GRAVEUR
Information sur sa mort subite.
5 novembre lySS.
Les historiens se sont peu occupés de cet artiste d’ailleurs assez médiocre, lis disent, sans preuves, qu’il était né vers 1688, et ils ignorent la date de sa mort que l’information suivante fait connaître!. Presque tous ont d’ailleurs reproduit, sans y rien ajouter, les détails donnés dans le Künstler-Lexicon de Nagler. Jal a cependant fait connaître les principaux membres de cette famille originaire des Pays-Bas, qui vint s’établir à Paris pendant la première moitié du règne de Louis XIV. Le premier Hortemels, dont l’auteur du Dictionnaire critique ait rencontré le nom dans les actes d’état civil, est Daniel, natif de Middelbourg en Zélande, qui épouse, le i5 mai 1678, Marie-Anne Cellier, fille d’Antoine Cellier, marchand libraire à Paris. Daniel exerçait, comme son beau-père, la profession de libraire et pratiquait, comme lui, la religion protestante.
Daniel Hortemels est très vraisemblablement le père de notre Frédéric, bien qu’on n’en ait pas la preuve positive. Il eut aussi
I. Dans un travail spécial intitulé : Notice sur les Tardieu, les Cochin et les Belle, publié dans les anciennes Archives de VArt français, t. IV, 49-69, M. Alexandre Tardieu avait publié le premier l’état civil des différents membres ou alliés de celte nombreuse famille d’artistes. Mais il ne connaît ni la date de la naissance, ni celle de la mort de Frédéric Hortemels. Il lui donne deux frères, mais ne cite pas leurs noms.
FRÉDÉRIC HORTEMELS. 359
plusieurs filles qui s’allièrent à des artistes distingués et acquirent par leurs propres talents une certaine réputation.
Marie-Nicole Hortemels, néele lyoctobre 1689, épousa, en 1722, Alexis-Simon Belle^ mort le 22 novembre 1734. Elle a laissé un portrait de Jacques Boileau, gravé d’après un dessin de son frère. On ignore la date de sa mort. M. Al. Tardieu, dans l’article cité, assure qu’elle vivait encore en 1745, ce qui paraît assez improbable puisqu’elle ne figure pas à la levée des scellés de son frère Frédéric, en 1738, avec ses autres sœurs. Louise-Madeleine (et non Marie-Madeleine, comme l’impriment Nagler et ses copistes) Hortemels épousa, en 1713, Charles -Nicolas Cochin, premier du nom, et fut la mère du célèbre dessinateur et graveur qui mourut en 1788. Elle survécut à son mari décédé en 1754 et mourut le 4 octobre 1767, aux Galeries du Louvre. Nagler l’a fait naître à Paris en 1686 et Le Blanc [Manuel de l’amateur d’estampes) à Utrecht, en 1687. Elle a laissé un certain nombre de planches estimées et a travaillé aux gravures du Versailles immortalisé de J.-B. de Monicart. Une troisième sœur, Marie- Anne Hortemels, née vers 1682, dit M. Tardieu, veuve en premières noces de Germain le Coq, pâtissier de la Bouche du Roy, mort en 1709, prit pour second mari, le 20 avril 1712, le graveur Nicolas-Henri Tardieu, mort en 1749, après sa femme. Marie-Anne ne paraît pas avoir montré, comme ses sœurs, des talents pour la gravure. Une de ses filles fut tenue sur les fonts baptismaux par son frère Frédéric et sa sœur Louise-Madeleine, la femme de Cochin (voy. Jal, Herluison et Archives de l’Art français, loc. cit.). Denis Hortemels, qui figure dans l’acte suivant comme frère du défunt, était libraire à Paris.
Quant au s. Antoine-Joseph de Rocrolle qui se présente au même titre que les sieurs Cochin, Tardieu et Denis Hortemels, il avait probablement épousé une sœur du défunt dont le nom est resté inconnu.
Si Frédéric Hortemels mourut dans la misère, il faut dire qu’il n’avait jamais pu s’élever au-dessus du niveau de la médiocrité. Sans ses alliances, il serait à peine connu. Il a gravé un portrait du Régent d’après Santerre, une Bethsabée, terminée par N. Tardieu, d’après C. Van Loo. Il a surtout travaillé pour le Recueil de Crozat. (Voyez les Graveurs du dix-huitième siècle par MM. Portalis et Beraldi, t. II, 419, et le Manuel de Ch. Le Blanc.)
FRÉDÉRIC HORTEMELS.
Procès-verbal et information au sujet de la mort subite de Frédéric Hortemels.
Du 5 novembre lySS, six heures du soir.
Nous, Louis-Pierre Regnard l’aîné, conseiller du Roy, commissaire au Châtelet de Paris, requis, sommes transportez rue du Plâtre, paroisse Saint-Séverin , dans le collège de Cornuaille ^ ; où étant, y avons trouvé les s*'® Charles-Nicolas Cochin^, Denis Ortemelle, Nicolas Tardieu et me Antoine-Joseph de Rocrolle, avocat en Parlement, conseiller du Roy, commissaire au Châtelet de Paris, tous quatre proches parens du s. Frédéric Ortemelle^ graveur à Paris, qui nous ont dit que, sur l’avis à eux donné de l’absence du s. Frédéric Ortemelle^ demeurant dans le collège où nous sommes, depuis quelques jours, ils s’y sont transportez, et, ayant observé à la serrure de la porte de son appartement, au second étage sur la rue, la clef être dans lad. serrure en dedans et un verroux en dedans fermez, nous ont dit qu’ils ont tout lieu de craindre que led. s. Frédéric Ortemelle ne soit tombé mallade et être dans un état à ne pouvoir avoir aucun secours ; pour les luy fournir, nous requiert qu’il nous plaise faire faire ouverture de sond. appartement, et, étant monté au devant dud.
1. Le collège de Cornouailles avait été fondé, en 1817, pour les pauvres écoliers de cette province étudiant en l’Université de Paris. Il était situé, comme on le dit ici, dans la rue du Plâtre, qui allait de la rue Saint-Jacques à celle des Anglais. Beaucoup de libraires logeaient rue Saint-Jacques. Aussi les graveurs qui travaillaient pour eux étaient-ils venus se fixer dans le voisinage. On voit par notre procès-verbal que le collège de Cornouailles recevait des pensionnaires, ou tout au moins des locataires (Voy. PiGANioL, Description de Paris, V, 356).
2. C’est le père. Il était beau-frère du défunt ainsi que Nicolas Tardieu. Denis Hortemels était frère de Frédéric.
FRÉDÉRIC HORTEMELS.
appartement, étayant pareillement observé lad. serrure, y avons trouvé en lad. serrure la clef en dedans et le verrou d’en haut fermé, pourquoy avons, en la présence des cy-dessus nommez et des nommez Germain le Clerc, portier dud. collège, et Louis-Henry Dazenvillier, maître menuisier, voisin, mandé la personne de Cléophas Mougeat, maître serrurier à Paris, et fait faire ouverture dud. appartement ; y étant tous entrez, avons trouvé le cadavre dud. s. Frédéric Ortemelle étendu sur le carreau au pied d’une paillasse, la tête contre la fenêtre, vêtu d’une veste noir, une culotte de drap brun, chaussé de ses bas, avec des soulliers en pantouffles et entortillé d’une robbe de chambre de calmande rayée ; et, l’ayant fait visiter, ne s’est trouvé sur luy aucunes blessures; pourquoy et attendu led. flagrant délit, avons procédé à l’information d’office au pied du présent procès-verbal, ainsy qu’il ensuit, et ont signé, fors led. Dazenvillier qui a déclaré ne savoir écrire ny signer de ce interpellé.
(Signé :) Denis Horthemels — Hudelin de Rocrolle — Cochin — Cléophas Mougeat — Germain Leclerc — Nicolas Tardieu — ■ Regnard.
INFORMATION d’OFFICE FAITE PAR NOUS LOUIS-PIERRE REGNARD, CONSEILLER DU ROY, COMMISSAIRE AU CHATELET DE PARIS.
A la requeste de M. le procureur du Roy dud. Châtelet.
Au sujet de la mort subitte dud. s. Frédéric Hortemelle, en exécution de notre ordonnance étant au pied de notre procès-verbal de ce jourd’hui,
Henry- Louis Dazenvillier, âgé de quarante-trois ans.
FRÉDÉRIC HORTEMELS.
maître menuisier à Paris, demeurant rue du Plâtre, paroisse Saint-Séverin, lequel, après serment par luy fait de dire vérité,
Dépose, lecture à luy faite de notre procès-verbal, n’avoir d’autre connoissance des faits y contenus, sinon que led. feu s. Hortemelle est venu demeurer en l’appartement où nous sommes, il y a environ six semaines, et a reconnu qu’il vivoit particulièrement, n’ayant que très peu de commerce avec le monde; que, la nuit du trois au quatre du présent mois, luy déposant, étant couché en la chambre au-dessous, entendit un bruit extraordinaire, comme sy quelque chose de sa chambre étoit tombé sur le carreau ; qu’ayant remarqué qu’il se levoit de très bonne heure, cela ne luy a fait aucune impression; et de la journée du cinq ne l’a point entendu marcher, ny ne l’a veu paroître dans led. collège, qui est tout ce qu’il a dit savoir. Lecture a luy faite de sa déposition, a dit icelle contenir vérité, y a persévéré, n’a requis taxe, et a déclaré ne savoir écrire ny signer, de ce interpellé suivant l’ordonnance.
Germain Le Cler, âgé de trente-neuf ans et demy, maître cordonnier à Paris, y demeurant dans le collège où nous sommes, sçize rue du Plâtre, paroisse Saint- Séverin, lequel, après serment par luy fait de dire véritté.
Dépose, lecture à luy faite de notred. procès-verbal, qu’il y a environ six semaines que led. feu s. Hortemelle est venu demeurer dans led. collège et y occupoit la chambre où nous sommes, où il vivoit sans fréquenter personnes dud. collège, sortoit peu et se rangeoit de très bonne heure lorsqu’il sortoit; ne l’a point veu sortir, rentrer, ny entendu depuis mercredy dernier ; que depuis qu’il est entré dans led. collège, il luy a toujours
JEAN-BAPTISTE FERET
paru être indisposé, qui est tout ce qu’il a dit savoir. Lecture à luy faite de sa déposition, etc.
Après laquelle information, ne s’étant trouvé aucuns effets susceptibles d’aucuns scellez, ne concistants lesd. effets étans en lad. chambre qu’en mauvaises nippes, mauvais bois de lit et matelas, avons laissé le tout sans autre description en la possession desd. s''® Hortemelle, Cochin, Tardieu et de Rocrolle ; ensuitte de quoy sommes retirez, dont et de tout ce que dessus avons dressé le présent procès-verbal et ont signez.
(Arch, nat., Y 10849.)