‹ Scellés et inventaires d'artistes (volume 2)Chapitre 3 sur 174 · PEINTRE DE STANISLAS, ROI DE POLOGNE · texte numérisé non relu

PEINTRE DE STANISLAS, ROI DE POLOGNE

i6 février 1771.

Seul, Jal semble avoir connu l’existence du peintre François Hutin; il parle de son mariage avec une fille du peintre Hérault^ dont il ne peut donner le nom. L’âge de la défunte s’accorde bien avec les renseignements de Jal, qui la faisaient naître aux environs de 1690. Mais Nagler, en consacrant une notice au sculpteur Charles Hutin, membre de l’Académie de peinture et sculpture de Paris et directeur de l’Académie de Dresde, ne lui connaît qu’un frère, nommé Pierre, sculpteur comme lui et l’ayant accompagné en Allemagne, mort à Muskau en Lusace en 1763, ce qui explique qu’il n’en soit pas fait mention ici. Il ne parle pas de son père, le peintre François Hutin. Or, François Hutin, à qui est donné ici le titre de peintre du roi de Pologne Stanislas, avait laissé trois fils, vivant encore lors du décès de sa veuve, en 1771 ; c’était d’abord Charles Hutin, le directeur de l’Académie royale de peinture de Dresde j ce serait lui qui aurait obtenu le deuxième prix au concours de peinture de l’Académie royale en lySS, à l’âge de vingt-cinq ans; puis Silvestre-Nicolas Hutin, avocat au Parlement, demeurant rue d’Anjou, au Marais; enfin Jean-Baptiste Hutin, peintre de l’Académie, demeurant rue Quincampoix, lauréat du deuxième concours pour le prix de peinture en 1748. Il était le plus jeune de la famille.

La mère des trois frères que nous venons de nommer meurt le 16 février 1771, et ses fils, seuls héritiers, font apposer les

AM AELE DUCÔTÉ.

scellés par le commissaire Pierre Thiérion, dans son appartement situé rue de Grenelle-Saint-Honoré, paroisse Saint-Eustache. Le commissaire déclare avoir vu le corps d’une femme paraissant âgée de quatre-vingt-deux ans. Pour les tableaux, au nombre de cinquante environ, un seul sujet est indiqué, celui d''Enée portant son père Anchise. Le mobilier, presque luxueux, annonce de l’aisance; l’argenterie se compose de douze couverts, deux flambeaux, une cuiller à soupe, etc.

Les héritiers chargent de l’inventaire le notaire René Lambot. Charles Hutin charge de sa procuration François-Charles Silvestre, bourgeois de Paris. Notons que le nom patronymique est écrit tantôt Hutin, tantôt Huttin.

Le s. Pierre Remy, ancien directeur de l’Académie de Saint- Luc, demeurant rue Poupée, est appelé à donner son avis sur la prisée des tableaux, dessins et estampes. La levée des scellés est terminée le eS mars.

(Arch. nat., Y logoi.)

AMABLE DUCOTÉ

MAITRE PEINTRE

i5 mars 1771.

Ce peintre inconnu appartenait à une nombreuse famille de barbouilleurs obscurs. 11 avait même épousé la veuve, nommée Perrette Lambert, d’un maître peintre du nom de Simon Drou.

Amable Ducôté, maître peintre à Paris, meurt le i5 mars 1771, à son domicile, rue Saint-Jacques, ayant pour héritiers deux frères, dont l’un, nommé Jean, est cordonnier, et l’autre, Toussaint-Romain Ducôté, se dit maître peintre, rue du Monceau-Saint-Gervais, et une sœur, Jeanne, mariée à Michel-Silvestre Carpentier, peintre, rue du Dauphin.

Le notaire Jean-Joseph Nau est chargé de l’inventaire, qui comprend quelques bijoux, de l’argenterie et des tableaux sans importance.

(Arch. nat,, Y 12774.)

LAURENT CARS

LAURENT CARS

GRAVEUR DU ROI, CONSEILLER DE l’aCADÉMIE DE PEINTURE.

14 avril 1771.

Laurent Cars, né à Lyon vers 1699, ne fut pas seulement un graveur de mérite, comme le prouvent, et sa réception à l’Académie (3i décembre lySS), et les nombreuses planches qu’il a laissées, parmi lesquelles figurent au premier rang les illustrations de Molière d’après Boucher, et de La Fontaine d’après Oudry. Il hérita de son père un commerce important d’estampes, comme le procès-verbal d’apposition et de levée de scellés suffirait à le démontrer. On a d’ailleurs un « Catalogue des sujets de thèses formant le fonds général de M. Cars, graveur du Roi, acquis par M. Babuty, libraire. Paris, in-8“, 1771. » Il avait paru, à une date indéterminée, mais avant 1771, un Catalogue in-4“ des estampes formant le fonds de Laurent Cars. De même, Mariette fut, après son père, éditeur et marchand d’estampes. On citerait bien d’autres graveurs marchands d’estampes au xviiP siècle, notamment François Chéreau et Benoît Audran, dont nous donnons le scellé un peu plus loin.

La meilleure biographie de l’habile artiste est celle que MM. Portalis et Béraldi ont publiée dans les Graveurs du dix^ huitième siècle. Elle résume tout ce qu’on sait de la famille, de la vie et de l’œuvre du maître.

Le procès-verbal de scellés n’ajoute que des détails de peu d’importance à ce qui est déjà connu. L’inventaire lui-même perd beaucoup de son intérêt en raison de ces deux catalogues imprimés qui font connaître la composition du fonds d’estampes exploité par notre artiste.

Laurent Cars, qualifié graveur de l’Académie royale de peinture et sculpture, meurt le dimanche, 14 avril, sur les onze heures du matin, dans une maison de la rue Saint-Jacques, dont il était propriétaire en partie et qu’il occupait presque en totalité.

Les scellés sont apposés par le commissaire Claude Le Rat, à la réquisition de Jacques-François Quillau, libraire, rue Christine, Louis-Antoine Quillau, graveur, rue Saint-Jean-de-Beauvais, et François-Augustin Quillau, imprimeur, rue du Fouarre, tous

LAURENT CARS

trois neveux maternels du défunt et ses héritiers chacun pour un cinquième. Les deux autres héritiers sont Jean-François d’Ivry, contrôleur général des rentes sur les Aides et Gabelles, rue Saint- Jacques, aussi neveu maternel; enfin, Nicolas-Claude Guillebon, écuyer, avocat au Parlement, rue Galande, au nom et comme tuteur de Marie-Thérèse Quillau, son épouse, nièce du s. Cars.

Le s. François-Joachim Babuty, marchand libraire à Paris, demeurant quai des Augustins, le père de la fameuse M"*“ Greuze, assiste à toutes les opérations en qualité d’exécuteur des testament et codicilles du défunt, reçus par M® Nau et son confrère, notaires à Paris, les 14 avril 1766, 3i mai 1767 et 20 juin 1768. C’est le s. Nau qui est désigné par les héritiers pour procéder aux opérations de l’inventaire.

Voici les meubles énumérés dans le procès-verbal du commissaire qui nous paraissent dignes d’une mention :

Dans la chambre à coucher ayant veue sur la cour : quatre tableaux peints sur toille, représentant portraits de famille ; une pendule à cadran d’émail, faite par Duval à Paris, dans sa boîte et sur son pied de marqueterie.

Dans une autre chambre ayant pareille vue ; trois tableaux peints sur toile, représentant portraits et sujets de dévotion.

Dans la gallerie du petit sallon : une petite commode de bois de placage; une consolle à dessus de marbre sur son pied de bois sculpté doré, un trumeau de cheminée à une glace et un tableau au-dessus, peint sur toille; un paravent de papier façon de la Chine; la tenture de satinade; deux tableaux en pastel sous verre, représentant portraits, deux têtes de plâtre bronzés sur leurs piédestaux ; vingt-neuf estampes sous verre avec bordures de bois doré.

Dans la salle à manger, au rez-de-chaussée, ayant vue sur la cour : une console à dessus de marbre; un trumeau d’une glace avec tableau en camayeu.

LAURENT CARS

Dans le magasin où se fait la vente des estampes, au rez-de-chaussée sur la cour : pour éviter à longueur et prolixité, attendu la quantité des estampes et planches y renfermées, avons mis et apposé les scellés et cachets de nos armes sur les fenestres du magasin.

Au second étage, avons mis et apposé les scellés et cachets de nos armes sur la porte d’un magasin contenant des planches; de même, dans une chambre au second, occupée par la d“® Lefebvre et où sont des armoires contenant des estampes.

Nous sommes ensuite montés au troisième étage, dans une chambre où couche la d"® Raincourt : un trumeau d’une seulle glace, un petit tableau au dessus; vingt-cinq estampes sous verre blanc ; la tenture d’Aubusson.

Au cinquième étage, nous avons apposé nos scellés sur la porte de l’imprimerie.

L’argenterie consiste en une cuiller à potage, quatre à ragoût, une écuelle à oreilles couverte, une autre plus petite sans couvercle, une cafetière, quinze cuillers et quinze fourchettes à bouche, quatorze cuillers à café, un gobelet à pied, un couteau à manche d’argent et cent quarante-un jetons. Une montre d’or et quelques bijoux sont aussi compris dans l’inventaire.

Peu d’incidents à noter. Un s'' J. -B. Martine, marchand joaillier à Paris, quai de l’Horloge, intervient comme tuteur des enfants à naître du s. Jean-François d’Ivry, en raison de la substitution dont le défunt a grevé le s. d’Ivry par son codicille du 3 1 mai 1 767. D’ailleurs certaines oppositions ne sont faites qu’en raison de la caution accordée par le s. Cars à son neveu.

Louis -Antoine Quillau, le graveur, réclame une somme de 5,000 livres, principal d’une rente de 2 5o livres, constituée à son profit par son oncle, par acte passé devant M® Nau, le 3o octobre 1759.

LAURENT CARS

Le s. Babuty désigne le graveur François Basan, demeurant rue et hôtel Serpente, pour donner son avis sur la prisée des planches, gravures et autres marchandises. Jacques-Jean Pasquier, aussi graveur en taille-douce, rue Saint-Jacques, est nommé au même effet par les autres héritiers. L’inventaire, commencé le 24 avril par le magasin, dure jusqu’au 4 mai et occupe vingt-une vacations.

Nous ne trouvons guère à signaler que l’incident suivant, ayant trait à un graveur nommé Jardinier, qui était, paraît-il, employé par Laurent Cars. Les biographes le font mourir en 1774, tandis que, d’après ce passage, il aurait précédé son maître au tombeau :

En procédant led. s' d’Ivry a déclaré qu’il avoir souscrit au proffit dud. deffunt s’’ Cars un billet de la somme de 322 livres; qu’il a remarqué qu’il n’avoit point été inventorié avec les autres papiers de la succession ; que cependant il a du se trouver sous nosd. scellés ou entre les mains de la d® Jardinier, chargée de toutes les affaires dud. deffunt, même de recevoir les effets souscrits à son proffit ; il nous requiert d’interpeller lad. d® Jardinier présente de déclarer ce qu’est devenu led. billet et si elle Ta en sa possession, et dans le dernier cas, d’en faire la représentation pour être compris aud. inventaire, se réservant à défaut de représentation dud. billet de la part de lad. d® Jardinier de se pourvoir contre elle par les voyes et ainsy qu’il appartiendra.

Et, à l’instant, lad. v® Jardinier cy présente a dit que le billet dont est question n’est point dans le cas d’estre compris aud. inventaire, attendu que le contenu en icelluy n’appartient point à la succession; mais que led. feu sf Cars en a été paié par le compte qui a été fait entre luy et le feu sieur Jardinier, mari d’elle comparante, ainsy qu’il résulte de la reconnoissancequeled. s"" Cars en a donné au dos dud . billet; et, pour en Justifier,

LAURENT CARS

elle en a, à l’instant, fait la représentation pour satisfaire au réquisitoire cy dessus, mais s’oppose à ce qu’il soit inventorié comme étant étranger à lad. succession et n’entend s’en dessaisir; faisant au surplus contre les prétentions portées aud. réquisitoire toutes protestations de droit, déclarant que si elle n’a point agi contre led. s*' d’Ivry jusqu’à présent pour avoir le payement dud, billet, c’est par égard pour led. feu sieur Cars qui l’avoit engagé de n’en point exiger le payement de son vivant.

Et par led. s"" d’Ivry a été dit qu’après avoir pris communication du billet dont est question il a remarqué qu’efîectivement au dos d’iceluy il se trouve une signature Cars au dessus de laquelle on a ajouté ces mots : Passé en compte à M. Jardinier sur la planche de la Dormeuse^ sans aucune datte, ce qui fait supposer que, quand véritablement led. deffunt auroit remis le billet en question au Jardinier^ ce n’auroit été que pour qu’il en suivît le payement, ayant de luy ses droits ; mais que, n’ayant pas été par luy payé, led. deffunt n’a pas manqué d’en faire rençon au s'' Jardinier^ parce que s’il eût resté en la possession dud. s'' Jardinier^ il auroit été inventorié lors de son deceds; que, ne l’ayant pas été, cela laisse la preuve la plus constante que led. billet étoit en la possession dud. deffunt sieur Cars, et ne se trouve aujourd’hui en celle de lad. v® Jardinier que parce qu’elle étoit chargée de tous les papiers actifs dud. deffunt, pour quoy il persiste à requérir l’inventaire dud. billet, et, à défaut de remise d’iceluy, se réserve, suivant qu’il l’a précédemment fait, de se pourvoir par les voyes de droit.

Et par lad. dame Jardinier a été dit qu’elle persiste dans son dire cy dessus et ne s’arrêtera point à relever les propos mentionnés au précédent dire qui ne tendent

FRANÇOIS LEHENCOUET. 9

qu’à la faire soupçonner sans aucun fondement d’infidélité, tandis qu’elle n’a retenu rien directement ny indirectement à la succession dud. s. Cars.

(Arch. nat., Y 144 19.)

FRANÇOIS LEHENCOUET

MAITRE PEINTRE

20 avril 1771 .

Qui est-ce que ce maître peintre qui meurt le samedi, ii avril iTji, sur les onze heures et demie du matin, en une maison de la rue Phelippeaux, dont il est propriétaire avec sa femme, Marie- Andrée Cordelier? Vainement chercherait-on quelque détail biographique sur cet artiste inconnu. Cependant, François Lehencouet est bien dit maître peintre à Paris dans le préambule du scellé dressé par le commissaire Nicolas Maillot, à la réquisition de la veuve. Le mobilier, sans intérêt, semble confirmer la qualité qui lui est donnée, à moins qu’il ne fût un simple marchand de couleurs, car une pièce est réservée à « la broyerie des couleurs » et contient « une table de pierre propre à broyer les couleurs. » Peu d’argenterie et 294 livres en espèces, voilà le plus clair de la fortune du défunt.

La succession échoit à des collatéraux et est réclamée par une sœur et des nièces du défunt. Plusieurs de ces héritiers habitent Autun; peut-être une partie de la famille était-elle originaire de cette ville.

(Arch. nat., Y 14466.)

JEAN COULLONDON

MARCHAND DE TAPISSERIES d’aUBUSSON.

10 mai 1771.

Constatation de décès.

Jean Coullondon, natif d’Aubusson et marchand de tapisseries de lad. ville, meurt au milieu de la nuit du jeudi 9 au vendredi 10 mai 1771, d’une attaque de paralysie, dans une chambre au

JEAN COULLONDON.

troisième étage d’une maison de la rue de Bussi, à l’âge de quatrevingt-trois ans. Comme il appartenait à la religion réformée, on doit avoir recours au lieutenant de police pour obtenir l’ordre d’inhumation donné dans la forme ordinaire, dont on a vu plusieurs exemples dans le précédent volume, notamment à l’occasion du décès des deux sœurs de Jean Coullondon, l’une veuve de Jacques Deschazeaux, tapissier d’Aubusson, morte le 22 juin 1755 (n” CLXI, p. 21 3), l’autre veuve de Jacques Jallasson, aussi tapissier d’Aubusson, morte le 29 novembre 1760 (n“ CLXXXVIII p. 292).

Le commissaire Gilles-Pierre Chenu est appelé, non pour apposer les scellés, mais seulement pour constater le décès, par Jean Tavernier, maître horloger, habitant la même maison que le défunt , qui a déjà paru au décès des veuves Deschazeaux et Jallasson , et par son beau-frère , François-Philippe Jallasson , marchand joaillier, demeurant Cour-Neuve-du-Palais.

Comme on le voit par cet exemple, la Réforme avait fait de nombreux adeptes parmi les chefs de l’industrie aubussonnaise.

' Ainsi qu’on l’a constaté plus haut, tous les membres de la famille Coullondon partageaient les croyances de celui dont il est ici question.

(Arch. nat., Y ii58i.)

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