CORNEILLE VAN CLÈVE
SCULPTEUR DU ROI
3 1 décembre 1732.
Dans la courte notice consacrée à ce sculpteur, le comte de Caylus dit : « l’excessive retraite et un genre de vie simple, éloigné de toute intrigue, n’ont fourni aucun événement pour la vie de Corneille Van Clève... » ; et l’auteur termine son étude par une liste détaillée des principales œuvres de l’artiste.
Sans parvenir à retrouver la date exacte de la naissance de Van Clève, bien qu’il soit né à Paris, Jal a posé les bases certaines de sa biographie. Sur plusieurs points, le procès-verbal de scellé vient confirmer ou compléter les détails fournis par le Dictionnaire critique.
Van Clève mourut rue des Orties, aux galeries du Louvre, dans la nuit du 3o au 3i décembre 1732. Voici les qualités que lui donne le procès-verbal d’apposition et de levée de scellés du
3oo
CORNEILLE VAN CLEVE.
commissaire Louis-Jérôme Daminois : « sculpteur ordinaire du Roi, chancelier, ancien directeur et recteur en son Académie royale de peinture et sculpture. » La déclaration de décès est faite par Nicolas Besnier, écuyer, ancien échevin de la ville de Paris, orfèvre du Roi, demeurant place des Tuileries, neveu et exécuteur testamentaire du défunt, suivant le testament olographe, en date du i5 décembre 1732, reçu par M' Laideguive le jeune, notaire à Paris.
La seule héritière est une sœur du défunt, Madeleine Van Clève, veuve du sieur Abraham de Lant, peintre, demeurant rue Guénégaud. Jal appelle ce beau-frère de notre artiste Delan et le dit peintre en miniature.
Le sculpteur n’avait pour tout domestique qu’une femme dont le mari, Dominique Pichot, exerçait le métier de garnisseur de tabatières.
Le mobilier accuse les habitudes simples de l’artiste. Nous citons les objets les plus saillants trouvés en évidence. Dans la chambre à coucher :
Un escabelon garni d’un modèle et de deux ligures en piastre bronzé ; une Sainte Vierge en mignature -, un tableau paysage et sa bordure de bois doré, et une petite teste peinte sur toille avec un bas-relief.
Dans la salle du dessoubs de lad. chambre ayant veue sur lad. rue des Orties : une table de marbre sur son pied de bois sculpté, sur icelle deux chandeliers en ligures de bronze doré^ ; une pendule dans sa boiste et sur son pied de cuivre et écaille ; dix tableaux peints sur toille représentant différents sujets, et un autre portrait du deffunt avec un Christ peint sur toille ; plus un autre tableau représentant Pierre entrant dans la barque^ tous en bordure de bois doré ; deux testes de bronze en leurs bordures de bois doré; deux Fleuves de
I. Caylus dit que Van Clève avait donné le modèle de deux flambeaux de table ayant pour sujet principal un Satyre et une Satyresse.
CORNEILLE VAN CLEVE.
3oi
bronze sur leurs pieds destaux de bois noircy^ ; un groupe de deux figures, aussy de bronze, sur son pied en escabelon peints en marbre ; une autre figure couchée sur un matelas^, aussy de bronze et sur son pied de bois noircy.
Dans la salle au rez-de-chaussée par bas sur la rue, en un bas d'armoire, se sont trouvées sept cuillères, sept fourchettes, une poivrière, une écuelle, une tasse en gondolle, une petite cuillère à caffé, le tout d’argent.
Sur lad. armoire : un grand vase de terre peinte, demi bas-relief; un tableau représentant la Sainte Vierge et V Enfant Jésus ; àtwx testes de bronze doré en leurs bordures ovalles de bois doré.
Le s. Antoine-Pierre Laideguive, notaire, est choisi pour procéder à l’inventaire par les parties qui déposent « que le s, Bouchardon, sculpteur du Roy, auquel l’atelier que led. feu s. Van Clève a dans le Vieux Louvre a esté donné, presse pour entrer en jouissance d’iceluy »; les sieurs Legros, demeurant rue du Chantre, et Oudry, demeurant aux Tuileries, peintre du Roi, sont désignés pour donner à l’huissier-priseur Dondey leur avis sur la valeur des ouvrages, matériaux et outils, bustes, groupes, bronzes, médaillons et tableaux garnissant l’atelier et l’appartement du défunt.
Les mêmes artistes donnent aussi leur avis pour l’estimation des recueils d’estampes, tandis que la prisée des livres est confiée à Jean-Jacques de Neuilly, libraire à Paris, demeurant cour du Palais.
Commencées le 8 janvier, les opérations d’inventaire sont closes le 20. La mention la plus importante est celle de la somme en espèces contenue dans un coffre en bois de chêne, façon de coffre-fort, fixé dans le cabinet du défunt. Elle monte à 21,688 livres, se décomposant ainsi : 462 louis d’or de 24 livres,
1. Sans doute une réduction du groupe de la Loire et du Loiret, une des oeuvres principales de l’artiste, placée aujourd’hui aux Tuileries et portant la date de 1707.