ARCHITECTE ET INGÉNIEUR DU ROI
3i décembre 1700.
Bien que la pièce suivante sorte du cadre de notre publication, nous la donnons cependant, parce qu’elle vient du même fonds que les autres documents réunis dans ce volume. D’ailleurs, le récit dramatique de la tentative d’évasion du s. Grandguillaume distraira un peu le lecteur de la monotonie des opérations d’apposition et de levée de scellés.
Le procès-verbal dressé par le commissaire Regnard entre dans des détails qui n’ont pas besoin de commentaire. L’évasion du s. Grandguillaume avait été préparée par des amis, peut-être par sa veuve. Tout était prévu; mais le fugitif tomba; le bruit attira les archers, et Grandguillaume fut relevé mourant et rap-
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porté au Petit Châtelet où il expirait quelques instants après entre les bras de sa femme. Celle-ci, fortement soupçonnée d’être complice de la tentative d’évasion, est interrogée séance tenante par le commissaire, et, malgré ses dénégations, retenue en prison.
Puis, une information d’office a lieu le 3 janvier; les archers déposent sur les faits dont ils ont été témoins; nous n’y avons relevé aucun détail nouveau méritant d’être noté. Nous nous contentons d’indiquer les noms des déposants.
On chercherait vainement sans doute le nom de Grandguillaiime dans les biographies générales ou les dictionnaires d’artistes. Une opposition annexée au procès-verbal, opposition formée par Louise Grandguillaume, fille majeure du défunt, révèle un détail dont les autres pièces ne parlent pas. L’architecte-ingénieur du Roi avait l’entreprise des ancres pour la marine. C’est probablement cette industrie étrangère aux attributions ordinaires de l’architecte qui l’engagea dans des emprunts, entraîna sa captivité èt, en fin de compte, sa mort. Cette particularité expliquerait le silence des répertoires biographiques sur l’architecteingénieur Pierre Grandguillaume.
Procès-verbal et information d^ojfîce au sujet de la mort accidentelle de Pierre Grandguillaume, ingénieur-architecte des Bâtiments du Roi., détenu pour dettes, qui s'' est tué en voulant s'' évader des prisons du petit Châtelet.
Du 3i et dernier décembre 1700, sept heures du soir, nous Louis Regnard, commissaire au Chastelet de Paris, sur l’avis qui nous est donné qu’un particullier se sauvant des prisons du Petit Chastelet, s’est précipité dans la ruelle du port à maistre Picart, et dans l’instant ayant esté requis par Denis Vaucquetin, concierge desd. prisons, sommes transporté en lad. ruelle qui est au derrière de la tour de lad. prison et qui dessend à l’eau; où nous avons trouvé plusieurs personnes assemblées à une échelle de corde double avec des nœuds, d’espace en espace, liés avec une petite fisselle pour que le nœud
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ne glisse, laquelle pendoit du hault de la terrasse de lad. tour jusques sur le pavé de lad. ruelle, et dans lad. échelle s’est trouvé meslé une autre petite fisselle, au pied de laquelle échelle s’est trouvé un petit baston de cotrait, auquel est attaché une pareille fisselle, et sur le pavé trois petits morceaux de pareille fisselle rompus et deux bouts d’un petit ruban de fil blancq. Nous estant informé de ce qu’estoit devenu le cadavre de celluy que Ton nous a dit qui estoit précipité, nous avons apris qu’expirant de sa chute il avoit esté porté dans les guichets de lad. prison, oü sa femme a esté menée et trouvée proche de lui dans Pinstant de lad. chute ; que nous estant transporté dans le premier desd. guichets, nous y avons trouvé le corps mort d’un homme couché sur le dos sur le plancher, le visage couvert de la basque de son justeaucorps. Led. Vauquetin nous a dit nous avoir mandé pour nous faire plainte de ce que, heure présente, des archers du s. lieutenant criminel de robbe courte estans à la barrière des Sergens de la rue de Petit-Pont pour les fonctions de leurs charges, ils ont entendu quelque chose qui est tombé dans lad. ruelle et qui a fait du bruit; se doutant que ce pouvoit estre quelqu’un qui se sauvant desd. prisons estoit tombé, se sont aprochés de lad. ruelle, au bout de laquelle ils ont trouvé dix à douze hommes d’espée qui les ont empesché d’aborder; que leur ayant fait face le pistollet à la main, ils ont escarté lesd. particulliers, et, estant avancés jusques au milieu de lad. ruelle, ils y ont trouvé par terre le corps mort dud. deffunt, la teste tournée vers la rivière, et son chapeau et sa perruque un peu plus loing, et une femme fort esplorée et saisye qui tenoit la teste dud. particulier, luy disant qu’il estoit bien malheureux et qu’elle luy avoit bien dit le malheur qui luy arrivoit ;
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led. particulier expirant, ils Pont aporté dans lesd. prisons où il a rendu les derniers soupirs en la place où nous le trouvons, et y conduit lad. femme s’estant dit estre la femme dud. deffunt, lequel estoit prisonnier depuis longtemps pour dettes et se nommePferre Grandguillaume, soy-disant ingénieur et architecte des bastimens du Roy ; led. Vauquetin ne pouvant sçavoir de quelle manière led. Grand gui llaume s’est pu sauver desd. prisons avec le nomé Balthazard Bossemant, natif d^Anvers, aussy prisonnier pour dettes, veu qu’il ne s’est aperçeu d'aucune effraction dans lesd. prisons, a fait monter un de ses gens à la terrasse de lad. tour; il luy est raporté par Jean Drouet, guichetier, que, estant monté pour aller à lad. terrasse, il a trouvé les deux serrures à bosse des deux premières portes ouvertes, mais les secondes serrures fermées à double tours et la troisième porte ouverte, quoyque les deux clefs qui la ferment soient toujours en la possession du plaignant et sous sa clef; pourquoy nous requiert de monter à lad. terrasse pour estre par nous dressé procès-verbal de l’état des lieux, de luy en donner acte, ensemble de sa plainte, d’interroger lad. femme dud. Grand guillaume pour avoir sa déclaration précise sur lad. évasion ; informer du contenu en lad. plainte, circonstances et dépendances, requérant la fonction de M. le procureur du Roy, et a signé.
Surquoy, nous, commissaire susd., avons donné acte aud. Vauquetin de sa plainte, et, suivant son réquisitoire, ayant fait fouiller en nostre présence dans les poches des justeaucorps, veste et culotte dud. deffunt, s’est trouvé dans la poche droite de la veste une clef fort grosse, mal polie, un bout de fert servant de poignée à lad. clef, et, dans les poches de sa cullotte, une autre
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pareille grosse clef et deux autres moyennes ayant des bouts de fer brute pour anneau, ce qui sert pour ouvrir les ressorts et garnitures desd. clefs, estant raportés et rivés au bout de la poignée desd. clefs qui parroissent estre rossignols et fausses clefs, avec lesquels et conduit par le plaignant, et que led. Bossemant qui logeoit en la mesme chambre que led. Grandguillaume, apellée la Chambre royalle, qui est dans le grand escallier par lequel on monte à lad. terrasse et dont la porte de lad. chambre est proche la première porte de lad. terrasse..., avons trouve les trois portes de lad. terrasse ouvertes et sur icelle terrasse led. Drouet avec autres desd. prisons qui faisoient perquisition dud. Bossemant sur les toits et autres endroits de lad. terrasse 5 où nous estant approche dans la partye qui donne sur lad. ruelle à maistre Pierre, nous avons trouvé que le bout de lad. eschelle de COI de estoitliée avec une autre corde moienne passée et repassée plusieurs tours dans un barreau qui fourche le hault de la cheminée de la chambre appelée l’infirmerie des femmes, et sur lad. terrasse au mesme endroit s est trouvé trois bastons d’un petit fagot avec un gros picquet de lad. petite fisselle dont le bas pendoit par celles en dehors avec lad. eschelle.
S’est trouvé aussy une sangle au bout de laquelle est ataché un gros crochet de fer, semblable aux sangles et crochets dont les couvreurs se servent pour se lier et s’acrocher et se sangler sur leurs échelles de cordes quand ils travaillent en dehors suspendu ; lesquelles échelles, cordes et fîsselles nous avons fait retirer et destacher dud. barreau et fait porter dans les guichets desd. prisons; que dessendans de lad. terrasse pour connoistresy lesd. quatre clefs ont pu servir à l’évasion desd. Grandguillaume et Bossemant, s’est trouvé que lesd. deux
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grosses clefs ouvrent la serrure à bosse et la seconde serrure à pesne dormant de la troisième porte qui ferme lad. terrasse. S'est pareillement trouvé que la plus petite des deux autres clefs faites en forme de rossignols ouvre et ferme, tant en dedans qu’en dehors, la seconde serrure à tour et demy qui ferme la seconde porte de lad. terrasse, et pas une desd. clefs ne pouvant ouvrir ny fermer la serrure à bosse de lad. porte qu’estant arrivé à la première porte de lad. terrasse qui est celle proche la chambre où logeoient lesd. Bossemant et Grandguillaume, que lad. quatrième clef qui est la plus grosse des deux moyennes clefs ouvre tant en dedans qu’en dehors la serrure à pesne dormant à deux tours qui ferme lad. première porte sur led. escallier^ mais pas une desd. quatre clefs ne peut ouvrir ny fermer la serrure à bosse qui ferme en dehors lad. porte, attendu que la clef de lad. serrure est forcée, et lesd. quatre clefs ne le sont point, dont de tout ce que dessus avons donné acte aud. Vaucquetin et dressé le présent procès-verbal pour servir et valloir en temps et lieu ce que de raison.
Et, à l’instant, estant passé dans lesd. guichets, y avons fait venir lad. femme, à l’interrogatoire de laquelle, après serment par elle fait de dire vérité, avons procédé ainsy qu’il ensuit :
Premièrement, enquise de son nom, surnom, âge, quallité, pays et demeure.
A dit s’apeller Magdeleine Ferry, veuve dud. Pierre Grand guîllaume, dont elle estoit séparée de biens, âgée de 3o ans, natif du village de la Motelly [sic]^ proche Nogent-sur-Seyne, demeurante en cette ville, rue Saint- Louis, isle Notre-Dame, chez le s. Roussy, proche l’église.
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Enquise pour quelle somme sond. mary estoit arresté esd. prisons.
A dit que c’est pour une somme de 1 5 ,000 livres d’une part et 4 ou 5, 000 livres d’autre.
Enquise s’il est pas vray qu’elle le venoit voir très souvent dans lad. prison.
A dit que ouy, et quelques fois cinq ou six fois par jour.
Enquise s’il est pas vray que sond. mary a fait plusieurs tentatives cy-devant pour se sauver desd. prisons et luy a mesme aporté à cet effet des fermens et autres outils.
A dit qu’il est vrai que d’autres prisonniers dès ce temps là et des amis de son mary qu’elle ne connoist point mirent en teste aud. deffunt de se sauver et que le dessein estoit prez de sa chambre, sieroit et destacheroit les barreaux de la cheminée, et qu’ils monteroient par lad. cheminée sur la terrasse d’où ils dessendroient avec une échelle de corde, comme il est arrivé aujourd’hui; mais ce dessein fut découvert par les outils et échellons de bois qu’un guichetier trouva dans les lits desd. prisonniers.
Enquise s’il est pas vray que led. deffunt avoit fait amitié et liaison particulière avec le nommé Bossemant aussy prisonnier, et logèrent ensemble dans lad. chambre royalle.
A dit qu’elle s’est aperceue qu’il avoit autant d’amitié avec led. Bossemant qu’avec les autres prisonniers de la chambre.
Enquise s’il est pas vray que cejourd’huy après midy elle revint trois fois veoir son mary, et que, la dernière, elle en est sortye dans le temps qu’il a voulu exécuter
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le dessein qu’il avoit formé avec led. Bossemant de se sauver.
A dit qu’elle est venue trois fois après midy veoir son mari, et qu’elle Fa laissé pour la troisième fois à la nuit dans la cour causant avec quelqu’un, ne sçait qui c’étoit parce que l’on ne voyoit pas clair.
Enquise s’il est pas vray que c’est elle qui a fait faire les fausses clefs dont il s’est trouvé saisy et avec lesquelles il a ouvert les portes pour monter à la terrasse.
A dit que non et n’en a aucune connoissance; luy ayant mesme représenté lesd. quatre clefs, elle a dit ne les point connoistre.
Enquise s’il est pas vray que c’est elle qui luy a apporté et aud. Bossemant la corde et la fisselle qui a servy pour lad. évasion.
A dit que non et qu’elle n’a point eu de connoissance ny de participation à lad. évasion.
Enquise s’il est pas vray qu’en aiant connoissance, et dans le moment de l’exécution du dessein, estant sortye desd. prisons, elle est venue au pied de lad. tour en lad. ruelle, amusant le nommé Moulins et sa femme, fruitier, qui a sa salle oü il loge à l’entrée de lad. ruelle, leur demandant des herbes et racines pour guérir de la rougeolle un de ses enfans.
A dit que, sortant de lad. prison à la nuit, elle a esté aud. Moulins et sa femme, et leur a demandé de la scorsonnaire, et, dans ce moment, une personne qu’elle ne connoist pas et qui est sortye de la ruelle a dit à la répondante que Bossemant estoit sauvé et que le mary d’elle répondante s’estoit tué, et luy a dit d’avancer dans la ruelle, qu’elle le trouveroit mort; que, dans l’instant que celluy-cy luy a parlé de la sorte, elle a veu qu’il estoit préceddé d’un autre homme qui fuioit et qui
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venoit du mesme costé, lequel avoit son chapeau sur sa teste et les bords renversés sur son visage et a tourné du costé de la place Maubert.
Enquise s’il est pas vray qu’elle estoit au bout de lad. ruelle lors de lad. évasion avec plusieurs hommes d’espée de concert et d’intelligence avec lesd. Bossemant et deffunt pour faciliter leur évasion.
A dit qu’elle n’a veu aucuns hommes d’espée et n’estoit avec personne, mais que, sur l’avis que son mary estoit tombé, elle a dessendu en lad. ruelle, aveu contre le mur un homme debout, sur lequel ayant porté ses mains croiant que c’estoit son mary, cet homme qu’elle ne connoist point luy a dit ces mots : Qu’est-ce que c’est, patience ; et, s’estant avancé, a trouvé sur le pavé couché son mary qui expiroit, étayant appellédu secours pendant un temps considérable, elle a aperceu venir à elle led. Drouet et autres avec de la lumière qui, aiant veu led. deffunt expirant, l’ont porté dans lesd. prisons.
Enquise s’il est pas vray que dans son premier chagrin de la mort de son mary, elle luy a dit tout hault en déplorant son état qu’il estoit bien malheureux et luy avoit prédit cet accident plusieurs fois lorsqu’il luy avoit confié le dessein avec la manière projettée de se sauver.
A dit que ouy et que c’estoit tout ce qu’elle apréhendoit dès le temps qu’il a voulu se sauver la première fois.
Enquise s’il est pas vray que depuis ce dessein résolu entre le deffunt et led. Bossemant, elle a transporté desd. prisons les papiers de son mary et ceux dud. Bossemant.
A dit que depuis huit jours et en différents temps son mary lui adonné des papiers et les a emporté chez elle; ne sçait point s’il y en a aud. Bossemant, que, s’il y en a, se sont ceux qui luy ont esté donné dans un sacq
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qu’elle a mis dans une armoire de sa chambre, oü elle a aussy mis des portefeuilles et autres papiers que son mary luy a donné.
Enquise s’il est pas vray que c’est chez elle que lad. eschelle de corde a esté faite, ainsy qu’elle est, et sommé de déclarer de quelle manière et par qui elle a esté livrée aud. Bossemant et à son mary.
A dit que lad. eschelle n’a point esté faite chez elle, et ne sçait point qui l’a faite et par qui elle a été livrée.
Lad. répondante ayant esté fouillée en nostre présence par un des guichetiers desd. prisons, s’est trouvé dans une de ses poches un bout de fisselle neuve de la longueur d’environ 4 pieds, semblable et de mesme grosseur de celle que nous avons trouvé sur lad. terrasse ; sommée de reconnoistre lad. fisselle et de déclarer s’il est pas vray qu’elle soit partye de celle dont son mary et led. Bossemant se sont servis pour se sauver.
A dit qu’elle connoist lad. fisselle pour s’estre trouvé sur elle, mais qu’elle n’a point de connoissance que cette fisselle fasse partye de celle trouvée sur lad. terrasse; que lad. fisselle lioit une des liasses de papiers que son mary lui a donné, et l’a mise dans sa poche par hasard.
Enquise s’il est pas vray qu’entrant dans lesd. guichets elle y a jetté une perruque de cheveux chastains courts à l’espagnolle; sommé de la reconnoistre et de déclarer s’il est pas vray que c’est celle dud. Bossemant, celle de son mary et son chapeau ayant esté ramassée et apportée par une autre personne.
A dit qu’elle ne connoist point lad. perruque et ne l’a point jetté dans les guichets.
Lecture à elle faite de ses interrogatoires et réponces.
A dit que ses réponces contiennent vérité, y a persévéré et a signé.
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Après lequel interrogatoire et déclarations dont nous avons donné communiquation aud. Vauquetin, ce requérant, pour justifïier l’intelligence et le concert desd. Grandguillaume et Bosseinant, et pour la sûreté des droits dud. Vauquetin, nous requiert de nous transporter en lad. chambre avec lad. veuve pour nous faire représenter les papiers qu’elle dit avoir transporté chez elle, appartenant aud. Bossemant, pour estre mis en bonne et sûre garde.
Suivant lequel réquisitoire, à l’instant sommes transporté avec led. Vauquetin et lad. veuve Grandguillaume accompagné de Louis Marais, sergent du guet, et son escouade, rue Saint-Louis, en une maison proche l’église, où estant monté en une chambre au troisième estage sur la rue, lad. veuve nous a représenté plusieurs papiers qui estoient sur des tablettes, qu’elle a dit estre ceux qu’elle a transporté desd. prisons en lad. chambre, que son mary lui a donnez et qui appartiennent aud. Bossemant; dont avons pris lecture, se sont trouvés estre des tiltres et papiers qui paroissent appartenir aud. Bossemant ; pour la conservation desquels, à la réquisition dud. Vauquetin, ils ont esté mis dans deux sacqs, lesquels ont esté fermés (et scellés), et le tout laissé en la garde et possession dud. Vauquetin qui s’en est chargé... comme dépositaire; après quoy, nous avons fait reconduire lad. veuve esd. prisons pour y rester jusques à ce que par M. le lieutenant civil en ait esté autrement ordonné.
Et, à l’instant, nous commissaire susd. sommes transporté en l’hôtel et par devant M. le lieutenant civil auquel ayant fait raport des plaintes, procès-verbal et déclarations cy-dessus, mond. s. le lieutenant civil a ordonné qu’il sera par nous plus amplement informé, que le corps mort dud. deffunt sera veu et visité par les
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médecins et chirurgiens du Châtelet et le corps rendu et inhumé en la manière accoutumée, lesd. clefs, cordages et autres choses servant à lad. évasion portées au greffe, pour, le tout communiqué à M. le procureur du Roy, estre ordonné ce que de raison; que cependant lad. veuve Grandguillaume sera arrestée et recommandée esd. prisons. . . ; et, en outre, a ordonné que les papiers qui ont esté par nous commissaire trouvés dans la chambre de lad. veuve Grandguillaume et scellés demeureront à la garde dud. Vaucquetin pour les représenter et en estre fait ouverture, les partyes intéressées présentes.
(Suit l’information d’office faite par le commissaire Regnard, le 3 janvier 1701.)
Elle renferme les dépositions de Jean-Armand Robert, archer de la compagnie du lieutenant criminel de robe courte, de Gilles Morien, dit la Force, autre archer de la même compagnie, d’Antoine Moulins, marchand fruitier oranger, rue de la Bucherie, de Nicolle Flain, sa femme, dépositions relatives aux circonstances qui ont accompagné l’évasion des s"® Grandguillaume et Bossemant, et la découverte du corps du s. Grandguillaume.
Opposition annexée à la levée des scellés mis sur les
papiers apportés par la veuve Grandguillaume.
A la requeste de demoiselle Louise Grandguillaume, fille majeure, héritière bénéficiaire de deffunt s. Pierre Grandguillaume son père, architecte et ingénieur du Roy et entrepreneur des ancres pour la marine, demeurant court du Grand Conseil, rue Saint-Honoré, chez le s. Robert, soit signiffié et déclaré à m« Regnard, commissaire au Châtelet de Paris, en son domicilie, rue Saint- Julien-le-Pauvre, que lad. demoiselle Grandguillaume
FRANÇOIS SICRE
s’oppose et empesche formellement qu’il soit fait ouverture d’une cassette qu’il a en sa possession et dont il est chargé, et à la description des titres et papiers y estans, sinon en sa présence, ou elle deuement appellée, et pour les autres causes et raisons qu’elle déduira en temps et lieu.
Fait et signiffié aud. m® Regnard par Nicolas-Guillaume Jourdain, huissier du Roy, en sa cour des Aydes, demeurant rue Saint-Jacques.
(Arch. nat., Y 10824.)
FRANÇOIS SICRE
MAÎTRE PEINTRE
14 septembre 170 5.
Apposition de scellés, le lundi 14 septembre lyoS, par le commissaire Martin Bourien, sur les biens et effets de François Sicre, maître peintre, demeurant rue du Roulle, au troisième, décédé vers midi, à la requête de Anne Feret, domestique du défunt et son exécutrice testamentaire en vertu d’un testament olographe du I" Août 1705, déposé entre les mains de Joseph Thouin, notaire au Châtelet.
Aucun parent, aucun héritier ne se présente. Deux oppositions, l’une d’Otto-Roger Costar, intéressé dans les affaires du Roi, l’autre de Nicolas Joly, chirurgien juré, principal locataire de la maison où est décédé le défunt. Dans le mobilier, on remarque un certain nombre de tableaux de différentes grandeurs et de divers sujets, sans bordure, un paysage dans une bordure de bois doré, un portrait ovale du défunt dans sa bordure de bois doré, deux tableaux carrés, l’un représentant une Vierge avec le petit Jésus, l’autre saint Pierre ; un autre d’animaux, des sujets de dévotion et d’histoire; un portrait de lad. Feret (qui a bien l’air d’une servante maîtresse), dans sa bordure de bois doré ; un chevalet de peintre ; une pendule de Claude Monin à Paris ; un Christ d'ivoire dans un cadre de bois de noyer sur fond de velours noir;
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enfin six cuillers, six fourchettes, une salière, une écuelle, le tout d’argent.
L’inventaire, à la requête de lad. Anne Feret, est fait par le notaire Joseph Thouin, et la prisée par Bosnay, huissier priseur, de l’avis de Charles Hérault, peintre de l’Académie royale, demeurant place Dauphine, et André Van Hec, maître peintre à Paris, demeurant quai de la Mégisserie.
En cherchant les papiers, les officiers ministériels trouvent un codicille, en date du 7 septembre lyoS, qui est déposé entre les mains de M® Thouin. Il ressort des indications sommaires de ce scellé que Sicre était un peintre de portraits, le portrait d’Anne Feret est évidemment de sa main, et aussi de sujets religieux et historiques. Le paysage même semble ne pas lui avoir été étranger.
(Arch. nat., Y 12327.)