ACTE
VOUS souriez I Je ne vous avais jamais vu sourire.
JONATHAN
C'est à David que je souris, Madame.
LA REINE
Je pense bien. — Il va combattre.
* JONATHAN
Goliath ! C'est vrai, David?
On apporte l'armure .
LA REINE
Et voici Tarmure du roi.
DAVID, prend le casque et le met un instant sur sa tête ; il soupèse l'armure.
Non I je ne prendrai rien. Je combattrai comme je suis.
LA REINE
Mais c'est une folie, David.
J)AVID
Excusez-moi, Madame ; tout ce poids me protégerait moins qu'il ne gênerait mon courage. Je ne crains rien, sachant que le Dieu d'Israël me protège. J'irai comme je suis, avec seulement une fronde, dont je sais me servir habilement.
Le serviteur, qui avait apporté les armes et qui était resté là, les remporte. La reine et le grand prêtre se regardent*
LE GRAND PRÊTRE
Madame, laissons-le* — Il semble bien vaillante
lis s'éloignent lentement sans sortir encore. David et Jonathan sont sur le devant de la scène.
JONATHAN
David, prenez ma fronde, voulez-vous?
36 SAUL
DAVID, la prend, rezainine et la rend.
Je suis habitué à la mienne. Elle est meilleure.
JONATHAN
Alors, prenez ces palets.
DAVID, même jeu.
Ils ne sont pas assez aigus.
LA REINE^ dans le fond du théâtre.
Allons ! grand prêtre, venez ! — Qu'ils s^arrangent. — Laissons-les. Ce sont des enfants.
lis sortent.
JONATHAN
David, alors que vous donnerai-je ? Pourtant j'aimerais...
DAVID
Prince...
Ah 1 ne m'appelez pas : prince I Appelez-moi simplement Jonathan. Personne ici ne m'appelle ainsi, mais toujours : Prince Jonathan ! — Et même mon père et ma mère... — J'en suis las.
DAVID
Mon père et ma mère, à Bethléem, m'appellent Daoud — et au contraire il n'y a qu'eux,
JONATHAN
Alors, moi, comment vous nommcrai-je ?
DAVID
Comme eux : Daoud aussi. Vous le voulez bien, Jonathan ?
JONATHAN
Allez vaincre, Daoud! — Du haut de la terrasse, je vous verrai.