ACTE III
ment pâle, et que tu vois que je vais pleurer ? — Peu s'en faut que, de fatigue, ce ne soit moi qui tombe bientôt à tes pieds.
DAVID, s'est reculé.
Jonathan !
JONATHAN, se lève et s'avance.
Pèse cette couronne. — Quel poids ! dis ?
SAUL, caché.
Le poste est bon... — Oh I I
JONATHAN, passe la couronne à David.
Elle a meurtri mon front. — David ! je suis malade... N'est-ce pas qu'elle est lourde... oh ! metsla, dis.
^ Il la pose sur le front de David.
SAUL
Oh! je n'aurais pas dû voir cela...
JONATHAN
Comme elle te va bien I — Mais dis : n'est-ce pas qu'elle est lourde ?
SAUL
Oh! David ! — comment? tu serais...
DAVID
Mon pauvre Jonathan ! — je voudrais la trouver plus lourde — mais comme il faut que tu sois faible!
JONATHAN
C'est vrai qu'elle n'a plus l'air de peser sur ton front... Daoud !
SAUL
Et ce serait toi ! Jonathan 1
Il tombe à genoux et sanglote, à moitié enveloppé dans le rideau.
DAVID
Mais tu souffres, dis, Jonathan ? Tu es pâle et en sueur...
JONATHAN
Cette pourpre m'étouffe... cette ceinture... celte épée me pèse ; je garde le souvenir du poids de la couronne sur mon front. — Ah I David ! je voudrais laisser toutes ces royautés tomber à terre ! je voudrais m'étendre à terre et dormir. . . Ah I que ne suis-je comme toi, gardeur de chèvres, nu sous une toison de brebis — dans Tair libre. — Que tu es beau, David ! — Je voudrais avec toi me promener sur la montagne : de mon sentier tu écarterais chaque pierre ; — à midi nous baignerions nos pieds las dans Teau . fraîche, puis nous nous coucherions dans les vignes; tu chanterais; je t'exagérerais mon amour. .
SAUL, qui a suivi tout cela comme s'il le disait lui-même.
Oui.
JONATHAN
Le soir viendrait : toi qui es fort... tiens: prends l'épée, — tu me défendrais contre les bêtes. — Je voudrais reposer, près de ta force ! — Ah ! j'étouffe ! — Tiens prends la pourpre. — Détache ce manteau.
11 aide David à Ten dëpouiller.
SAUL
Ah ! je ne devrais pas... voir.
• JONATHAN
Ton épaule y paraît plus blanche... Et ma ceinture...
SAUL
Ah I je ne . « Je me macère.
JONATHAN
Je ne sais si c'est ou de joie, ou de froid, ou d'angoisse de fièvre, ou d'amour que voici, maintenant, je frissonne, dans ma seule tunique de lin,
SAUL
Comme il est beau dans la pourpre I — Daoud I
Comme s'il l'appelait à voix basse.
DAVID
Jonathan ! Te voici plus beau dans ta blanche tunique que sous tes ornements royaux. — Je ne connaissais pas ton élégance ni ce que la faiblesse a donné de grâce à ton corps.
SAUL
Ah!
DAVID
Jonathan, c'est pour toi que je suis descendu de la montagne, où ta fragile fleur au trop ardent soleil serait fanée. — Tu pleures ! — Vais-je pleurer aussi de tendresse? Tu trembles? Tu chancelles? Console ta faiblesse entre mes bras...
SAUL
Ah! pas cela — pourtant pas cela...
JONATHAN, défaillant.
Daoud !
SAUL, se traînant comme fou, à voix haute.
Et Saûl, alors? — Et Saûl !
JONATHAN, ëpouvanlé.
Sauve-toi, David. Sauve-toi,
68 SAUL
David, dès que Saul s*est montré, abandonnant douloureusement Jonathan, fuit, pas trop vite; rejetant avec horreur derrière lui les ornements royaux. Jonathan tombe évanoui.
DAVID
Malheureux 1 malheureux ! malheureux 1
SAUL
Et Saûl 1
Le regardant fuir avec stupeur, sans rien dire, s'approche de Jonathan^ s'agenouille près de lui — lui prend le bras .
II est trop maigre!... Allons, Jonathan!... parlemoi. — C'est moi, voyons I —'Je t'ai fait peur, je sais; mais je ne te déteste pas... {Avec dégoût ^ rc' jetant le bras quHl tenait,) Ah! c'est plus faible qu'une femme 1 {Penché vers lui.) Est-ce d'aimer David qui te pâlit? — (// court vers la droite^ il appelle :) David 1 II fuit toujours I Comme si c'était à lui d'avoir peur! (// court à gauche ^ relève le rideau.) Holà ! quelqu'un ! quelqu'un ! (// appelle.)