‹ Saynètes et monologues (volume 2)Chapitre 41 sur 77 · VIII · texte numérisé non relu

VIII

i82 UN COUSIN DE PASSAGE

Berthe, quand nous marchons ensemble Dans les bois où s'éteint le jour, Savez-vous d'où vient que je tremble?

Est-ce de crainte ? Est-ce d'amour ?

LÉON

Ohl assez. Je n'aime pas ces vers-là! Il n'y a point d'âme.

Oh ! si, moi, j'y vois une âme.

LÉON

Oui, la tienne 1

BERTHE

Quoi qu'il en soit, les vers de Ludovic me semblèrent charmants, et...

LÉON

Et il continua ?

BERTHE

Oui... en prose) Tu conçois que, dès lors, cela me parut grave, et que j'allai tout raconter à ma grand'mère.

LÉON

Tu fis bien.

BERTHE

Le croirais-tu ? grand'mère se mit à rire, et me dit que j'étais une enfant, que je m'étais trompée, que c'était impossible, etc., etc.

LÉON

Je comprends. Ta grand'mère n'attachait aucune importance à une déclaration de collégien.

BERTHE

Pas si collégien 1 comme tu vas voir. Deux jours après.

>)a donna une grande fête au château de Vertmorin. Après le dîner, on se mit à courir dans le parc, et moi je m'égarai dans une espèce de labyrinthe où je rencontrai tout à coup mon cousin Ludovic.

LÉON

Naturellement I

BERTHE

Il s'approcha de moi d'un air soumis, et me dit d'une voix émue : a Ma cousine, je vous aime. » Je ne sais pas bien ce que je répondis, car ma grand'mère parut en ce moment, et Ludovic s'éloigna.

LÉON

Oh! oh! Tu vas me trouver un peu rustique, mais je n'aime pas cette façon d'agir. Quand on songe à épouser une jeune fille, on s'adresse à ses parents. C'est le vieil usage, et c'est le bon ; continue.

BERTHE

Ludovic partit le lendemain, et moi, comme tu penses, j'allai encore tout raconter à ma grand'mère; cette fois, elle se fâcha beaucoup ; elle me dit que j'étais une écervelée, que Ludovic était un étourdi, qu'il m'oublierait bientôt et ne reviendrait plus dans le pays probablement. — Tu vois bien, Léon, que grand'mère s'est trompée, puisque Ludovic revient. Voilà tout mon secret. Mais comprends-tu l'idée de [grand'mère?

LÉON

Oui.

BERTHE

Oh ! Léon ! ne trouble pas ma joie ! mon bon Léon, mon frère chéri, ne sois pas méchant, et dis-moi que j'ai bien fait de compter sur la parole de Ludovic.

Ecoutedonc!... si tu as bien fait! le ne sais pas tropi

BBRTHE.

Ah ! si 1 mon cher Léon, je t'en supplie, sois de mon avis 1 ta verras I toat ira bien : toi, ta épouseras une belle demoiselle, bonne, aimante, digne de toi ; moi, j'épouserai Ludovic, et nous nous aimerons tous, tous 1 Léon, souris-moi, et dis que j'ai bien fait !

LÉON

Berthe, ma chère Berthe, j'ignore si tu as bien fait ; mais je veux, avant tout, que tu sois heureuse, et je travaillerai à ton bonheur, s'il en est besoin.

BERTHE

Merci, Léon 1 tu es charmant.

LÉON

Maintenant, chère Berthe, il faut songer à l'appartement de Ludovic; je vais donner moi-môme les ordres nécessaires.

BERTHE

Va, mon cher Léon.

LÉON, à part, en sortant.

Et puis, j'ai besoin d'être seul.

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