ACTE II , SCÈNE IÏI
JONATHAS
De ses sens désolés, Dieu, calmez la tempête....!
SAUL
Le monstre est sous mes pieds, le monstre est sur ma tête. Il me presse, il attache avec des cris affreux Sa morsure infernale à mes flancs douloureux. Ses pieds , ses mains de fer sur moi s'appesantissent; Je ne puis arracher les nœuds qui m'investissent. Ah ! mon fils ! je succombe, et le monstre est vainqueur; A la flamme éternelle il a livré mon cœur.
(Il tombe sur un rocher au pied du tombeau de Samuel.)
Tout un dieu me poursuit, tous ses fléaux m'écrasent, Tous ses fléaux vengeurs dans mes veines s'embrasent !
JONATHAS
Mon père !
SAUL
Prends ce glaive aux forfaits réservé
La terre des vivans rejette un réprouvé. Frappe ! je suis maudit.
JONATHAS
Prodige épouvantable !
SAUL
Arrache-moi, mon fils, à ce Dieu redoutable! Frappe , et chasse à la fois de mon cœur déchiré Ma vie et les poisons dont il est dévoré. Mais avant de frapper cherche mes deux victimes ; Ce cœur pour tant de maux n'a pas assez de crimes.
Seconde édition. O
34 SAUL
Va, rouis, qu'à ma vengeance elles viennent s'offrir :
Je veux d'un œil mourant les regarder mourir.
(11 s'évanouit. )
JONATH VS . se jetant sur le corps <lc son père.
Saiil ! mais il succombe au mal qui le possède;
L'anéantissement à ses fureurs succède.
Oh! que devient son âme en un repos pareil? Et que rencontre-t-elle au fond de ce sommeil? Plus d'espoir de pardon, plus de grâce à prétendre!
(On entend les sons lointains des harpes. )
Mais dans les airs au loin quels sons se font entendre? Est-ce la harpe d'or dont l'ardent séraphin Accompagne l'offrande et les hymnes sans fin? A mes vœux suppiiafts Dieu n'est-il plus contraire?