Mal propre = peu, nullement
apte d. RÈGLE : Mal était une négalion courante : [réfruer.
Kt la vertu timide est mal propre à
(CoRSEiLl.t:, Perlharite, v. 1318.)
Nous avons conservé malhea- ;vu.v, jnalhonnâte, malsonnant, etc.
9. Alcesle ne se déclare pas incompétent, mais incapable de llallerie. Oronte, comme tout auteur, croit son O'uvre bonne.
IjC voila encore enclianté de lu réponse, pourtant peu engageante, d'Alceste.
10. RÈGLE : La fortune vient en dormant. Cf. p. 52, n. 4. A deux endroits, la régularité de Li cons- Iruclion est rompue (anacoluthe) . 11 faudrait : « Si, alors qvie je m'expose (je m'offre) à vous pour que vous me parliez...»
11. Rien, dn latin lem, n'est pas négatif. Il signifie quelque chose.
LE MISANTHROPE 135
ALCESTE
Puisqu'il vous plaîl ainsi, Monsieur, je le A'eux bien'.
OUONTE
Sonnet. C'est un sonnet-... L'espoir... G"est une dame, 30o Qui de quelque espérance avait flatté ma flamme 3. L'espoir... Ce ne sont point de ces grands vers pompeux, Mais de petits vers doux, tendres et langoureux.
'.4 toutes cea interruptions, il regarde Alceste.)
ALCESTE
Nous A errons bien.
onoxTE
L'espoir... Je ne sais si le style Pourra vous en paraître assez net et facile, 310
Et si du choix des mots vous vous contenterez,
ALCESTE
Nous allons voir. Monsieur.
OR ON TE
Au reste, vous saurez Que je n'ai demeuré quun quart d'heure à le faire ^
ALCESTE
Voyons. Monsieur ; le temps ne fait rien à l'affaire. ORONTE lit.
L'espoir, il est vrai, nous sonlao-e, 315
Et nous l)erce un temps notre ennui ; Mais, Philis, le triste avantaoc, Lorsque rien ne marche après lui!
rUILLNTE
Je suis déjà charmé de ce petit morceau \
1. Alceste est iiaif. Certaine- \ s/édc. aire feux, fers, chaînes,
ment Piiilinle, plus avisé, a traits, etc., pour desig-ner la
deviné qn'Oronte cherche des | passion. C'rtait le langag-e de
compliments. i la g'alanterie du temps, dé^-e-
•1. Voilà bien l'auleur! Avant ! loppé par l'Hôtel de Ran^bouillet,
de lire,il faut un peu expliqiuT 1 et qui ne fut qu'une mode éphe-
et aussi l'aire un peu de reclame. mère.
Os arrêts, ces reprises. ces com- | 'i. Les poètes aiment dire qu'ils
mentaires mettent Alceste au écrivent facilement, de génie,
supplice. I 5. Philinte loue, parce qu'il
'^. Flamme = amour. C'est une ! loue toujours, et puis sans dou-
des imag-es bien vieillies aujour- te un peu pour taquiner Alceste,
d'hui, niais très employées au i-' car la scène l'amuse.
IW
ALCESTE, bas, à Philinlc.
Quoi? vous avez le IVoiil de trouver cela beau?
Vous pûtes (le la complaisance ; Mais vous en deviez moins avoir, Et ne vous pas mettre en dépense, Pour ne me donner que Vespoiv.
riHLINTE
Ah! qu'en termes g^alants ces choses-là sont mises!
ALCESTE, bas, à Philiittc.
Morl)leu I vil complaisant, vous louez des sottises'?
OUOXTE
S'il faut qu'une attente éternelle Pousse à bout l'ardeur de mon zèle, Le trépas sera mon recours-.
Vos soins ne m'en peuvent distraire^ :
Pelle Philis, on désespère, Alors qu'on espère toujours*.
PIIILIXTE
La chute ' en est jolie, amoureuse, admirable.
ALCESTE, Ims.
La peste de ta chute ! Empoisonneur au diable", En eusses-tu fait une à te casser le nez^ !
1. Alccste niahnène assez rudement son ami, mais il n'ose tout de même ai-rêtcr la lecture d'Oronle, ni critiquer tout haut.
2. Les poètes précieux parlent toujours de mourir, en se portant d'ailleurs fort bien.
3. C.-à-d. les hommages que je vous rends ne peuvent m'en détourner.
'i. ^'oilà une antithèse facile entre désespère et cspén'. Orc'est la règle pour un sounel précieux de tinir sur un Irait piquant, sur imepoi'n/t'.Tout le sonnet a d'ailleurs les grâces maniérées, chères aux dames de l'époque : il est prétentieux et joli. L'indignation et la critique violente
d'Alceste seront un peu exagél'ées contre nue petite pièce qui n'est qu'un bibelot de salon.
-Mais Molière avait raison de ne point aimer une poésie qui manque de sincérité.
^ Gomparerau sonnet précieux le sonnet pcdant de Irissotin dans les Femmes Savantes, pp.
327 sqq.
;>. La chute est le trait final du sou net.
G. Empoisonneur au diable = dig'ne d'être envoyé au diable.
7. Alceste fait un assez misérable calembour sur le mot c/îu/e.
Mais il est en colère, et l'on devient trivial, comme lui, en pareil cas, tout honnête homme qu'on soit.
LE MISANTHROPE 137
l'HILINTE
Je n'ai jamais ouï île vers si bieu lourncs. ALCESTE, bas.
Morbleu !
OKOxMii:, à Philintf.
Vous me flattez, et vous croyez peut-être. ..
l'HILIME
^^on, je ne flatte point'.
ALGESTE, bas.
Hé ! que fais-lu donc, trailre ?
ORONïE, à Alceste.
Mais, pour vous, vous savez quel est notre traité : Parlez-moi, je vous prie, avec sincérité-. oiO
ALCESTE
Monsieur, cette matière est toujours délicate *,
El sur le bel esprit < nous aimons qu'on nous tlallo.
Mais un jour, à quelqu'un dont je tairai le nom ',
Je disais, en voyant des vers de sa layon,
Qu'il faut qu'un g^alant homme ait toujours grand empire ■i'i'j
Sur les démangeaisons qui nous prennent d'écrire ;
Qu'il doit tenir la bride aux grands empressements
Qu'on a de faire éclat '^ de tels amusements ;
Et que, par la chaleur de montrer ses ouvrag:es.
On s'expose à jouer de mauvais personnages. 350
OUOME
Est-ce que vous voulez me déclarer par là (Jue j'ai tort de vouloir ?...
ALCESTE
Je ne dis pas cela \ Mais je lui disais, moi, (ju'un froid écrit assomme,
1. Voilà où la i)oliU'sse n'est ] un sens pt-joratil". surtout anpas loin du niensini^c. jourtriiui, mais plus rarement
a. Tout eu demandant la sin- au 17« siècle,
cèritè, il est évident qu'Oronte 5. Alceste lui-nièine est obligé
attend des compliments. I de dèsaiser sa crilif(ue !
3. I^'hcurc est venue pour Al- j 6. Faire éclat de z^ faire éta-
ceste d'appliquer sa théorie sur j lage de.
la franchise. Sa situation est 7. Il devrait le dire, car c'est
aussi comique que gênante. ! bien le fond de sa pensée. Mais
i. Le bel esprit, c'est le goût i il est, malgré lui, homme du
des choses littéraires. Un bel \ monde, etcontraint de pratiquer
esprit est celui qui possède ce ; ces atténuations qu'il rcprocnait
goût. Le mot ad'adleurs souvent à Philinte.
Qu'il ne faut que ce faible à^ décrier- un homme,
Et qu'eùt-on d'autre pari cent belles qualités, 3oo
On^ regarde les gens par leurs méchants côtés.
OUONTK
Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire?
ALGESTK
Je ne dis pas cela. Mais, pour ne point écrire S
Je lui mettais aux^ yeux comme, dans notre temps,
Cette soif a gâté de fort honnêtes gens ''. 300
OUONTE
Est-ce que j'écris mal, et leur ressemblerais-je ?
Je ne dis pas cela'. Mais enfin, lui disais-jc,
Quel besoin si pressant aA'ez-vous de rimer ?
Et qui diantre vous pousse à vous faire imprimer ?
Si l'on peut pardonner l'essor d'un mauvais livre, .1(35
Ce n'est qu'aux malheureux qui conq^osent pour vivre.
Croyez-moi, résistez à vos tentations.
Dérobez au public ces occupations ;
Et n'allez point quitler, de quoi que Ton vous somme''.
Le nom que dans la cour vous avez d'iionnèle homme, 370
Pour prendre de la main d'un avide imprimeur
Celui de ridicule et misérable auteur.
C'est ce que je tâchai de lui faire comprendre.
1. ^4 = pour. Cf. Rkglic : A : Rkglk : A quelle iililitc '.' p. 31), quelle utilité ? p. 50, n. 1. u. 1.
2. Vn décri est une proclama- 6. IIon?itHcs fens.cL ]).68,n.l0. lion par laquelle on défend Vu- 7. Voilà trois lois qu'Alceste, sage de quelque monnaie ou de dont la voix gronde de plus en
uelque autre chose. Par suite, jjIus, répète cette formule. La
écrier, c'est déprécier, discré- i-épétition même est ici comi'
diter. que.
3. Les deux on ne reprèsen- 8. De quoi que l'on cous som- Icnt pas la même personne. Le ' me ^ mulgTé toutes les pressions I)remier signifie les gens dési- i exei'cées sur i'-ous. Evidemment gués au vers suivant. Règle: cela a un sens, mais on peut con- .1« ly siècle, on tolérait dans la ' sidérer cette tin de vers comme conversation que le pronom pût \ un remplissage, comme une se rapporter à deux objets dijjé- \ cheville. — Molière était oblige rents, quelque équivoque qui en d'écrire vite. De plus, s'il est vrai résultât. Cf. Croczet..., Gr. Fr., \ que les classiques faisaient le se- S 140, 3". ' c tnd vers avant le premier, ainsi
4. Pour ne point écrire = pour \ s'explique qu'il ne leur restât pas qu'il n'écrivît point. Règle : La ; toujours de la matière pour le fortune vient en dormant, p. 32, j premier, dont le .second liéniistin. 4. I che est. par suite, souvent une
ô. Aux yeux — sous les yeux. cheville.
T.E Mis.vNTimopr:
Voilà (lui AU lurl bien, el je crois aous enlendre '.
INJais ne puis-je savoir ce que dans mon sonnet?... 37;j
ALCESTE
Franchement-, il est bon à mettre au cabinet^ ; A'ous vous êtes réglé sur de méchants modèles. Et Aos expressions ne sont point naturelles'.
Qu'est-ce que Xoiis berce un temps notre entuù ?
Et que Rien ne marche après lui? 380
Que Xe vous pas mettre en dépense.
Pour ne me donner que Vespoir ?
Et que Philis, on désespère, Alors qu'on espère toujours'' ?
Ce style figuré'', dont on fait vanité, 3Sj
Sort du bon caractère^ et de la vérité ;
Ce n'est que jeu de mots, qu'affectation pure.
Et ce n'est point ainsi que parle la nature^.
Le méchant goût du siècle en cela me fait peur ;
Nos pères, tous^ grossiers, l'avaient beaucoup meilleur 300
Et je prise bien nioins tout ce que l'on admire.
Qu'une vieille chanson '' que je m'en vais vous dire :
Si le roi m'ai'ait donné
Paris, sa grand\'ille^^.
Et qu'il me fallût quitter 305
1. Oronte est piqué au vif, mais il demeure poli avec une légère ironie.
2. Enfin, Alceste éclate et dit toute la vérité. Ce franchement nous indique qu'il déguisait jusqu'ici sa pensée, lui aussi.
3. l'n cabinet est un petit meuble il tiroirs, destiné à serrer les papiers. Mettre au cabinet, c'est donc enfermer dans son tiroir, loin des yeux du public.
4. Ces vers devaient ravir Boileau, ami de Molière, qui a sans cesse prêché aux écrivains la sincérité et le naturel.
5. En somme tout le sonnet y passe, et surtout les traits qu Oronte a dû considèi'cr comme des trouvailles.
6. Les précieux et précieuses avaient adoré ces expressions figurées, parfois heureuses, trop
souvent aflèctées jusqu'à l'obscur.