‹ Scapin maquereau; drame en deux actesChapitre 3 sur 9 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Le besoin se faisait sentir d'un nouvel art

Que nul encor n'avait prévu, même Ballard,

Régisseur dans les temps anciens du Vaudeville.

On affiche parfois, sur les murs de la ville,

Que l'on vient de jouer un ouvrage important

Qui doit émerveiller jusqu'au moindre portant

De coulisse; mais bah ! quand la toile se lève.

Tout prestige fout le — camp ainsi qu'en un rêve,

Et le truc que Thierry pour nous plaire employa,

Aboutit, à la fin, aux œuvres de Laya...

Cet ordre nous emmerde, et moi. Polichinelle.

Je déclare, de ma — voix la plus solennelle,

Que je veux mettre fin à tout cela. — Seigneurs,

Nous sommes gens de goût, et non pas des saigneurs

De boeufs, comme on en voit aux portes de Montmartre;

Nous nous habillons tous de velours et de martre,

Et le soir, entre deux londrès bien allumés,

Nous récitons les vers des maîtres renommés.

Donc, vous ne verrez pas ici de tragédie.

La rime à tous nos vers mettra son incendie,

Les dames lèveront leurs jupes jusqu'au ciel,

Car nous devons, et c'est un point essentiel,

Être, avant tout, moraux et plaire aux jeunes filles

Que le couvent enferme encore sous ses grilles.

Et qui, vouant déjà leurs âmes à Cypris,

Par le calme des nuits touchent leur clitoris !

Nous vous ferions bien voir nos acteurs, mais pour l'heure.

Ils sont tous retenus au sein de leur demeure.

Notre jeune premier est à Fontainebleau ;

La cour l'a demandé pour le second tableau

Du Bossu. L'ingénue, — ô caprice bizarre

Du sort ! — notre ingénue accouche à Saint-Lazare.

Nous avons convoqué la critique. Sarcey

Ne vient pas ; c'est déjà quelque chose. L'essai

Vous.plaira-t-il, seigneurs, et vos clefs criminelles

Feront-elles mourir tous ces polichinelles

Qui chantent, font l'amour, et grimpent aux balcons !

Non ! vous applaudirez.

Au revoir, tas de cons !

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