‹ Scellés et inventaires d'artistesChapitre 142 sur 154 · CLÉMENT-MARIE LEMOYNE · texte numérisé non relu

CLÉMENT-MARIE LEMOYNE

PEINTRE DE l’aCADÉMIE DE SAINT -LUC.

3i octobre 1740.

Apposition de scellés, le lundi 3i octobre 1740, sur les sept heures du soir, par le commissaire Mathias de Mortain, sur meubles et effets de Clément-Marie Lemoyne^, maître peintre de l’Académie de Saint-Luc, décédé le même jour sur les trois heures de relevée, en une maison sise à Paris, rue de Bourgogne, dont est propriétaire le s. d’Harcourt, menuisier; à la requête de Jeanne-Catherine Testard, veuve du défunt, âgée de vingttrois ans ou environ, sous la tutelle de Claude Testard, son père, maître serrurier à Paris, demeurant rue Croix-des-Petits-Champs, vis-à-vis la rue Coquillière.

L’unique héritier du défunt est son fils mineur Marin Lemoyne, âgé de neuf mois, placé sous la tutelle de Charles Mazières, secrétaire du roi près la cour des Monnaies.

Les meubles en évidence n’offrent aucun intérêt, non plus que les oppositions.

L’inventaire est confié au notaire François-Gédéon Marchand. Au cours des opérations, le s. Martin, procureur au Châtelet, représente différents papiers à lui confiés par le défunt et notamment un inventaire après décès de Marguerite-Nicolle Mazières, à son décès femme de Louis Boissier, et auparavant veuve de Denis Lemoyne, mère du défunt. Ce papier nous donne ainsi les noms du père et de la mère de Clément-Marie Lemoyne.

(Arch. nat., Y iSogi.)

I . Cet artiste ne figure ni dans le scellé, ni dans l’inventaire faits après la mort du premier peintre du roi, François Lemoyne (voir ci-dessus : n° LXXXIII) ; il ne semble donc pas appartenir à la même famille qui se composait surtout, comme on l’a vu, par les pièces publiées, de gens de très humble condition.

JOSEPH-FERDINAND GODEFROY

JOSEPH-FERDINAND GODEFROY

MAITRE PEINTRE

i6 avril 1741.

La pièce suivante apportera quelque diversion à la monotonie des scellés et inventaires. Au sortir d’un joyeux banquet réunissant plusieurs artistes connus, deux des convives se prennent de querelle sous un motif des plus futiles, peut-être sous l’influence de trop copieuses libations, et l’agresseur paye de sa vie un excès de vivacité. Il n’y a là rien de bien extraordinaire. Les circonstances et la qualité des témoins constituent le principal intérêt de ce petit drame. En effet, parmi les personnages réunis par le hasard dans un cabaret à la mode, rue Saint-Thomas du Louvre, figure au premier rang un conseiller de l’Académie, le peintre Charles Parrocel, cause première et bien innocente de la mort de Godefroy, puis Etienne Poitreau, peintre de paysages, aussi de l’Académie, bien oublié aujourd’hui, l’Anversois Michel van der Wort, sculpteur, agréé par l’Académie en lySi, après avoir remporté le premier prix en 1728, et exclu quelques jours après le triste événement dont nous reproduisons le récit, le Prussien Georges-Frédéric Schmidt, reçu académicien comme graveur en 1742, l’ébéniste André-Charles Boulle, fils et homonyme du grand artiste bien connu, le joaillier André Herbst, Abraham-Ignace Bolkman, peintre en titre du prince de Carignan, complètement inconnu maintenant, enfin les deux adversaires : le peintre Chantreau, qui travaillait alors, ainsi cyé Etienne Poitreau, pour le roi de Danemark, et dont les œuvres décorent peut-être encore quelque palais royal à Copenhague, et Joseph-Ferdinand Godefroy, la victime.

Sur ce dernier, qui n’est, à tout prendre, qu’un véritable marchand de tableaux, en dépit de son titre de maître peintre, les renseignements font absolument défaut. Mais nous avons de sérieuses raisons de le considérer comme père du Jean-François Godefroy, deuxième prix de l’Académie de peinture en 1767, dont la veuve avait acquis une véritable célébrité dans la restauration des tableaux, et comme grand-père de Joseph-Ferdinand-

JOSEPH-FERDINAND GODEFROY. SqS

François Godefroy, qui mourut à vingt-trois ans*, pourvu déjà officiellement du titre de restaurateur des peintures du Cabinet du Roi. Si la preuve positive de cette filiation fait défaut, il serait au moins singulier de retrouver chez ce dernier deux des prénoms du Godefroy tué en 1741, s’il n’était pas son parent à un titre quelconque. Il ne peut être son fils, les dates s’y opposent. Par malheur, notre acte ne dit pas si notre querelleur malheureux laissait des enfants, et on ignorait jusqu’ici le nom du père de Jean-François Godefroy; ce point éclairci changerait peut-être notre hypothèse en certitude. On avouera du moins qu’elle est des plus plausibles.

Sur le fond et les incidents de la querelle, nous laisserons la parole aux témoins, nous contentant d’observer que les dépositions présentant quelque valeur tendent toutes à faire retomber la responsabilité de la querelle sur celui qui en devint la victime. Il est donc probable que le peintre Chantreau se tira encore assez aisément de ce mauvais pas.

Procès-verbal et information au sujet du décès de Joseph-Ferdinand Godefroy, maître peintre.

L’an 1741, le 16® jour de dimanche du mois d’avril, six (heures) du soir, nous, Louis Cadot, commissaire au Châtelet de Paris, ayant eu avis qu’il y avoit, cloître Saint-Germain-de-l’Auxerois, un homme qui venoit d’i être tué d’un coup d’épée par un particulier qui s’étoit sauvé dans le Louvre, et que la garde étoit dans led. cloître, nous y sommes transporté ; où étant, nous aurions trouvé dans led. cloître un grand nombre de populace avec la garde qui étoit au-devant de la porte d’une boutique de peintre qui est vis-à-vis de la principale porte de Saint-Germain-l’Auxerrois, le sergent de laquelle garde nous ayant dit que c’étoit le maître qui demeuroit dans lad. boutique qui venoit d’être tué,

I. Voyez la lettre de Pierre du 14 décembre 1788, annonçant la mort de Joseph-Ferdinand-François Godefroy, arrivée la veille {Archives de l’Art français, II, 217).

3g6 JOSEPH-FERDINAND GODEFROY,

nous serions entré avec lui en icelle boutique, en laquelle s’est présenté devant nous Abraham-Ignace Bolkaman, peintre de défunt M. le prince de Carignan, demeurant à l’hôtel de Soissons, Marguerite Langlet, fille de boutique, et Marianne Goussillon, cuisinière du défunt, nommé Joseph-Ferdinand Godefroy ^maxtre peintre; lesquels nous ont dit que c’étoit led. s*' Godefroy qui venoit d’être tué, et led. s^ Bolkaman a ajouté qu’il vient d’aprendre par la populace que c’étoit un jeune homme habillé gris blanc, portant chapeau à point d’Espagne d’or et veste bleu, qui avoit donné le coup ; qu’il portoit aussi des culotes de velours et des bas blancs avec des jarretières au-dessous des jenoux ; qu’il croit être le s"^ Chantro ^ peintre, avec lesquels lui Bolkaman et led. s’’ Godefroy ont dîné cejourd’hui, à la Galère d’Avignon, rue Saint-Thomas-du-Louvre, eux neufieme. Ensuite de quoi, nous commissaire, ayant été introduit dans une salle que nous avons apris être occupé par le sieur doyen de Saint-Germain, ayant vue sur la cour du doyené, nous y avons trouvé le corps mort dud, s*" Godefroy^ que le s’’. René Causseau, chirurgien, demeurant rue d’Orléans-Saint-Honoré, a à l’instant visité en notre présence; lequel nous a dit que le défunt étoit mort dud. coup qui lui avoit été porté du côté droit au-dessous de la mamelle, sur la six et septième côte, où nous lui avons effectivement veu un trou fait vraisemblablement par une épée du haut en bas; lequel défunt s’est trouvé en outre avoir le petit doit de la main droite coupé jusqu’à l’os et une égratignure qui lui traverse sur la poitrine; et le s’’ Julien d’Anguisy, sergent de lad. garde, nous a dit qu’il avoit apris aussi par la populace que c’étoit le défunt qui avoit tiré le premier l’épée ; lequel défunt s’est trouvé

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nu sur une paillasse, les habits duquel nous ont été représentés, consistants en un habit de drap gris Varrebesse (?) doublé de soie et à boutons de pareille couleur, garni d’un galon large et bouton d’or, culote pareille à l’habit, bas de soie blanc, chapeau à bordé d’or large uni, boucles à ses souliers et boutons à ses manches de rombac, 3i sols en monnoye dans ses poches, col de mousseline, porte-col d’argent et une moyenne clef.

En procédant, la veuve Renard, fruitière, se metant à la porte du Louvre, du côté de la rue des Poulies, a représenté un chapeau castor à point d’Espagne et bourdalou d’or et boucle de pierre du rein, qu’elle nous a dit être cellui d’un particulier qui s’est sauvé ; laquelle s’est absentée avant la rédaction de ce que dessus; led. s"' Cosseau nous ayant dit qu’il étoit obligé d’aller à ses affaires, a signé en cet endroit.

Signé : René Gousseau.

Et, à l’instant, est survenu le s*' Michel de Bussac, chirurgien juré, demeurant carrefour de l’Ecolle, lequel nous a dit qu’avant notre transport, il avoit visité et seigné le défunt, qui avoit quelque signe de vie, sans pouvoir exprimer aucune parole, et qu’il est mort du coup d’épée qu’il a reçu entre la troisième et quatrième vraye cotte, en contant de bas en haut, pénétrant dans la capacité de la poitrine, et a remarqué que le défunt avoit aussi reçu un coup dans le petit doit de la main droite pénétrant jusqu’à l’os et une cscoriation sur la poitrine, et a signé.

Signé ; de Bussac.

En procédant, est survenu M® Bernard Semiliard, procureur au Châtelet de Paris, demeurant rue des Fossés-Saint-Germain-l’Auxerois, lequel nous a dit que

3g8 JOSEPH-FERDINAND GODEFROY.

demoiselle Marie- Jeane Vane Merle, veuve dud.

S"" Godefroy^ ayant apris le triste accident qui vient d’arriver aud. s*' défunt son mari, s’est retirée chez un de ses amis, et que la douleur dans laquelle elle se trouve actuellement ne lui permet pas de revenir chez elle; qu’elle l’a chargé d’y venir pour elle, à l’effet de requérir que le corps dud. sieur son mary soit laissé dans les lieux où nous sommes pour être inhumé en la manière ordinaire, sauf à elle à se pourvoir par les voyes de droit contre et ainsi qu’il avisera bon être pour ses dommages et intérêts et ses sept enfants, et pour la punition du crime, s’opposant, aud. nom, à toute aposition de scellés sur les meubles et effets dud. défunt, et de la communauté des biens qui étoient entre lui et lad. ]

veuve, et a consenti que le corps du défunt soit laissé |

en la garde desd. fille de boutique et cuisinière ; et, en |

cas d’aucune difficulté, requiert qu’il en soit présente- |

ment référé en' l’hôtel et par-devant le lieutenant cri- |

minel. j

Sur quoi, nous, commissaire susd., avons donné acte |

de ce que dessus et avons ordonné qu’il sera du tout présentement par nous référé en l’hôtel et par devant M. le lieutenant criminel, et cependant avons laissé ;

dans les lieux occupés par led. défunt le s*' d’Anguisy, ^

sergent, avec lesd. domestiques, qui se sont chargés :

du corps dud. s'' Godefroy jusqu’à ce qu’il en ayt été autrement par mond. sr lieutenant criminel ordonné; led. chapeau a resté en nos mains avec lad. clef ; et les habits, argent et effets qui se sont trouvés sur led. deffunt sont restés entre les mains desd. domestiques qui s’en sont chargés pour les représenter à qui il appar- |

tiendra.

Et, à l’instant, nous, commissaire susd., nous sommes transportés avec led. M® Semilliard en l’hôtel et par-

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devant M. le lieutenant criminel, auquel, ayant référé du contenu en notre procès-verbal de l’autre part, mond. s*" lieutenant criminel a ordonné qu’il sera par nous informé du contenu en notre présent procèsverbal, et cependant le cadavre dud. Godefroy vu et visité par les médecins et chirurgiens du Châtelet, pour ensuite le tout communiqué à M. le procureur du Roi et à luy raporté être ordonné sur l’inhumation ce que de raison; que led. Danguisy, sergent, se retirera; que la clef sera par nous mise entre les mains de la veuve et le chapeau déposé au greffe criminel...

En exécution de laquelle ordonnance, nous, commissaire susd., sommes retournés avec led. M® Semilliard en la maison où demeuroit led. s' Godefroy^ où estant, le chapeau à point d’Espagne d’or avec la bourdaloue et la boucle de diamant a esté par nous mis entre les mains dud. s'' Danguisy, sergent, qui s’en est chargé pour le déposer au greffe criminel et servir à conviction, lequel s' Danguisy s’est retiré de lad. maison, conformément à lad. ordonnance, au moyen de quoy le cadavre dud. Godefroy est resté en la garde desd. Langlé et Marie-Anne Goussillon, qui s’en sont chargé jusqu’à ce qu’il en eût esté autrement ordonné par justice. A l’égard de lad. clef, elle a esté par nous remise aud. s’^ Semilliard, à sa réquisition, pour estre par luy rendue à lad. veuve Godefifroy..

Information faite parnous^ Louis Cadot, commissaire au Châtelet de Paris ^ à la requête de M. le procureur du Roy au Châtelet de Paris, à l’encontre du s. Ch.3intrea.\i, peintre, soubconné avoir tué le s. Godefroy.

En exécution de l’ordonnance de M. le lieutenant criminel du jour d’hier.

JOSEPH-FERDINAND GODEFROY

Du lundy, 17 avril 1741, huit heures du matin, s. Abraham-Ignace Bolkman, peintre de feu M. le prince de Carignan, demeurant à Paris, à l’hôtel de Soissons, âgé de 84 ans, ou environ.

Dépose des faits portés en notre procès-verbal au sujet du décès dud. s. Godefroy, marchand de tableaux, dansle cloîtreSaint-Germain-l’Auxerrois, du jourd’hier, duquel nous lui avons (fait) lecture: queled. jourd’hier, sur les unze heures du matin, led. s. Godefroy vint chez lui déposant pour voir ses tableaux et lui aporter du verny ; qu’avant qu’il entra chez lui, il y avoit déjà le s. Hersmes, meteur en œuvre, demeurant chez le s. Lempereur, dans le Palais, lequel s. Hersmes dit qu’il alloit à la Galère d’Avignon joindre le s, Paroussel, peintre de l’Académie royalle, demeurant aux Goubelins, auquel il lui avoit donné parolle; que led. s. Godefroy dit que c’étoit son compaire, et qu’il y alloit aussi, et engagea lui déposant d’y aller avec eux, ce qui feut fait ; que led. s. Paroussel ne s’y trouva que sur les deux heures après midi ; que le s. Ven del vord^ , ex-sculteur de l’Académie royalle, demeurant dans le cloître Saint-Germain, vint leur dire que led. s. Parroussel lui avoit dit de venir leur dire qu’il alloit venir et qu’il n’avoit qu’à commander le dîner, ce qui feut fait, et engagea toute la compagnie de rester; que lui déposant feut dire à l’épouse dud. s. Godeffroy que son mari n’iroit pas dîner chez elle ; qu’après qu’il feut retourné à la Galère d’Avignon, led. s. Chantreau y survint aussi, et dit que c’étoit led. s. Paroussel qui avoit été chés lui en son absence, qui avoit dit qu’il se trouva

I. Michel van der Wort, né à Anvers, agréé par l’Académie en 1732, rayé le 25 avril 1741. Il avait remporté le premier prix de sculpture au concours de 1728.

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dans led. cabaret où il resta avec eux; que le s. Semitre'^ meteur en œuvre, dont il ne sçait pas sa demeure, survint dans led. cabaret avec led. s. Parroussel, où se trouvèrent aussi le s. Potro^^ peintre de TAccadémie royale, demeurant place Dauphine, et le s. Boul^ ébéniste à la barrière de Sève; que pendant le dîner il ne se passa rien de particulier; que lesd. s" Hersme, Scemitre et Vendelvort quitèrent la compagnie sur les quatre heures; qu’ensuite lesd. s''® Godefroy tx Chantreau parlèrent ensemble sur la connoissance des tableaux, prétendant être plus habiles l’un que l’autre; que led. s. Godefroy imputa aud. s. Chantereau d’avoir dit qu’un tableau estoit une copie, quoy que ce fût un original; mais qu’ils ne se dirent aucune injure dans led. cabaret, d’où ils sortirent tous six ensemble sur les cinq heures, deux à deux, pour aller tous chez luy déposant ; que lesd. s" Godefroy et Chantereau parlèrent toujours ensemble en s’en allant plusieurs pas devant eux; que, lorsqu’ils furent à la porte du Louvre, rue des Poulies, ils s’y arrêtèrent; que luy déposant dit aud. s. Godefroy qu’il falloit aller de son côté, lequel ayant répondu que ouy, luy déposant continua son chemin avec led. s. Paroussel et s’arresta vis-à-vis du bureau qui est à la cour de la poste, en face de la rue des Fossés, en causant toujours et en atendant lesd. s’’® Poetrot et Boulle, qu’il n’a plus reveus, et lesd. s"® Godefroy et Chantreau; que, ne les voyant point venir, led. s. Paroussel se retourna et dit tout d’un

1. Il s’agit ici du Prussien Georges-Frédéric Schmidt, graveur en taille-douce, admis à l’Académie, quoique protestant, le 5 mai 1742 et mort le 20 janvier lyyS, à soixante-trois ans. On trouvera sa déposition plus loin.

2. Etienne Poitreau, peintre de paysages, admis à l’Académie le 26 septembre lyBg, mort en août 1767.

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coup : qu’est-ce que c’est que cela ? Ce qui ayant fait aussi retourner luy déposant, il vit de la populace au devant de la porte du Louvre en disant : Est-ce que l’on tire l’épée ? Qu’il y courut vite et qu’il y apperceut par terre, près le passage Saint-Germain, led. s. Gode~ froy^ auquel il voulut parler sans en pouvoir tirer aucune parolle; qu’il aida à le porter chez lui, le vit visiter par des chirurgiens et nous vit ensuite dresser notre procès-verbal ; qui est tout ce qu’il a dit sçavoir, et a signé,

(Signé :) Bolkman.

Jean Sachet, portier du s. abbé Savalette, doyen de Saint-Germain-l’Auxerrois, demeurant à Paris, cloître et paroisse Saint-Germain-l’Auxerrois, âgé de trent-six ans ou environ,

Dépose des faits portés en notre procès-verbal susdatté, duquel nous lui avons fait lecture : qu’étant dans sa chambre, ayant veue sur la rue des Poulies, il vit led. s. Godefroy (descendre) à la compagnie d’un jeune homme portant épée, petit de taille, vêtu d’un habit blanchâtre, bas de soye blanc, culotte de velours noir, du côté de la rivière, comme ils venoient de sortir, ainsi qu’il l’a appris du Louvre, paroissant tous deux tranquile; qu’il remarqua même que led. s. Godefroy estoit vêtu d’un habit neuf et d’une veste d’un bon goût; que les ayant perdu de veue, il fut tout surpris un instant après d’entendre crier au meurtre; qu’ayant mis la teste à la fenesire, il revit led. Godefroy et led. jeune homme qui avoient tous deux l’épée à la main et qui se battoient à l’épée, vis-à-vis de la porte du Louvre ; qu’il remarqua qu’ils paroissoient tous deux pris de vin; que led. s. Godefroy les coups en reculant;

que led, jeune homme luy en porta un en dessous;

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qu’ensuite led. s. Godefroy fut sur led. Jeune homme, lequel il désarma en luy faisant Jetter son épée par terre d’un coup de revers ; lequel jeune homme en voulant se sauver tomba parterre; que led. s. Godefroy courut sur luy et en luy donnant des coups de plat de son espée sur la teste, il luy dit : coquin, je ne te veux pas tuer; qu’ils furent séparés par la populace; que led. s. Godefroy s’en fut pour aller chez luy, la populace ne le croyant pas blessé; et que l’on fut surpris de le voir tomber mort près du passage Saint-Germain; qui est tout ce qu’il a dit sçavoir.

Dud. jour lundy, 17 avril 1741, 1 1 heures du matin. Jeanne Petit, veuve de François Renard, gaigne denier, elle fruitière, demeurant à Paris, paroisse Saint-Germain de l’Auxerrois, sur le quay de l’Ecolle, chez le s. Audouard, épicier, étalant rue des Poulies vis-à-vis la porte du Louvre, âgée de 7g ans ou environ.

Dépose des faits portés en notre procès-verbal susdatté, duquel nous lui avons fait lecture : qu’elle a vu led. s. Godefroy avec un jeune homme maigre de visage, tirer en même temps, hier après midi, l’épée, rue des Poulies, vis-à-vis le passage du Louvre; qu’ils se battirent ensemble; que led. s. Godefroy reçut un coup d’épée et dit : Ha! je suis mort; qu’ensuite il donna un coup sur l’épée dud. jeune homme qu’il jetta en l’air; que led. jeune homme, en voulant la ramasser, tomba par terre; que led. Godefroy revint sur lui et luy donna des coups de plat d’épée sur le visage en luy disant qu’il étoit un honnête homme, qu’il ne vouloit pas le tuer; qu’il furent séparés par la populace; que led. jeune homme se sauva dans le Louvre, et que led. s. Godefroy tomba par terre. Qui est tout ce qu’elle a dit sçavoir.

JOSEPH-FERDINAND GODEFROY

Veu le procès-verbal, information et raport des médecins et chirurgiens du Châtelet, je requiers pour le Roy icelle estre continuée, et, cependant, le nommé Chantereau estre pris au corps et n’empesche le cadavre dud. Joseph-Ferdinand Godefroy estre inhumé en la manière accoutumée. Fait ce 17 avril 1741-

(Signé :) Moreau.

Addition d"' information faite par nous Louis Cadot., commissaire au Châtelet de Paris^ à la requête de M. le procureur du Roy au Châtelet de Paris .1 à rencontre du s. Chantereau, peintre, soubconné avoir tué le s. Godefroy.

En exécution de l’ordonnance de M. le lieutenant criminel, au Châtelet de Paris, du 17 du présent mois d’avril 1741.

Du lundy, 24 avril 1741, deux heures de relevée. I . Marguerite Langlet, fille, âgée de 27 ans ou environ, demeurant à Paris, cloistre et paroisse Saint-Germain de l’Auxerrois, chez la demoiselle veuve Godefroy, gouvernante de ses enfans.

Dépose des faits portés en notre procès-verbal fait au sujet du décès dud. s. Godefroy, le 16 du présent mois, duquel nous luy avons fait lecture ; que led. jour dimanche, 16 du présent mois, sur les six heures et demie, elle fut avertie par la cuisinière de lad. dame Godefroy que la veuve Renard, fruitier, venoit de luy dire que led. s. Godefroy avoit été blessé vis-à-vis la porte du Louvre ; qu’elle fut sur le champ pour aller le joindre et qu’elle le trouva dans le passage de la rue au cloistre Saint-Germain, comme on le portoit dans l’église où il fut posé d’abord à l’entrée de l’église et ensuite à la porte du côté du presbitaire, où il rendit les derniers

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soupirs sans avoir parlé, et qu’il fut ensuite porté chez luy, où elle déposante le fit déshabiller ; que ses jarretières de cuir noir à boucles d’argent et sa tabatière en forme d’ognon de baleine se trouvèrent perdues, ainsi que son épée d’argent; qu’il se trouva blessé en plusieurs endroits; qu’elle a ouy dire que led. s. de Haufe, marchand de vin aux écuries de la Reine, avoit vu, ainsy que la petite-fille de la serrurière à côté du garde-meuble de la couronne, tout ce qui s’étoit passé. Qui est tout ce qu’elle a dit sçavoir.

2. Antoine le Roux, garçon de cuisine chez M. Roullier, maître des requestes, demeurant à Paris, rue des Poulies, âgé de 27 ans ou environ.

Dépose des faits portés en notre procès-verbal...; qu’il a d’abord vu, vis-à-vis la porte du cloître, deux particuliers se batre à l’épée ; que celuy qui est mort s’estant senti blessé fut sur l’autre, luy fit jetter son épée en l’air, et comme celuy à qui elle appartenoit voulut la ramasser, il tomba par terre ; que celuy qui estoit blessé tomba sur luy à coups de plat d’épée, et que dans le même moment il tomba aussy par terre comme mort. Qui est tout ce qu’il a dit sçavoir.

3. Marie-Anne Goussillon, fille majeure, cuisinière, demeurant à Paris, cloistre et paroisse de Saint-Germainl’Auxerrois, chez la dame veuve Godeffroy, âgée de 28 ans ou environ.

Dépose... qu’elle a vu lad. veuve Renard crier en luy disant de venir promptement que son maître étoit tué; qu’elle appella bien vite lad. demoiselle Langlet; qu’elle vit led. s. Godeffroy mort que l’on portoitdans l’église de Saint-Germain, et qu’il fut ensuite apporté chez sa maîtresse. Qui est tout ce quelle a dit sçavoir.

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