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TAPISSIER ORDINAIRE DU ROI A LA SAVONNERIE

i3 Janvier 1740.

L’histoire de la manufacture royale de la Savonnerie est encore imparfaitement connue et ses produits ont été peu étudiés jusqu’ici; raison de plus pour accueillir tous les documents qui se rapportent à cet établissement et à ceux qui l’ont dirigé. L’acte suivant offre un autre intérêt; la personne dont il constate la mort appartient à la famille du fondateur de la manufacture royale de tapis façon du Levant, et descend évidemment de ce Pierre Dupont qui nous a laissé, sous le titre de Stromatourgie^ un récit piquant des débuts de son entreprise et de ses démêlés avec son associé Simon Lourdet. On voit que la manufacture resta pendant plus d’un siècle sous la direction des descendants de son créateur. Geneviève-Cécile Dupont ne laissait pas d’enfants; avec elle s’éteignit donc la descendance directe du premier entrepreneur de la Savonnerie.

Les renseignements contenus dans les scellés ont surtout trait à la biographie des personnages qu’ils concernent; on trouvera cependant ici quelques détails sur les produits de la manufacture royale, et l’indication d’un singulier ouvrage représentant une tête de mort.

Procès-verbal d'apposition de scellés après le décès de Geneviève- Cécile Dupont^ femme de Jacques de Noinville, tapissier ordinaire du Roi en la manufacture de la Savonnerie.

L’an 1740, le mercredy, i3 Janvier, entre huit et neuf heures du matin, nous, Louis-Jérôme Daminois, commissaire au Châtelet de Paris, requis, sommes transporté en la maison royalle de la Savonnerie, faubourg de la Conférence, où, étant monté dans une chambre.

3y2 JACQUES DE NOIN VILLE.

au premier appartement du corps de logis à droite, y avons trouvé le s'' Jacques de Noinville, tapissier ordinaire du Roy en sa manufacture royalle de la Savonnerie, lequel nous a dit que dame Geneviève-Cécille Dupont, son épouse, est décédée la nuit dernière dans leur chambre, au fond dud. appartement ayant veue sur un jardin et sur la rivière, laquelle, de leur mariage, ne laisse aucun enfant, avec laquelle il étoit en communauté de biens par leur contrat de mariage, et son donnataire mutuel ; pourquoy il nous a requis et requiert de vouloir présentement apposer nos scellés et cachets sur les biens et effets dépendants desd. succession et communauté, à la conservation de ses droits et actions résultans tant de sond. contrat de mariage que du don mutuel fait entr’eux.

Premièrement, led. s*" de Noinville nous a fait ouverture de son cabinet, qui est à la droitte de la salle d’entrée dud. appartement, duquel il a tiré en notre présence un sacq de 600 livres pour subvenir à la dépense journalière de sa maison.

Dans la salle ne s’est rien trouvé à sceller, mais, en évidence : un sopha et huit fauteuils à manchettes de noyer, couverts de tapisserie de la Savonnerie ; trois tableaux dessus de porte dans leur montures de bois doré ; quatre morceaux de tapisserie verdure Auvergne.

Dans la chambre où lad. dame est décédée ; une estampe de Louis XV sous verre blanc, dans sa bordure de bois doré; deux fauteuils de commodité de bois de noyer et deux tabourets couverts de tapisserie de la Savonnerie.

Dans un cabinet ensuitte : un tableau portrait d’homme dans sa bordure de bois doré.

Dans une chambre à l’étage au dessus : quatre

JACQUES DE NOINVILLE.

tableaux, peints sur toille, dont un Christ; une estampe de Louis XIV sous verre blanc, dans sa bordure de bois doré, avec une teste de mort, ouvrage de la Savonnerie.

Dans une petite chambre vis-à-vis ayant veue sur la cour de lad. maison ; quatre portraits, dont deux d’hommes et deux de femmes, dont deux dans leurs bordures de bois doré; cinq autres tableaux de dévotion.

Dans la salle à manger, au rez-de-chaussée ; une armoire à quatre vollets et deux tiroirs ouverts; dans les vollets d^en haut s’est trouvée la vaisselle d’argent qui suit : neuf plats, dont deux ovales, seize cuillières, seize fourchettes, deux écuelles, deux salières, une poivrière, un moutardier, un sucrier, un porte huillier, une cuillère à olive, deux cuillères à ragoût, une cuillère à potage et deux flambeaux, le tout d’argent; deux autres flambeaux d’argent ; un tableau de dévotion ; deux autres portraits.

Dans le magasin de l’attelier di* bout s’est trouvé sur des rayons, tant en bottes, plottes que sur des broches, environ deux miliers de laine à faire tapisserie.

A l’égard des métiers et des ouvrages qui sont dessus, au nombre de dix, led. de Noinville a déclaré que lesd. ouvrages et métiers appartiennent au Roy, et que les seuls outils servants aux ouvriers appartiennent à lad. succession et communauté.

Lundi, 18 janvier 1740.

Requièrent la reconnoissance et levée des scellés ;

1° Jacques de Noinville, tapissier ordinaire du Roi et entrepreneur des ouvrages de la manufacture royale de la Savonnerie de Chaillot, à cause de la communauté de biens qui a été entre lui et lad. deffunte Geneviève- Cécile Dupont, sa femme, son donataire mutuel et habile à se dire et porter héritier de lad. défunte, sa

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