L.'oeiivi*e explîtiuée
Dans les premières années du règne de Louis XIII, une grande dame, la marquise de Rambouillet, avait eu l'idée de corriger les mœurs un peu brutales des contemporains du roi Henri IV. Elle recevait dans sa chambre bleue des gentilshommes et des gens d'esprit,; cette société mondaine était un peu maniérée, mais fine et délicate. Malheureusement la marquise de Rambouillet eut des imitatrices à Paris et en province, parmi les bourgeois et les bourgeoises, et l'on vit de tous côtés s'ouvrir mille petits salons, des ruelles comme on disait alors, où l'aftectation régna dans les toilettes, les manières et le langage. Les précieux et précieuses (tel était le nom qu'on donnait à ces gens épris d'élégance) devinrent ridicules, surtout parce qu'ils voulaient singer un monde qui n'était pas le leur. On se donnait de jolis noms mvthologiques et prétentieux, on s'appelait Palliante, Iris ou Mélanire ; on raffolait des petits vers, des billets galants et des romans romanesques ; on parlait enfin un langage qui, pour se distinguer du commun, devenait incompréhensible à force de recherche. On ne disait pas le balai, les dents, les pieds, mais î'iustruvient de la propreté, Vauieubleiiient de la bouche, les chers souffrants. Et les écrivains de salon écrivaient dans cette langue !
Or en 1659, Molière, qui avait déjà vu en province des exemples de ce travers, arrivait à Paris, en pleine mode précieuse. Ce que Molière a toujours raillé avec violence, c'est ce qui est contraire à la nature et au bon sens. Jamais peut-être il ne mit autant de conviction à ridiculiser ses contemporains : sa comédie des Précieuses ridicules est d'une verve qui frappa cruellement les fausses précieuses, et même un peu les bonnes, avant que Boileau vînt porter les derniers coups à la préciosité.
\. Cf. Pédition complète de la 1 (Lib. Dklier-Privat.) Et Abry. pièce par M. et M"* Ckouzet. | h. ill. Litt. Fr., ch. XX.
Auîilysc et Extfaitiii)
[Nous sommes à Paris dans lu maison d'un brave bourgeois simple et familier, qui s'appelle Gorgibus. Celui-ci a une fille Madelon et une nièce Cathos qui, gagnées par la maladie du jour, ne rêvent que romans et belles manières : elles sont franchement ridicules en leur préciosité de provinciales fraîchement débarquées à Paris. Gorgibus voulait les marier à deux jeunes gens de bonne famille, La Grange et du Croisy. Mais nos deux sottes ne trouvent plus ces messieurs assez distingués pour elles et viennent, quand la pièce commence, de leur faire un accueil moins que poli. La Grange et du Croisv, pour se venger, envoient aux précieuses leurs valets, Mascarille et Jodelet, deux habiles marauds déguisés en marquis et vicomte, et dont les manières affectées vont ravir d'aise la fille et la nièce de Gorgibus.]
Le Marquis de Mascarille chez les Précieuses