AMBASSADEUR EXTRAORDINAIRE
ï Louis XV prescrivail à son ambassadeur & Turin de rechercher l'alliance de Charles-Emmanuel, un grave incidenl vini tout à coup menacer les deux cours, d'une rupture diplomatique. Dans la nuit du 10 au 11 mai 1"55, Mandrin ' poursuivi par la maréchaussée, sortit de France et se réfugia en Savoie. Pour capturer le Tumeux brigand, les agents français Qrent le siège du château de Rochefort situé sur le territoire sarde, et plusieurs Savoyards périrent dans la bagarre. La cour de Turin éleva des protestations. Des «xplicstiODS très vives furent échangées el Charles-Emmanuel rappela son ambassadeur. << En voici les circonstances, d écrit le marquis d'Argenson dans ses Mémoires : • Le roi a écrit de sa main « 8U roi son oncle pour lui faire des excuses de la violation du terri- II loire. disant que celte capture n'avait pas été faile par des troupes, « mais par les employés aux fermes, et, pour la frime, on en a fait H enfermer quatre au cbAteau de Pierre-Encise; mais il n'est pas u vrai que ce soient des commis, et on a eu grand tort de faire « mentir le roi. Sa Majesté promet par cette lettre que Mandrin ne « sera pas exécuté el qu'on en dépêchait un courrier à Grenoble; « la date est du 30. et c'est le 36 que ce contrebandier a été exécuté ; u or il n'est pas vraisemblable qu'en six jours un courrier n'ait pu n parvenir de Versailles à Grenoble.
Il Le commandant de Dauphiné, M. de Marcieu ', et M. de Rouillé
1. Louis Muidrin, fameui brigand, né le 30 mai I72i. i Ssint-Eliearie près de Romu» (DrAmej. eiécuté & Valence le 26 mai t7â&.
S. Pierre Emé de OuiSrej, comte de Marcieu. lieuteQant ffénéril des armées do *" î, comiamdMit en chef de la prorince de Dauphiné de tTt3 A 1161.
r8 LE COMTE DE NOAILLES, i7BB.
I ont écrit la môme chose, tant h Turin qu'à l'ambassadear piémon- I tais qui est à Paris, et tout cela porte à faux comme on voit; de I sorte que Sa Majesté croit que nous nous moquons de lai : or lei < petits rois sont plus susceptibles de délicatesse sur leurs préroga- ( lives que les grands. Ainsi l'on s'attend à un refroidissement inee«-
L'atlilude indignée du roi de Sardaigne produisit k Versailles l'efliBt que désirait sans doute Charles-Emmanuel, et l'on se décidai lui accorderréparation. n Chauvelin travaille à accommoder et à satisfaire « Sa Majesté sarde surTaffaire de Mandrin, » écrit encore d'Argenson à la date du 11 juillet, et II ajoute : >< Platitude, impudence, bos- " sesse'l » Aûn d'eCTacer plus vite la fâcheuse impression prodoila, on jugea utile à la cour de France d'envoyer & Turin une personne de qualité revêtue du titre d'ambassadeur extraordinaire. Le choix de Louis XV se porta sur le comte de Noailles*. Celui-ci devait esprimer & Charles- Emmanuel les regrets du roi pour la violation de ter^ ritoire qui avait été commise. Il était autorisé en outre, si le roi de Sardaigne s'y prêtait, & accepter des entretiens avec ce Prince en vue de préparer une union intime des deux cours. Le marquis d'Argenson juge en t«rmes sévères l'envoi de celte ambassade extraordinaire : « Il y a grande honte, » écrit-il, « & l'ambassade du comte de u Noailles & la cour de Turin pour lui faire des excuses de la prise de w Mandrin. C'est un jour qu'il faudrait effacer de nos fastes*, d Le maréchal de Belle-Isie disait, en parlant de cet incident, n qu'il avait « honte d'f^tre français » et que, <i depuis Hugues Capet, Jamais la « Couronne de France n'avait essuyé un pareil outrage' u.
Les instructions suivantes furent remises au comte de Noailles pour cette mission'.
Antoine-Louis de Rouillé était alors ministre des Affaires ÉlrangÈres.