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DESSINATEUR ET GRAVEUR

9 décembre 1678.

Il est singulier que personne jusqu’ici n’ait eu l’idée de réunir les renseignements éparpillés dans vingt ouvrages sur l’éminent artiste qui fait l’objet de cette notice. Selon leur habitude, les anciens biographes se sont copiés l’un l’autre, sans se préoccuper de la vraisemblance des anecdotes qu’ils racontent. Ainsi, tous répètent que Nanteuil naquit en i63o, et, comme on sait, depuis longtemps, qu’il mourut en décembre 1678, il résulterait du rapprochement des deux dates que vingt-cinq ans lui auraient suffi pour exécuter l’œuvre considérable qu’on connaît. Jal a simplifié la besogne à l’historien qui entreprendra de présenter une biographie critique et complète de l’artiste rémois. Tout d’abord, il a établi que Nanteuil s’était marié avant 1647, puisque, le 26*mai, Jeanne Regnesson, sa femme, mettait au monde une fille nommée Nicole. Le mariage est donc au moins de 1646. Or, est-il admissible un instant qu’on ait marié une jeune fille à un apprenti graveur à peine âgé de dix-sept ans? La date du mariage recule donc forcément celle de la naissance. Jal a cherché cette dernière, mais sans résultat. De nouvelles investigations dans l’état civil de Reims obtiendraient peut-être plus de succès. Notre graveur est probablement né vers 1620. N’est- il pas étrange toutefois que ses contemporains ne fussent pas mieux fixés sur son âge? Perrault l’avait fait naître en i63o ; tous les historiens se sont empressés de répéter cette date.

La première fille de Nanteuil^ nommée Nicole, naît rue des Prouvaires; l’artiste était donc fixé à Paris en 1647. Dès lors avait commencé pour lui cette série de travaux et de succès qui ne devait s’arrêter qu’à sa mort. Jal a de plus retrouvé le nom du père de notre graveur. Il s’appelait Lancelot Nanteuil, exerçait dans son pays la profession de marchand, et mourut à Paris le 5 janvier 1657. Nous renvoyons sm Dictionnaire critique pour les autres détails sur la famille et la vie de Robert Nanteuil ; il suffira de rappeler que sa veuve, Jeanne Regnesson, lui survécut

ROBERT NANTEUIL

peu de temps; elle mourut le 25 juin 167g. Elle habitait alors rue Gilles-Cœur. Tous les enfants issus de cette union étaient morts avant leur père ; il n’en paraît pas un seul lors de la levée des scellés. Les plus proches héritiers sont des nièces mariées, l’une à un maître chapelier, l’autre à un maître chaudronnier, toutes deux domiciliées à Reims. L’héritage, si on en croit les récits des contemporains, ne fut pas considérable. Nanteuil gagnait des sommes énormes, la pièce qui suit le prouverait au besoin ; mais il dépensait avec la même facilité. Aussi voyonsnous sa veuve se réserver la faculté de renoncer, après examen, à la communauté.

L’intérêt de ce scellé n’est pas dans la description d’un mobilier insignifiant, mais dans les renseignements qu’on y trouve sur plusieurs œuvres de l’artiste et sur le prix qu’il mettait à ses travaux. Le dessin, la gravure et probablement aussi le tirage à deux mille cinq exemplaires d’une thèse où figurait le portrait du Roi, de grandeur naturelle, n’allaient pas à moins de dix mille huit cents livres; ce chiffre montre le prix que les contemporains attachaient aux œuvres de notre artiste. 11 reste à retrouver, s’il existe encore dans l’étude du notaire qui présida aux opérations, l’inventaire des planches dressé par Poilly et Vallet.

Pour terminer, voici la liste des principaux auteurs qui se sont occupés de R. Nanteuil, et que devra consulter le biographe qui entreprendra l’histoire de ce grand artiste.

Les Hommes illustres de Perrault donnent son portrait gravé par G. Edelinck, d’après un dessin fait par Nanteuil lui-même, avec une notice de deux pages

VAbecedario de Mariette s’occupe seulement de quelques gravures de l’artiste 2; mais les éditeurs de ce recueil ont dressé la liste des anciens auteurs, tels que Florent Le Comte, l’abbé Lambert, Vigneul Marville, l’abbé de Marolles, Piganiol, qui ont parlé de Nanteuil. Pour terminer, ils citent trois pièces de vers tirées des manuscrits de la Bibliothèque nationale, et dont la composition est attribuée au graveur.

V Almanach historique de la ville de Reims pour l'année 1771^ contient un Mémoire de huit pages pour servir à la vie de

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