‹ Scènes choisies [sous la direction] par Ch. GeorginChapitre 12 sur 443 · VALÈRE, SGANARELLE · texte numérisé non relu

VALÈRE, SGANARELLE

AALÈRE. — Ail ! mon pauvre Sganarelle, que j'ai de joie de te voir ! J'ai besoin de toi dans une affaire de conséquence ^ ; mais comme je ne sais pas ce que tu sais faire. . .

\. Le mot volant signifie san- \ ces deux farces, fes indications

leur. If s'expfique par fes sauts scéniques, très sug-gestives, de

et tours de force que Sgana- l'édition de 1819.

relfe exécute dans fa pièce. 3. Affaire grave par ses consé-

'I. Nous avons reproduit, pour quences.

SGANARELLE. — Ce que je sais faire, Monsieur ? Employezmoi seulement en vos affaires de conséquence, en quelque chose d'importance : par exemple, envoyez-moi voir quelle heure il est à une horloge, voir combien le beurre Aaut au marché, abreuver un cheval : c'est alors que vous connaîtrez ce que je sais faire.

VALÈRE. — Ce n'est pas cela ; c'est qu'il faut que tu contrefasses le médecin.

SGANARELLE. — Moi, médecin. Monsieur ! Je suis prêt à faire tout ce qu'il vous plaira ; mais, pour faire le médecin, je suis assez votre serviteur pour n'en rien faire du tout ; et par quel bout m'y prendre, bon Dieu? Ma foi, Monsieur, vous vous moquez de moi.

VALÈRE. — Si tu veux entreprendre cela, va, je te donnerai dix pistoles i.

SGANARELLE. — Ail ! pour dix pistolcs, je ne dis pas que je ne sois médecin ; car, voyez-vous bien. Monsieur, je n'ai pas l'esprit tant, tant subtil, pour vous dire la vérité. Mais quand je serai médecin, où irai-je ?

VALÈRE. — Chez le bonhomme Gorgibus, voir sa lille qui est malade ; mais tu es un lourdaud qui, au lieu de bien faire, pourrais bien. . .

SGANARELLE. — Hé ! mou Dicu, Monsieur, ne soyez point en peine ; je vous réponds que je ferai aussi bien mourir une personne qu'aucun médecin qui soit dans la ville. On dit un proverbe, d'ordinaire: Après la mort, le médecin'^. Mais vous verrez que, si je m'en mêle, on dira: Après le médecin, gare la morl^ ! Mais, néanmoins, quand je songe, cela est bien dillicile de faire le médecin ; et si je ne fais rien qui vaille ?

VALÈRE. — Il n'y a rien de si facile en cette rencontre : Gorgibus est un homme simple, grossier, qui se laissera étourdir de ton discours, pourvu que tu parles d'Hippocrate et de Galien *, et que tu sois un peu effronté.

SGANARELLE. — C'est-à-dire qu'il lui faudra parler philosophie, mathématique. Laissez-moi faire. S'il est un homme facile, comme vous le dites, je vous réponds de tout; venez seulement me faire avoir un habit de médecin, et m'instruire

1. Louis d'or de dix francs environ. Le mot est encore employé avec ce sens dans diverses campagnes.

2. (J.-à-d. que le médecin arrive après la mort du malade, donc quand il n'est plus temps.

3. C.-à-d. que le médecin tuera le malade. Molière a nargué la médecine toute sa vie.

'i. Célèbres médecins grecs, qui Taisaient autorité au temps de Molière.

de ce qu'il faut faire, et me donner mes licences', qui sont les dix pistoles promises.

[Voici donc Sa;anarcllc, vêtu en médecin. Il entre solennellement chez Gorgibus. I

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