ACTE V, SCÈNE I
J'ai reconnu de loin la voix qui m'est si chère. Je viens combattre et vaincre à côté de mon frère. Marchons...
JONATHAS
Trois cents guerriers, dans ce même moment, De ne frapper que toi prononcent le serment ; Et tous , flattant Saùl d'une horrible conquête , A ses genoux sanglans veulent porter ta tête. Si jamais jusqu'à lui tu hasardais tes pas L'ombre de Samuel ne te sauverait pas.
Le pontife a parlé... le sceptre est ton partage. Daigne te conserver pour ce grand héritage.
DAVID
Je le cède à mon frère.
JONATHAS
Ecoute ton ami.
Saïd cherche David.
DAVID
Je cherche l'ennemi !
JONATHAS
Épargne, épargne un crime au roi qui te condamne.
DAVID
Epargne au roi des rois cette crainte profane. JONATHAS.
Tu verras sa fureur te poursuivre en tout lieu.
DAVID
Où me poui suivra- t-il qu'il n'y rencontre un Dieu ?
Fléchiras-tu son cœur ?
DAVID
J'assurerai sa gloire.
JONATHAS
11 a juré ta mort.
DAVID
J'ai juré sa victoire.
Si les cieux ont parlé , si jadis Samuel Fonda sur mon berceau les destins d'Israël , Si son peuple s'assure en ma faible puissance , Veux-tu que sa défaite accuse mon absence ? Et qu'il dise , en tombant , sous le glaive abattu: David seul pouvait vaincre, et n'a point combattu. Achimelech , bravant une armée en furie , Va prier sur ces monts pour sa sainte patrie , Comme autrefois Moïse aux combats du désert. N'arrête plus le bras dont le Seigneur se sert. Quand j'aurai de Saùl fait triompher l'armée , Qu il frappe, s'il le veut, ma tête désarmée ; Nos jours sont peu de chose, et l'homme, fils du ciel, Renversé par la mort, se relève immortel. JONATHAS.
Que plutôt tout mon sang...
(A par». )
Dieu me parle et m'anime.
Je serai digne en tout d'un cœur si magnanime.
( Haut. )
Je ne résiste plus , David, à ton pouvoir ; Une voix prophétique a dicté mon devoir.