SCÈNE VII
MAURICE, LÉLIA, se montrut.
LÉLIA
A quoi pensez-vous donc, beau prince charmant ?
;maurigb.
Eh mais, vous devez le savoir, puisque vous êtes fée t
LÉLU.
Oui, je le sais !
MAURICS.
Ah ! par exemple i
LÉLIA
Vous doutez toujours de mon pouvoir prenez garde, je vous punirai...
MAURICE
En disparaissant f
LÉUA.
Non, en vous racontant tout ce que vous avez fait pendant mon absence.
MAURICE
Oh t c'est impossible !
LÉUA.
Ecoutez-moi, quand je vous ai quitté, vous vous êtes de^ mandé qui j'étais 1
84 LËLIA
MAURICE
Cela n'a rien de merveilleux...
LÉLIA
Puis, après vous être adressé cette question à voas-mêniey sans pouvoir la résoudre, vous avez tenté d'interroger ma confidente.
MAURICE
Votre confidente?
LÉLIA
Oui, ma duègne que j'aie transformée en sortie de bal.
MAURICE
Eh quoi, vous...
LÉLIA
Vous voyez qu'elle a encore conservé son grand âge, mais sa métamorphose lui a ôté la parole, et comme elle ne pouvait vous répondre, vous avez cherché à vous assurer si mon mouchoir était plus bavard.
MAURICE
Comment pouvez-vous savoir...
LÉLIA
Les mouchoirs sont indiscrets... ce sont des alphabets de poclie; mais d'un coup de baguette j'ai fait disparaître mes initiales, et pour se venger, ce mouchoir, un vilain enchanteur que j'ai condamné à garder cette forme, a glissé un billet.
MAURICE
Oh mais, je vous jure que je ne l'ai pas lu.
LÉLIA
Vous n'avez pas besoin de me le jurer, puisque jd saiÉ
tout... Votre discrétion mérite une récompense, je vous per mets de lire cette lettre.
MÂUBICE.
Oh non I
LÂLIA.
Puisque je vous y autorise.
MAURIGB.
Mais...
A quoi bon manquer de franchise avec moi? vous avez le plus grand désir de connaître le contenu de ce billet, lisezle, je vous Tordonne. Allons, obéissez.
IfAURIGB.
Puisque vous l'exigez...
n pend le billet et hésite l'oaTrir.
LÉLU.
(Tous hésitez, que craignez-vous donc?
MAURICE
Je crains que ce papier ne soit le billet de Pandore et qu'il en sorte tous les tourments pour moi.
LÉLIA
Lisez, vous dis-je.
MAURICE, lisant,
Carissima mia... Ah!
LÂLIA.
Continuez, continuez.
MAURICE, Usant.
Notre protégé est nommé attaché à l'ambassade d'ivalib, la nouvelle en paraîtra demain à Y Officiel — Ah I je crai-
86 LÉLU
gnais un plus grand malheur. — Ainsi, cette place d'attaché est donnée...
A vous...
MAURICE
A moi! Eh quoi! madame?
LÉUA.
N'est-ce pas là un de vos souhaits?
MAURICE
Oui, en effet, le second... Mais...
LÉLIA, loi 4ono«it tm guttU*
Et voici le premier.
MAURICE
Mes gants! Gomment avez- vous pu deviner...
LÉLIA
Ce sont toujours les choses les plus futiles que l'on désire le plus vivement.
MAURICE
On réserve, pour la fin... les choses sérieuses... Ah! et mon troisième souhait?
J'avoue que celui-là m'embarrasse un peu.
MAURICE
C'est juste, je ne l'ai pas encore formulé, mais maintenant je n'hésite plus...
U«ciit.
LÉLIA, à part.
Ses yeux me disent ce que sa main écrit!
MAURICE, lai teadtnt le e«rMt.
Le voici.
LKLU 87
LÂLIÂy MU hn It eân«t.
Songez que c'est le dernier.
ICAUBIGB.
Celui qui m'assurera le bonheur.
LÉLIA
Le bonheur î vous savez comment le podte le définit •
Le bonheur, c'est la boule Que cet enfant poursuit, tout le temps qu'elle roule. Et que, dès qu'elle arrête, il repousse du pied.
MAURICE
L'enfant oui, mais l'homme ne la fait plus rouler.
LÉLIA
Quand il est fatigué de courir.
Non, parce qu'il est devenu sage... Accomplirez-vous ce souhait comme les autres ?
LÉLU.
Le pouvoir des fées a des limites.
MAURICE
Lesquelles?
tiUA.
Celles de l'impossible t et c'est précisément rimpossible que vous désirez t
MAURIGI.
Vous le savez donc?
LÂUA.
Vous demandez ma main.
88 LfîLU
MAURICE
Et votre cœur.
LÉLIÂ.
Êtes-Yous sûr que les fées ont un coourf
MAURICE
Oui, puisqu'elles sont bonnes !
Il y a aussi de méchantes fées.
MAURICE
Celles-là ont un mauvais coeur... Hais toutes les fées ont une main...
LÉLIA
Oui, mais elles ne peuvent la donner à un simple mortel*
MAURICE
Alors, rendez-moi immortel.
LÉLlA.
Rien de plus facile.
MAURICE
Hein!
LÉLIA
Sans doute, publiez un ouvrage sur un sujet quelconque, assez sérieux pour que personne ne puisse le lire, écrivez, en guise de préface, Téloge de la branche aînée ou cadette... puis déposez votre livre et votre carte chez certain personnage, et à la prochaine vacance, vous serez...
MAURICE
Académicien t
LÉT.IA.
Et immortel 1
LËLU 89
MADRIGB.
J'ai toujours eu le suicide en horreur et je préfère vivre, vivre pour vous aimer, pour vous adorer, car je vous aime, oui, madame,je vous aime de toutes les forces de mon âme, je ne vous connais que depuis un instant, mais cet instant a suffi pour remplir mon cœur d'amour; mon bonheur, main< tenant, c'est vous, c'est vous seule.
LÉLIÂ.
Oh! oht beau prince charmant, vous êtes bien impre&* sionnable ! Les feux de paille durent peu.
MAURICE
Mon amour durera toute ma vie, je vous le jure, et vous devez croire à ma sincérité, vous qui avez la puissance de lire dans les cœurs.
LÉLIA
Le cœur est un livre si mal écrit.
MAURICE
Mais vous avez de si bons yeux 1
LÉLIA
Je vous le répète, une fée ne peut épouser un mortel, et puisque vous refusez Timmortalité...
MAURICE
Consentez à abandonner la vôtre?
LÉLIA
Eh bien soitl à une condition I
MAURICE
Laquelle?
Vous n'ignorez pas que toute la puissance des fées est sub^ ordonnée à leur baguette. (Moatrant i<m érentau.) Voici U
•0 LÉLU
mienne... si tous me l'enlevei.» je ne serai plus qu'une femme...
MADttiCl.
Alors donnei*la moi.
Non, ce serait une abdication volontaire, et celle-là, on les regrette toujours, tandis que celles qui sont forcées...
MAURICE
On les regrette tout autant.
LÉUA.
Mais on les subit avec résignation. Cherchez un moyen de vous emparer de mon sceptre.
MAURICE
Je ne puis, cependant, employer la violence...
LSLIA.
Non, la violence c'est le droit du plus fort... un droit primitif... aujourd'hui on n'admet que le droit...
MAURICE
Légitime...
LÉUA.
Non, celui du plus fin. Vous êtes attaché d'ambassade depuis une heure... faites vos preuves de diplomatie, agissez de telle sorte que je sois obligée de vous offrir m(M4aôme mon éventail...
Malgré vous...
LÊLIA.
Malgré moi... ou à peu près... toutes les ruses vous sont permises.
MAURIGB.
Mais» puisque vous devinez toutes mes pensées?
LfiLIA LiLlA.
le D6 deyinerai aucon de vos strata^mea..
MAUBIGS.
Vous me le jurez?
LÉLIÀ.
0\i\, mais je les combattrai.
MAURICE
Alors je m'avoue vaincu d'avance.
LÉLIA
C'est déjà delà diplomatie l
BIAURIGB.
Mais non^ puisque c'est de la flranchlse.
Enfin, essayée, cherchez, vous trouverez peut-être.
MAURICE
£t, si je réussis?...
LÉLIA
Le charme sera rompu... c'est vous qui ordonnerez!
MAURICE, à paru
Que faire 1 quel moyen employer?... (Haat.) Ah! madame, connaissez-vous les jeux innocents?
LÉUA.
Je ne connais que ceux-là !
MAURICE
Il y en un bien élémentaire, celui de pigeon vole... voulezvous y jouer?
LÉLIA
Volontiers, (a pâit.) Povero, où veut-il en venir?
Ilf s'asMtent toas les deaz «n lue Vnm df TmIi*.
•t LÉLU
MAURICE
Je commence... Pigeon vole! (LéUa 1ère u main.) Caissier
vole... (EUe hésite li lever la main.) Comment! VOUS hésltOZ?
LÉLIA
Non, n^n.
Elle lëre la main.
MAURICE
Fée yole. (uUa ne 1ère pas la maio.) Un gagO 1
LÉLU.
Gomment, un gage ?
MAURICE
Certainement! et mes gants ? *
LÉLIA
Ah ! c'est juste... mais, comme gage, je n'ai rien à vous ofifrir.
MAURICE
Mais si.
LÉLIA
Non.
MAURICE
Eh bien, et votre éventail ?
LÉLIA
Oh non! prenez ma sortie de bal.
MAURICE
Ah t alor« recommençons
LÉLIA
(Test à mon tour... Pigeon vole, (iifaaziee 1ère u main.) Cœur
vole. (Uaurice ne 1ère pas la maia.) VoUS ôtOS biOU SÛr que lOS
cœurs ne volent pas ?
LÉ LIA 93
MAURICE
Lb mien, du moins, vous lui avez coapé les ailes.
LiUA.
Mais les ailes repoussent.
HAURIGB.
Alors, on les recoupe.
LÉUA.
C'est juste... amoureux vole. (Maarioe ne i*t6 i»m k mam.) Un gage, monsieur.
MAURICE
Comment, madame!
LÉLIA
Et mon mouchoir?
MAURICE
Ah ! mais je n'ai point de gage.
LÉUA.
Vous avez mon mouchoir et vos gants.
MAURICE
Voici mes gants.
Non, gardez-les... chaque gage mérite une pénitence.
MAURICE
C'est à moi de vous en infliger une.
LÉLIA
Non, monsieur; vous subirez d'abord la vôtre comme étant le plus coupable... Pour votre pénitence, je vous ordonne de vous rendre dans le bal.
MAURICE
Avec vous?
M Lt LU
LiUÂ*
Non, toat seal, toqs fer» trois lois la low d« salon, s&ûs adresser la parole à personne^ surtoat à la dachesse; pois^ vous reviendrez ici.
MAURICB.
Yoos quitter ! ah ! la pénitence est craelle !
LÉLIA
Pour vous, peut-être... mais pour moi...
MAURICB.
Elle vous est agréable 1
Je ne dis pas cela... Voyons, monsieur, obéissez.
MAURICE
Et quand j'aurai fait les trois tours du salon ?
LÉLIA
Vous reviendrez m'infliger ma pénitence.
MAURICB.
Et vous vous y résignerez ?
LÉLIA
Sans doute.
MAURICB.
Alors, madame à tout a l'heure, (a part.) Oh ! j'aurai son '>enlail.