaiser ses fureurs.

Elle baigne ses mains d'un long torrent de pleurs ;

785 Puis, quand un court sommeil assoupit sa paupière, Soutenant dans ses bras la tête de son père, Muette, elle retient ses soupirs dans son sein. Elle attend le réveil, et, de sa tendre main. Essuyant de son front la sueur enflammée,

790 Rafraîchit du vieillard la paupière fermée,

773. Quel sommeil agité L. — 775. Ainsi sur le Thabor L. — 779. « Que fait » est une correction au crayon au-dessus de : « Mais ». — « du » est une correction au crayon au-dessus de : « de son ». Lamartine avait d'abord écrit : « Mais Micol ? — Micol veille aux genoux de son roi. » texte donné par S, ceci pour éviter la répétition des mots : « Que fait » déjà employés vingt vers plus haut. Mais, Lamartine ayant indiqué la suppression des vers 759 à 778^ la répétition disparaissait. 40. — 780. Son amour filial L.

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