‹ Scènes choisies [sous la direction] par Ch. GeorginChapitre 150 sur 443 · SCÈNE II ORONTE, ALCESTE, PIIILINTE · texte numérisé non relu

SCÈNE II ORONTE, ALCESTE, PIIILINTE

ORONTE, à Alceste.

J'ai su là-bas que, pour quelques emplettes, 250 Eliante* est sortie, et Célimène^ aussi; Mais, comme l'on m'a dit que vous étiez ici, J'ai monté'' pour vous dire, et d'un cœur véritable. Que j'ai conçu pour vous une estime incroyable. Et que, depuis longtemps, cette estime m'a mis 253

i. M'en coûtât-il grand'chose = quand même cela me coûterait cher. — On dit grand'mère, grand'chose ; on devrait écrire grand sans apostrophe, car grand vient de l'adjectif lalin grandis, qui, comme beaucoup d'adjectifs, n'avait qu'une forme pour le masculin et le féminin.

2. Et on rirait en effet, en trouvant qu'Alceste a trop compté sur lui-même.

3. La = celle. Règle : Il y a beaucoup de rapports entre l emploi de l'article ci celui des déterminati/s, parce que l'article français i'ient d'un déterminatif latin, du dénionsti'atifille (= cejcette);

et il a conservé quelque chose de sa valeur démonstrative dans des expressions comme de la sorte (= de cette sorte), sur l'heure, etc. (CuouzET..., Gr. Fr., pp. 52 et 53.)

4. Eliante est une aimable jeune fille que Piiilinle épousera.

5. Céliméne est une veuve, jeinie et coquette, cousine tl'Eliante. Alceste lui fait la cour.

C. J'ai monté. Règle : Le /j' siècle employait l'auxiliaire avoir pour exprimer un acte, l'au.viliatre être marquait surtout un état. IS'ous observons moins cette distinction. « Je n'ai point sorti « (Sévigné.)

Dans un ardent désir d'être de vos amis'.

Oui, mon cœur au mérite aime à rendre justice,

Et je brûle qu'un nœud d'amitié nous unisse.

Je crois qu'un ami chaud, et de ma qualité,

K'est pas assurément pour cire rejeté. 260

(Pendant le discours d'Oronte, Alceste est rêveur et semble n'entendre pas que c'est à lui qu'on parle. Il ne sort de sa rèrerie que quand Oronte lui dit :)

C'est à vous, s'il vous plaît, que ce discours s'adresse'.

ALCESTE

A moi. Monsieur ?

ORONTE

A vous. Trouvez-vous qu'il vous blesse ?

• ALCESTE

Non pas. Mais la surprise est fort grande pour moi, Et je n'attendais pas l'honneur que je reçoi*.

ORONTE

Lestimeoù * je vous tiens ne doit point vous surprendre, 205 El de tout l'univers vous la pouvez prétendrez

ALCESTE

Monsieur. . .

ORONTE

L'État n'a rien qui ne soit au-dessous Du mérite éclatant que l'on découvre en vous.

ALCESTE

Monsieur*'. . .

ORONTE

Oui, de ma part% je vous tiens ^ préférable

d. Oronte abuse des épithètes, ; vous vois» (au lieu de dans

comme les précieux, cl des pro- lequel je vous vois). Cf. Cuoc-

teslalions. comme les gens peu zet.... Gr. Fr., § 187.

sincères. 3. Prétendre = ambitionner.

2. Il laut dire ce vers sur un était employé transitivement au

antre ton que les précédents, 17- siècle. Règle : ./e n'ai point

avec une nuance de reproche et d'élonnement.

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