TAPISSIER HAUTELISSIER DU ROI AUX GOBELINS
14 septembre lyJp.
Aujourd’hui, la tapisserie est considérée comme une véritable œuvre d’art, on ne s’étonnera donc pas de trouver ici les renseignements qui se sont rencontrés sur quelques-uns des plus célèbres tapissiers des Gobelins. Le nom de Lefebvre brille au premier rang parmi ceux des entrepreneurs qui ont conduit la manufacture des Gobelins, sous le règne de Louis XIV, à son plus haut degré de prospérité. Le chef de la famille, Pierre Lefebvre, reçut le brevet de tapissier du roi de France dès 1648, après avoir longtemps dirigé la manufacture de Florence. Il se fixa définitivement à Paris en i655, et reçut, à cette époque, pour en jouir avec son fils Jean, un logement aux galeries du Louvre et un grand atelier dans le jardin des Tuileries. Il n’est pas possible d’admettre que le Jean Lefebvre, mort en lySg, soit celui qui avait déjà atteint l’âge d’homme en i655. Il eût été plus que
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centenaire au jour de son décès. Notre Lefebvre est évidemment un fils ou même un petit-fils du tapissier de Louis XIV. Avec lui s’éteignit la glorieuse dynastie des entrepreneurs de haute lisse, car il mourut sans enfants et sa succession, fort importante, alla à des collatéraux.
Jean Lefebvre, ancien valet de chambre hautelissier du roi en sa manufacture des Gobelins, meurt le lundi 14 septembre lySg, sur les sept heures du matin, dans une maison à porte cochère, rue de la Jussienne, presque vis-à-vis la rue Soly. Sa veuve Anne- Charlotte Desnots, commune en biens avec lui, requiert le commissaire Louis-Jérôme Daminois d’apposer les scellés sur les biens et effets de la succession.
Le mobilier en évidence annonce un intérieur aisé, luxueux même. Q.u’on en juge par le procès-verbal même du commissaire.
Dans la chambre du défunt : Trois thèses ou estampes montées dans leur cadre de bois doré; trois petits tableaux de dévotion et un plus grand dans leur bordure de bois doré.
Dans la chambre de lad. dame Lefèvre : un écran de bois, dont le cadre est garny de deux figures de tapisserie, cinq tableaux peints sur toille et un autre représentant la Sainte Vierge tenant VEnfant Jésus, de tapisserie, tous dans leurs bordures de bois doré; la tapisserie de moquette veloutée, couleur citron ; un tableau (sic) de bois de la Chine garny de six tasses et six soucoupes.
Dans la salle qui suit l’antichambre : une table en consonne sur son pied de bois doré, et sur icelle une pendulle sonnante dans sa boitte de marquetterie de cuivre et écaille; deux petits tableaux peints sur toille ; un autre petit représentant des fleurs ; six autres tableaux, dont trois portraits moyens ; un autre plus grand, aussy portrait; un autre représentant une Descente de croix, et un autre des animaux, tous peints
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sur toille dans leurs bordures de bois doré, et autre tableau portrait de femme couvert d’un petit rideau de taffetas cramoisy, aussy dans sa bordure de bois doré, et deux autres dessus de porte; la tapisserie de lad. salle de velours d’Utrecht cramoisy, les rideaux des deux croisées de taffetas cramoisy.
Dans l’antichambre servant de salle à manger ’ : s’est trouvé un bas d’armoire sur lequel n’avons apposé aucun scellé à la réquisition de lad, dame Lefèvre, laquelle nous a représenté un état de la vaisselle d’argent étant en iceluy, en partie, et dans le buffet qui est, ainsy qu’elle nous l’a déclaré, dans la maison qu’il occupoit dans la rue Basse de Passy, led. état écrit de sa main sur le premier feuillet recto et verso d’un moyen papier à lettre, contenant en tout 42 lignes d’écriture, lequel état nous avons paraphé.
S’est trouvé en évidence deux estampes des batailles d’Alexandre, deux petits tableaux pastel, portraits, trois autres portraits dont un du feu Roy^ un autre, représentant MnQ Magdeleine^ peint sur toille, et un autre de feu M. Le Tellier, chancelier de France, de tapisserie; deux dessus de porte, tous dans leurs bordures de bois doré ; la tapisserie de brocatel rayé bleu, rouge et jaune.
Sommes monté dans l’appartement au dessus de celuy cy dessus, et entré dans une petite chambre au dessus de la salle à manger ; quatre tableaux peints sur toille, dont trois dans leur bordure de bois doré et l’autre sans bordure, ceiniré.
Dans le cabinet de toilette de lad. dame : une cassette de bois blanc trouvée fermée, sur laquelle est écrit
I. Cette distribution se rencontre encore fréquemment dans beaucoup de vieilles maisons, dans les appartements de la place Royale par exemple.
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qu’elle appartient et les papiers qui y sont au s*' Peillion, employé pour les vivres, actuellement en Corse, beau-frère de lad. dame veuve à cause de sa femme; sept petits tableaux de fleurs peints sous leurs verres blancs.
Déclare lad. dame veuve qu’elle a entre ses mains i68 louis d’or de 24 livres chacun, valant 4,082 livres, dont elle se charge pour en compter lors de l’inventaire.
Le défunt laissait une véritable fortune. D’abord sa veuve vient déclarer qu’elle a entre les mains 168 louis d’or de 24 livres, faisant un* total de 4,082 livres; ensuite, on découvre dans un coffre-fort de fer d’Allemagne : 28 sacs d’écus de six livres, de 1,200 livres chacun, ci 33, 600 liv.; 6 sacs de 1,000 livres; un autre sac de 1,002 liv. et i6o louis d’or de 24 liv., faisant 3,840 liv.; le tout montant à 44,442 livres. Enfin, dans un autre endroit, en bas d’une armoire, on trouve encore un sac de 1,200 liv., un de 894 liv. en écus de six et de trois liv., deux sacs de sols neufs de 2 sols, de 100 liv. chacun, et un autre sac de sols de i8 deniers, de 3 7 liv. 10 sols. Lefèvre n’aimait pas être dépourvu de monnaie. Soit en tout 5o,8o5 livres en espèces d’or, d’argent et de cuivre.
A qui donc alla cette fortune l II en revint sans doute une partie à la veuve en raison de la communauté; le reste passa à des collatéraux qui sont : 1“ Marie-Magdeleine Lefèvre, sœur du défunt et femme de Louis de Riencourt, écuyer, sieur de la Croisette, demeurant quai de Bourbon; 2° Rosalie Lefèvre, fille majeure, par représentation de Pierre-Paul Lefèvre, son père, vivant chevalier de l’ordre de Saint-Louis et ingénieur en chef pour le Roi, frère du défunt; 3° les enfants mineurs de François Lefèvre d’Amicot, chevalier de l'ordre de Saint-Louis, demeurant à Vassy, frère du défunt; lesd. enfants représentés par leur mère Françoise de Tourniset.
La dynastie des tapissiers du nom de Lefèvre s’éteignit bien, comme on le voit, avec l’entrepreneur mort en lySg.
La veuve nomme, pour procéder à l’inventaire, le notaire Thomas Michelin, et pour la prisée de l’argenterie qui paraît avoir été considérable, mais dont le détail ne nous a pas été NOUV. AUCH. DE l’aRT FR. l883 24