‹ Saul, tragédie en cinq actesChapitre 42 sur 58 · ACTE IV , SCENE · texte numérisé non relu

ACTE IV , SCENE

SAUL

Tout le sang cle David au tien va se mêler.

ACH1MELECH.

Le jour s'obscurcirait en le voyant couler.

Ce sang doit accomplir l'ineffable mystère.

Ce sang de rois en rois conservé sur la terre

Doit enfanter un jour le sauveur précieux

Par qui l'homme tombé s'ouvre de nouveauxcie ux.

Tu veux qu'il soit versé? démens donc notre histoire;

Otc à l'amour divin sa plus belle victoire;

Arrête au Sinaï la parole de feu ,

Et le pardon d'un monde entre les mains de Dieu ,

Avant que d'un tel sang la source se tarisse

SAUL

Que Saùl règne encore, et qu'un monde périsse.

O rage ! Dieu me cherche , il plaint mon abandon ;

Je crois à sa pitié, je subis son pardon,

Et dans le même instant son prêtre pour salaire

Vient jeter dans mon camp l'élu de sa colère.

Quoi! des enfans d'Aaron tous morts dans les tourmens

]N'as-tu pas au désert heurté les ossemens?

Ils furent tous punis de leur lâche artifice :

L'usurpateur sacré manquait au sacrifice,

11 tombe entre mes mains, son dernier jour a lui ;

J'anéantis le Dieu qui doit naître de lui ;

Et sur ces monts sanglans son corps sans sépulture

De tes oracles vains prouvera l'imposture.

fi8 SAUL.

ACIIIMELECH.

Lorsqu'un nouveau prodige est tout prêt d'éclater , Ce n'est pas sur ces bords que l'on en peut douter : Abyron et Dathan que les feux consumèrent ; La mer, où trois cités coupables s'abîmèrent, De leurs temples impurs les faux dieux arrachés, Les sépulcres rouverts, les torrens desséchés, Ces monts, ces rocs brisés, ces grottes des oracles , Tout te montre un désert sillonné de miracles , Tout semble respirer, dans ce terrible lieu, L'épouvante de l'homme et la grandeur de Dieu. De ses arrêts vengeurs tout ici t'environne ; Voilà, voilà ton roi, Saùl , descends du trône.

SAUL

Que tant d'audace ajoute à mon ressentiment !

ACHiMELECH.

Cède, roi détrôné, tu n'as plus qu'un moment : Le spectre des enfers à qui David commande Pour des maux infinis déjà te redemande. Demain tu dormiras du sommeil éternel.

Toi-même... ô nuit horrible! ô père criminel! Sais-tu quel est l'arrêt que je voulais suspendre ? Sais-tu quel est le sang qu'on te verra répandre? Tu ne m'entendras point, par de lâches discours , Contre i«>i de ce peuple implorer le secours; Loin de moi l'assistance incertaine et fragile Qu'offrent des bras mortels et des armes d'argile !

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