RÈGLE : Il se faut entr'aider, p. 3'i, h
MONSIEUR JOURDAIN. — On m'en apprit un tout à fait joli, il y a quelque temps. Attendez... là... Comment est-ce qu'il dit ?
LE MAÎTRE A DANSER. — Par ma loi, je ne sais.
MONSIEUR JOURDAIN. — H Y a du luoulon dedans.
LE MAÎTRE A DANSER. — Du DlOUtOn ?
. MONSIEUR JOURDAIN. — Oui. Ah ! (Il chante.) ^
Je croyais Jeanneton Aussi douce que belle, Je croj^ais Jeanneton Plus douce qu'un mouton.
Ilélas ! hélas ! Elle est cent fois, Mille fois plus cruelle.
Que n'est le tigre aux bois.
Nesl-il- pas joli^ LE MAÎTRE DE MUSIQUE, — Lc plus joli du mondc. LE MAÎTBff A DANSER', — Et VOUS le chantcz bien. monsibVR JOURDAIN, r— C'cst sans avoir appris la musique. LE MAÎTiuj DE MUSIQUE. — Vous devriez l'apprendre. Monsieur, con^ijâfe vous fait^' la danse. Tle sont deux arts qui ont une éJtC^ite liaison ensemble.
LE MAÎTRE A DANSER. — Et qiii ouvrcut l'csprit d'un homme aux belles choses.
MONSIEUR JOURDAIN. — Est-ce quc les gens de qualité apprennent aussi la musique ?
LE MAÎTRE DE MUSIQUE. — Oui, Mousicur.
MONSIEUR JOURDAIN. — Jc l'apprendrai donc. Mais je ne sais quel temps je pourrai prendre ; car, outre le maître d'armes qui me montre^, j'ai arrêté ^ un maître de philosophie qui doit commencer ce malin.
LE MAÎTRE DE MUSIQUE. — La philosoplùc cst quelque chose ; mais la musique. Monsieur^ la musique s. . .
LE MAÎTRE A DANSER. — La musiquc et la danse... La musique et la danse, c'est là tout ce qu'il faut.
LE MAÎTRE DE MUSIQUE. — Il n'y a ricu qui soit si utile dans un État que la musique.
LE MAÎTRE A DANSER. — Il u'y a ricu qui soit si nécessaire aux hommes que la danse.
t. Faut-il dire que la voix de | 4. Montre = donne des leçons.
yi. Jourdain vaut la musique a. On dit d'ordinaire arrêter
qu'il aime ? un domestique. Monsieur Jour-
'2. Il = cela. RÈGLE : Aimons la dain n"a pas le sens des nuan-
Providence. il est aisé, p. 69, n. 9. \ ces.
. i. Vous faites, pour i-oiis appre- \ 6. Nous allons voir chacun des
nez. RÈGLE : Emploi du verbe maîtres plaider pour son art à
faire, p. 84, n. 8. i l'exclusion des autres.
2 lu
LE MAÎTRE DE MUSIQUE. — Sans la Diusique, un Étal ne peut subsister.
LE MAÎTRE A DANSER. — Sans la clansc, un homme ne saurait rien faire.
LE MAÎTRE DE MUSIQUE. — Tous Ics désorclrcs, toutcs Ics guerres qu'on voit dans le monde, n'arrivent que pour ' n'apprendre pas la musique. •
LE MAÎTRE A DAXSER. — Tous les Hialheurs des hommes, tous les revers funestes dont les histoires sont remplies, les bévues des politiques- et les manquements^ des grands capitaines, tout cela n'est venu que faute de savoir danser.
MONSIEUR JOURDAIN. — Gommcut cela ?
LE MAITRE DE MUSIQUE. — La gucrrc uc vient-clle pas d'un manque d'union entre les hommes ?
MONSIEUR JOURDAIN. — Cela cst Vrai.
LE MAÎTRE DE MUSIQUE. — Et sî lous Ics liommcs apprenaient la musique, ne serait-ce pas le moj'en de s'accorder ^ ensemble, et de voir dans le monde la paix universelle ?
MONSIEUR JOURDAIN. — Vous avcz raison.
LE MAÎTRE A DANSER. — LoTsqu'un liomiue a commis un manquement dans sa conduite, soit aux^ affaires de sa famille, ou au gouvernement d'un Etat, ou au commandement d'une armée, ne dit-on pas toujours : « Un tel a fait un mauvais pas" dans une telle affaire? »
MONSIEUR JOURDAIN. — Oui, OR dit cela.
LE MAÎTRE A DANSER. — Et faire uu mauvais pas peut-il procéder d'autre chose que de ne savoir pas danser?
MONSIEUR JOURDAIN. — Gela cst Vrai, et vous avez raison tous deux.
LE MAÎTRE A DANSER. — G'cst pouT VOUS faire voir l'excellence et rutilité de la danse et de la musique.
MONSIEUR JOURDAIN. — Je Comprends cela à cette heure...
[L'acte se termine par un dialogue en musique et divers mouvements exécutés par quatre danseurs sous les ordres du maître à danser.]