‹ Saul, tragédie en cinq actesChapitre 7 sur 58 · ACTE I, SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE III. i

JONATHAS

Ali! son injuste haine, en son cœur amortie, Sans doute a reconnu quelle main le châtie.

ACHIMELECH.

Il s'arma contre Dieu... !

Ses maux l'auront changé.

ACHIMELECH.

Par aucun châtiment l'orgueil n'est corrigé. L'orgueil de tous nos maux fut la cause première ; Il perdit le plus grand des anges de lumière ; Il a perdu Saùl.

JONATHAS

Sauvez , sauvez du moins Ses sujets de ses maux victimes et témoins , Pour nous depuis trois ans le ciel est sans rosée ; L'herbe des champs périt sur la terre embrasée ; Et la guerre a frappé d'Hermon jusqu'à Béthel Un peuple que Dieu même avait dit immortel ; De ce peuple habitant de la terre promise, Au sang dont vous sortez la garde fut commise ; L'abandonnerez-vous ?

ACHIMELECH.

Moi, vous abandonner !

Un prêtre du Seigneur doit toujours pardonner. Que de fois sur ces monts, dans leurs cavernes sombres , De ceux qu'on immola j'ai désarmé les ombres !

14 SAUL

Brûlant de charité, perdu sur ces hauts lieux , Holocauste souffrant sous les regards des cieux , Que de fois , égalant mes pleurs à votre crime, J'ai remplacé pour vous l'éternelle victime ! Dieu condamnait son peuple, et son peuple eût péri ; Israël eût passé comme un fleuve tari , Prince, si je n'avais , dans le saint édifice , Rallumé de mes mains les feux du sacrifice , Et du fond des déserts sur ces bords rappelé, Rendu son arche sainte au temple consolé.

1TOBAL.

Quoi, l'arche sainte

ACHIMELECH.

Oui, peuple, elle est en ma puissance; Les Philistins n'ont pu soutenir sa présence. Us ont vu leur idole à ses pieds s abîmer ; Aucun temple ennemi n'a pu la renfermer.

ITOBAL.

O vous qui relevez notre sainte bannière, Saùl touche peut-être à son heure dernière ; L'élu de Samuel ne craint plus d'ennemis. Quand verrons-nous ce roi depuis quinze ans promis. Que le grand Samuel, à son heure suprême, D'une main défaillante a consacre'; lui-même ; Ce roi mystérieux à la terre caché...?

ACHIMELECH.

Les fureurs de Saùl vainement l'ont cherché.

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