VEUVE JEAN FOREST
pot à l’eau, deux chandeliers, deux salières, un gobelet, une mouchette avec son porte-mouchette, poinçon de Paris, pesant neuf marcs.
La levée des scellés est requise, le lojuin, par Nicolas de Largillière, au nom de sa femme, fille de la défunte, et par Elisabeth- Marguerite Forest, femme séparée quant aux biens de s. Louis Dufour, contrôleur ordinaire des guerres, aussi fille de la dame Forest.
Le notaire Antoine Delafosse est chargé de l’inventaire. Les oppositions sont faites pour la sûreté de sommes dues par les sieur et dame Dufour, sauf une opposition de Largillière pour sûreté du sort principal et arrérages de 1 5o livres de rente.
Dans le tiroir d’un petit bureau de bois, le notaire trouve une bourse contenant cent jetons d’argent, une médaille d’argent représentant le cardinal de Richelieu, une autre de Cromwell, un petit étui de filigrane, le tout pesant 3 marcs 3 onces 2 gros.
(Arch. nat., Y 14164.)
ANNE CHÉRON Femme d’ALEXIS-SIMON BELLE
PEINTRE DE l’aCADÉMIE ROYALE.
2 avril 1718.
Malgré les recherches de Jal, il reste encore bien des points obscurs dans la biographie des Chéron. Celui même qui nous touche en ce moment, je veux dire le mariage à' Alexis-Simon Belle et d’Anne Chéron, donne lieu à une singulière contradiction dans le Dictionnaire critique. Tandis qu’à l’article Belle, notre biographique dit que l’artiste épousa, le 12 novembre 1701, à l’âge de vingt-sept ans, Anne Chéron qui avait, elle, trente-sept ans; à l’article Chéron, il donne pour femme à Alexis-Simon Belle, âgé de vingt ans, Marie Chéron, âgée de plus de cinquante-deux ans. Et il s’agit bien du même individu et du même mariage célébré, dans les deux cas, le 12 novembre 1701.
Le procès-verbal suivant tranche la question : la première femme de Belle se nommait Anne et non Marie Chéron. Elle
était sœur de la fameuse Élisabeth-Sophie Chéron, nommée par ses contemporains la « Sapho de son siècle ; » elle avait encore deux autres sœurs qui lui survécurent et se partagèrent son héritage : Marie, qui n’avait pas moins de soixante-neuf ans en 1718, car sa naissance, dont la date a été fixée par Jal, remonte à 1649 (22 juillet), et Jeanne-Magdeleine. On ignore la date de la naissance d’Anne Chéron. On voit ici la preuve qu’elle s’était essayée à la peinture.
A part ces renseignements biographiques, le scellé d’Anne Chéron est curieux par la quantité de tableaux qu’il énumère et, bien que les noms des auteurs soient parfois défigurés au point de devenir méconnaissables, nous avons reproduit cette liste où paraissent jusqu’à des Rembrandt.
On sait qu' Alexis-Simon Belle épousa en secondes noces Marie- Nicole Horthemels qui fut mère de Clément-Louis-Marie-Anne Belle; ce dernier atteignit un âge très avancé. Il vivait encore, dit Jal, en 1817, et vendit à cette époque au roi Louis XVIII deux tableaux de Le Brun venant de son père. N’est-il pas curieux de constater que le père d’un artiste mort après 1817 avait connu Le Brun mort en lôgo i
Procès-verbal d’ apposition de scellés après le décès Anne Chéron ^ femme d^A lexis-Simon Belle ^peintre
de r Académie royale.
L’an 1718, le samedy, deux avril, neuf heures du matin, nous Simon-Mathurin Nicolet, commissaire au Châtelet de Paris, pour l’empeschement de m® Nicolas- François Menyer, commissaire au Châtelet de Paris, ayant esté requis, sommes transporté rue du Four, en la maison où est demeurant Alexis-Simon Belle, peintre de l’Académie royalle, où estant monté au troisième étage et entré en une chambre ayant veue sur le préau de la Foire, nous y avons trouvé led. s. Belle, lequel nous a dit que damoiselle Anne Chéron, son épouze, vient présentement de décedder en la chambre où nous
NOUV. ARCH. DE l’.‘VRT FR. l883 l'J
sommes; pourquoy il nous requiert, pour la conservation de ses droits et de qui il appartiendra, d’apposer scellés sur les portes, coffres et armoires et autres lieux fermant à clef, et faire description de ce qui se trouvera en évidence, et a signé.
(Signé :) Belle.
Meubles trouvés en évidence dans la chambre où est déceddé lad. damoiselle Chéron :
Un grand tableau représentant une Fuytte en Egypte dans une petite bordure de bois doré.
Vaisselle d’argent : Une équerre, une écuelle à oreille, quatre cuillières, un gobelet, une sallière, une grande cuillière à servir, deux tasses rondes, le tout d’argent, poinçon de Paris ; une autre tasse d’argent doré d’Almagne.
Dans une autre petite chambre : un Grist dans sa bordure de bois doré.
Dans le cabinet dud. s. Belle : un paisage de Baptiste., une coppie d’après Van Mole, une teste à la manière de Reimbrin, un autre petit paysage de Baptiste, une Bataille de Landaise [?], une esquis de Corneille l’aisné, sept tableaux flamands, un tableau de M. de Lafosse, une coppie d’après Raphaël, représentant le Baptesme de saint Jean, un petit Forest représentant un paysage, un autre de Tilleul, un petit tremeau dans sa bordure de bois doré, un autre petit tableau flamand représentant des Pauvres à la porte d’un couvent.
Dans la salle : une pendulle de Sandré, avec sa boeste de pied de marquetterie ; une épinette sur son pied de bois de noyer; un saint François qui reçoit un enfant Jésus; deux enfants, de Chéron; deux coppies d’après Rembran; un paysage de Hérault; un autre saint Fran-
ANNE CHÉRON. 25g
cois, coppié d’après Cruisanx ; un saint Paul, dud. s. Belle ; et unecoppie d’après Vandec par led. s. Belle; une autre, le portrait de Clère-Eugénie d’Autriche, de PEcolle de Vandec; tous lesd. tableaux dans leurs bordures de bois doré; vingt-un portraits sans bordure, tant achevés que commencés, faits par led. s. Belle, deux Vierges, coppies faites par lad. deffunte.
Dans un petit cabinet servant de laboratoire, où led. s. Belle travaille ordinairement :
Cinquante-neuf tableaux portraits dont partye coppiés tant par led. s. Belle que par ses élèves, sans bordures, et une bordure de bois doré; un grand tableau que l’on dit estre du Tissien ou de son écolle que led. s. Belle a dit appartenir au s. Du Croc, dont il luy a donné sa reconnoissance.
Dans l’antichambre : trente portraits, tant commencez qu’achevez, coppies ou originaux dud. s. Belle ou de ses élèves.
Dans une chambre en aisle : douze portraits sans bordure, faits tant par led. s. Belle que par ses élèves ; deux chevalets.
Jeudi 5 mai 1718.
Alexis-Simon Belle, peintre ordinaire du Roi et de son Académye royalle, et peintre ordinaire du Roy d’Angleterre, requiert la reconnoissance et levée des scellés et désigne pour procéder à l’inventaire m^ François Lauvergeon et m® Nicolas-Charles Prévost, notaires au Châtelet. *
La levée des scellés est également requise par ;
I® Marie Chéron, fille majeure, habille à se dire et porter héritière pour moitié de lad. défunte damoiselle Belle, sa sœur.
2° Jeanne-Magdelaine Chéron, fille majeure, demeu-
rante rue de Grenelle, habille à se dire et porter héritière de lad. damoiselle Belle, sa sœur.
L’inventaire n’offre rien de particulier.
(Arch. nat., Y i i55o.)