LE CRI DE GUERRE DU MARIN
) Marins d'Angleterre, vous qui gardez nos mers chés^ vous dont le pavillon a hravé durant dix siècles la ;aille et le vent I levez encore vptre glorieux éteud^ird IV affronter un nouvel ennemi ; et sillonnez Tabîme, sque les tempêtes se déchaîneront, et que le combat loublera de furie.
ies esprits de vos pères s'élanceront de chaque vague; ' le tillac était leur champ de renommée, et TOçéau leur tombe I vos cœurs s'enflammeront où Blakc et le ssant Nelson tombèrent, tandis que vous sillonnerez )îme au milieu du déchaîneçaent des tempêtes, et que iomh2i,if redoublera de furie.
/Angleterre n'a besoin po^ur sa défense ni de boule- •ds ni de tours escarpées; car elle marche sur les va- 3s immenses, et sa maison est sur l'abîme. Avec les inerres de son chêne natal elle réprime l'orgueil des ;s, lorsqu'ils mugissent sur le v\v^e au, mili^ d^u dé-?
chaînement des tempêtes, et que le combat redouble de furie.
Semblable à un méiéore rougeâtre, le pavillon de l'Angleterre brillera d'un éclat terrible jusqu'à ce que la nuit se dissipe, et que l'astre de la paix reparaisse. Alors, ô guerriers de l'Océan, nous vous prodiguerons les chants et les festins, lorsque la tempête aura cessé de se déchaîner, et que le combat acharné ne redoublera plus de furie.
Le quatrième jour après notre départ de New- York, notre capitaine découvrit, vers midi, un point noir au loin sur Thorizon ; mais si loin, que même un œil, armé d'un télescope, ne distinguait pas d'abord si c'était un navire à voile ou à vapeur, ni dans quel sens il cheminait. Nous ne tardâmes pas, grâce à la vitesse prodigieuse de notre marche, à être renseignés sur chacun de ces points. C'était, en eflet, le steamer américain Humboldt, qui était parti du port de New-York vingt-quatre heures ( avant YAsia, en route pour le Havre. Dans l'es- [ pace de trois heures, à partir du moment de sa première apparition, nous nous trouvions déjà de front avec lui, mais trop loin pour le héler de vive voix. Avant de l'atteindre, nous pouvions remarquer les eflforts énergiques qu'il faisait pour gar- | der les devants, en hissant toutes les voiles qui . n'étaient pas encore déployées. '
Dès qu'il fut évident que tous les efforts du vaisseau américain étaient impuissants, notre habile Palinure fit tirer trois coups de canon, du j
côté tribord (celui qui faisait face à T Américain), comme pour le saluer : mais seulement ore tenus, car la vive excitation que manifestait l'équipage dans cette circonstance prouvait que le capitaine employait in petto le tonnerre de son artillerie comme un chant de victoire. Pendant toute la durée de cette intéressante course en pleine mer, rOcéan était passablement houleux, bien que le temps fût beau sous d'autres rapports. A la tombée de la nuit , en dirigeant mes regards au large, de la poupe de notre navire, je pouvais à peine distinguer les fanaux du Humboldt, semblables à des étoiles infiniment petites, scintillant sur l'horizon opposé à celui où nous avions aperçu ce vaisseau pour la première fois; et à l'aurore du lendemain, il avait complètement disparu derrière nous. Mais ce qui a rendu (pour moi , du moins) , à jamais mémorable mon voyage dans le noble Asia, ce fut la rencontre d'un grand nombre d'immenses icebergs, ou rochers de glace : c'était un rare bonheur. Bien des marins ont traversé l'océan Atlantique plus de cinquante fois sans en contempler ; j'ai donc lieu de me féliciter d'avoir vu des icebergs, quand je n'étais encore qu'à ma quatrième traversée. Nous n'avons probablement pas besoin de rappeler que ces roches cristallines sont des fragments détachés de cette coupole de glace dont le pôle arctique est couronné. Longtemps avant d'en apercevoir, le capitaine savait qu'il en
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approchait; car, bien que nous nous trouvassions dans Tété, non-seulement la température de l'eau, mais aussi celle de V^ir, baissait progressivement, à tel point qu'il nous fallut endosser nos gros paletots d'hiver. La forme de ces icebergs était des plus variées. L'un de ceux que j'ai vus ressemblait à deux énormes pyramides soudées à leurs bases; un second, qui était couvert de neige, donnait l'idée d'une tranche épaisse, brusquement séparée d'une falaige calcaire; un troisième ne rappelait pas mal ces hautes tours surmontées de créneaux, que les anciens construisaient aux parties angu- | leuses de leurs fortifications. Les rayons sol?iires projetaient de temps en temps leurs prismatique reflet sur ces masses phénoménales : l'effet en était admirable.
Parmi les icebergs que j'ai eu occasion de voh*, il y en ayait un dont l'élévation était, h ce que m'assura le capitaine, de 80 pieds au-dessus du niveau de l'Océan; en conséquence, sa hauteur totale était de 240 pieds, puisque les deux tiers de chaque iceberg sont toujours submergés. Jamais voiis ne rencontrerez d'icebergs dans les longitudes plus à l'est que la limite orientale du grand bapc de T^rre-Neuvp. La raison en est qu'à peine sortis de la zone glaciale, ils suivent un courant qui est, vraisemblablement, uu retour du gidfstream (les géolpgues pe sont pas d'accord sur ce point) , dont la direction est du uord au sud-ouest; de telle
sorte que bon nombre de ces rochers ide glace parviennent jusqu'aux parages des îles Bahamas.
Leur disparition a lieu d'une façon fort singulière; dès que la partie e^i^posée aux influences atmosphériques a été fondue, la portion sousmarine gagne, en s* enfonçant, le sol même c^e
J'Océ^n?
La vitesse normale des icebergs est de 2 milles à l'heure. Ce n'est certes pas sans raison que les marins les plus expérimentés en redoutent le voisinage : un navire, quelque gros qu'il soit, qui heurterait un iceberg, serait brisé aussi instantanément que s'il avait donné contre un rocher véritable.
Aussi, l'état-major de YAsia exerça-t-il une vigilance extrême, tant que nous n'avions pas franchi les longitudes propres à ces formidables voisins. A la proue et sur le beaupré , on plaça en observation permanente quatre marins, et deux au sommet élevé du ipât de misaine.
Toutes les fois que l'une ou l'autre de ces sentinelles découvrait un nouveau glaçon, elle s'écriait d'une voix rauque et lugubre : « Iceberg ^ sir! » Ce cri était renvoyé par l'officier posté près du gaillard d'avant au lieutenant qui examinait sans cesse la boussole, et celui-ci, en le répétant, la face tournée du côté des timoniers *, ajoutait « tri-
* Dans les circonstances critiques^ la grande roue qui met en
bord ou bâbord! » suivant que l'iceberg se trouvait à notre droite ou à notre gauche. Le capitaine Judkins lui-même, debout sur l'un des gros tambours, braquait continuellement son télescope vers tous les points de l'horizon , durant ces heures solennelles.
Chacun de nous, en entrant, vers onze heures du soir, dans son berth (lit de vaisseau) , se préoccupait naturellement de la proximité de ces dangereux hôtes ; nous pomâons, en effet, être inopinément surpris, malgré les plus vigilantes précautions, par une collision fatale ; parce que la nuit étant fort obscure, la couleur des glaçons se confondait tellement avec celle de la mer, que c'est à peine si on les apercevait, même de très-près. Aussi chacun de nous, le lendemain matin, commençait-il par demander au steward^ que nous appelions dans notre cabine avant de nous lever» « si Ton voyait encore des icebergs ? » La réponse « AU righty sir! captain says, we'llsee no more, sir!*n causa une satisfaction universelle, car notre curiosité comme touristes observateurs avait été, la veille, pleinement satisfaite. Effectivement, en montant sur le tillac, je m'aperçus qu'il ne me serait plus possible de supporter sur le dos ma casaque Canadienne.
mouvement le gouvernail des steamers Cunard est tournée par deux marins à la fois.
* Tout va bien, monsieur! Le capitaine dit que nous ne devons plus en voir!
Parmi les nombreuses conjectures auxquelles le public s'est livré concernant le sort du beau steamer le Président *, qui a disparu, il y a une dizaine d'années, on a souvent émis l'opinion qu'il a été coulé par un iceberg. Si j'osais hasarder une opinion sur ce triste sujet, je dirais que le Président fut probablement entraîné par la force de ses machines jusqu'au sein di'une de ces énormes montagnes d'eau appelées ctôss-seas ** (les plus mauvaises que pbksdiit rencontrer les navigateurs) , et qu'il y tcSMa î Un bon voilier ordinaire aurait plus de chances qu'un steamei^ d'éTiter, par un mouvement habile du gouvernail, la portion la plus terrible de Ces cross-seasg puisqu'il ne serait soumis à aucune imptilsiob étrangère, analogue à celle donnée par la vapertr , qui le pousserait en avant. Et d'ailleurs, le Mtire à toiles est doué d'une certâdne élasticité , qui lui permet de se relever souvent du milieu des couches les plus écrasantes des flots écumeux, tandis qu'un malheureux steamer est maintenu danps les vagues submergeantes par la pesanteur spécifique du métal, qui constitue sa machine colossale ; puis, cette espèce de volonté de fer l'attire à jamais
* Bien des personnes se figurent que le Président appartenait à la ligne Cunard; c'est là une grave erreur. Depuis plus de douze ans que ces magnifiques navires sillonnent les mers, MM. Cunard et C« n'ont pas perdu un seul de leurs steamers.
** Accumulation de vagues énormes, qui prennent le navire en travers.
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jusqu'au fond de rablme! A l'époque où lé Prérident disparût, c^étaît dtt mois de màfs, les icebergs sont excessivement rares daùs les latitudes sud du golfe de Saitit-Laurent. Il paraît donc démontré que sa destruction eut lieu pendant l'effroyable tempête, qui éclata trente heures après sa sortie du port de New-York.
Au moment où il levait l'ancre dans la baie de cette ville, en tournant sa proue vers l'Europe, plus d'un marin expérimenté témoigna de sérieuses inquiétudes sur son compte. La coque du navire avait une longueur démesurée proportionnellement à sa largeur. Et déjà le Président cheminait sur les eaux, lorsque son premier cuisinier, en proie à quelques pressentiments sinistres, pria instamment qu'on le débarquât. D'autres passagers, moins heureux que lui , avaient aussi , à ce que l'on assure, partagé ces pensées lugubres. Us avaient entrevu, pour ainsi dire, écrites làhaut , sur la soie de son pavillon , ces paroles du Dante :
• . . Per me si va nellà città dolente ; Lasgiate ooni speiunsa, yoi chMntrate ! *
« Maintenant que, partageant le sort des équipages de Y Amazone, du Birkenhead et des vais-
* C'est moi qui vous conduis à la région des morts; ô vous tous! qui vous embarquez à mon bord, laissez sur le rirage juscju'aux dernières lueurs d'espérance!
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seaux de Sir John Franklin, leurs ossements blanchis reposent dans les impénétrables cavernes dèl l'abîme, il ne nous reste qu'à adresser à leur mémoire l'élégie suivante de William Falconer, l'un des poètes anglais les plus admirés du dernier siècle. Ce barde accompli était destiné, lui aussi, à périr en mer, dans une traversée de Londres au Bengale ! — Depuis le moment où, en 1769, la magnifique frégate Aurora, à bord de laquelle il se trouvait, quitta le cap de Bonne- Espérance, où elle avait relâché, jamais Ton n'en a reçu de nouvelles jusqu'à ce jour.
The scène of death is closed ! (he mournful strains Dissolve in dying languor on the ear ;
Yet Pity weeps, yet Sympathy complains, And dumb Suspense awaits, o'erwhelmM with fear.
Ye lost companions of distress, adieu !
Your toils, and pains, and dangers are no more; The tempest now shall howl unheard by you,
While Océan smites in vain the trembling shore :
On you tho blast, surchargea with rain and snow, In Winter's dismal nigh ts no more shall beat ;
Unfelt by you the vertic sun may glow, And scorch the pantiug earth with baneful heat :
No more the joyful maid, with sprightly strain, Shall wake the dance to give you welcome home :
Norhopeless love impart undying pain, When far from scènes of social joy you roam !
What though no funeral pomp, no borrow'd tear, Your hour of death to gazing crowds shall tell;
Nor weeping friends attend your sable hier, Who sadly listen to the passing-bell ;
What though no sculptured pile yoiir name displays, Like those who perish in tlieir country*s cause;
What though no epic Muse in living lays.
Records your dreadful daring with applausc ;
Yet shall Remembrance from Oblivion's yeii Relieve your scène, and sigh with grief sincère ;
And soft Compassion at your tragic taie.
In silent tribute pay her kindred tear !
C*était intéressant de remarquer Tétonnenient et l'admiration que manifestaient les passagers Américains que nous avions à bord , ceux qui visitaient la vieille Europe pour la première fois. Depuis le moment où ils entendirent, à l'ouest de rirlande, ce cri électrique pour eux : «Terre ! terre 1 là-bas, voyez ! » * jusqu'à ce que nous parvînmes à la hauteur de l'embouchure du fleuve Mersey, sur les rives duquel, comme on le sait, s'élève la ville de Liverpool, ils semblaient agités d'émotions difficiles à décrire. Comme le temps était superbe, nos amis d'outre-mer eurent une belle occasion d'observer une portion considérable de l'Irlande, que nous côtoyâmes d'assez près depuis l'entrée du port de Cork jusqu'à Wexford; et plus loin, sur la droite, des points les plus pittoresques du pays de Galles.
Après m'être arraché du splendide navire Asia, j'éprouvai malgré moi un serrement de cœur, en songeant, tandis que je m'acheminais vers un hôtel, que la ville dont je foulais actuellement le sol
* Déranger.
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est, par son immense importance commerciaie, le New-York de l'Angleterre. De là, une assodalion d'idées pénibles qui me ramenèrent à cette autre 11 Ville inipérialen que j'avais quittée, il n' y avMt pas encore douze jours complets; et maintenant, voilà le grand Océan Atlantique qui m'en séparait ! Combien j'aurais voulu que tout cela ne fût qu'un rêve; et que ces maisons auprès desquelles je passais à droite et à gauche, fussent celles du New-York américain, au lieu de faire partie du Liverpool anglais!...
Mais pourquoi m'palralner rers ces SctiiES passées ! Lsissoiis le vent gémir, el le flot murmurer; Revenez, retenez, 6 mes Irisles pensoes!.,. *